J20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS-VI
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AVANT-PROPOS
Il manquait à cette jolie « collection » un travail sur les plaies de la plèvre et du poumon. Nous, l’avons entrepris et nous n’avons consenti à le publier que du jour où nous nous sommes sentis la documentation et i’expérience suffisante pour exposer cette importante partie de la chirurgie d’armée.
Placés aux deux extrémités de l’immense front, nous avions conçu de la même manière le traitement des plaies de poitrine. Les hasards, de la guerre nous ayant rapprochés, ce travail est né d’une intime et fructueuse collaboration où chacun, profitant de l’expérience de l’autre, reformait une idée imparfaite ou amplifiait une idée juste incomplètement développée. Encore que ne devons-nous pas, sans bien nous en rendre compte, au commerce d’esprits distingués comme Jeanbrau, Georges Gross, Mondor, Marsan auprès de qui les nécessités militaires nous avaient placés. C’est peutêtre de leurs conversations que nous avons tiré, pour les faire nôtres inconsciemment, bien des idées que nous avons développées et, en les remerciant, nous ne serions pas surpris qu’ils soient les premiers à en être étonnés.
A VANT-PROPOS
Le plan de cet ouvrage pourra surprendre au premier abord. La plaie de poitrine, si elle ne tue pas sur le coup ou dans les instants qui suivent, peut entraîner des accidents plus ou moins graves du fait même des lésions qu’elle produit. Un certain nombre cicatrisant leur blessure, les uns vite, les autres lentement suivant les cas. Il y a des blessures qui évoluent sans infection, c’est ce que nous avons exposé dans la première partie de cet ouvrage.
Mais il n’en est pas toujours ainsi. Quand l’agent microbien envahit la plèvre ou le poumon traumatisés, te tableau clinique change tout à fait d’aspect. La lésion traumatique passe au second plan, l’infection domine la scène, les indications thérapeutiques sont ; tout autres. Cette étude fera l’ohjet de la deuxième partie.
Qu’il ait cicatrisé ses plaies simplement ou après s’être défendu contre le microhe, le hlessé de poitrine X n’est pas pour cela définitivement guéri. Ces séquelles ’ des plaies de poitrine, très mal connues jadis, de mieux Jen mieux étudiées aujourd’hui, ont été exposées dans ' la dernière partie de ce travail. i
Tout arbitraires que soient à certains points de vue | ces divisions, elles se justifient, pensons-nous, par la | clarté qu’il est nécessaire de donner à un sujet aussi < complexe. >
Pour ce qui est de la chirurgie d’armée comme pour 'j tant d’autres sujets, la guerre aura amené bien des V changements, secoué des habitudes figées, bousculé v des doctrines, fait naître des idées neuves, permis des , initiatives hardies. Elle nous aura appris qu’on peut
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fermer une jointure d’où l’on a retiré,un corps étranger septique, transformer une fracture compliquée en fracture fermée, désinfecter une plaie et la suturer. La chirurgie de la plèvre et du poumon'n’aura pas tiré un moindre bénéfice.
On sait aujourd’hui que l’expectation béate est un renoncement et non un mode de traitement. On a fait justice du prétendu danger du pneumothorax opératoire. Pierre Duval a montré fort judicieusemeiit qu’il fallait, sans crainte, ouvrir le thorax pour arrêter l’hémorragie de la plaie pulmonaire quand elle risque de tuer le blessé. Rien n’e'st plus juste, mais comment savoir que la plaie saigne encore. Le danger commence quand on traduit cette pensée sage en disant : toute plaie de poitrine dont l’aspect paraît grave doit être opérée.
Que la thoracotomie en soi ne présente que peu ou pas de danger, c’est fort juste, encore n’est-il pas indifférent qu’elle soit nécessaire. Mais dans une ambulance d’armée, quand défilent sur la table jiar dizaines les plaies ies plus variables, peut-on garantir toujours une asepsie impeccable. Qu’on fasse courir au blessé ce risque, si minime soit-il, il n’y a rien à dire, si l’hémorragie doit fatalement l’entraîner à la mort. Il est aujourd’hui démontré que ces cas sont exceptionnels.
Quelqu’un a dit ; la chirurgie du poumon a présenté pendant la guerre une véritable révolution : La révolution serait complète si l’on pouvait donner un signe sûr et infaillible de la continuité de l’hémorragie intrathoracique. Il ,n’y aurait plus alors' de thoracotomie inutile et pour la première fois peut-être, on verrait
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une révolution qui n’aurait pas fait de victime. | Ce travail, a pour base un nombre considérable ï d’observations de plaies de la plèvre et du poumon et | si nous avons, bien naturellement, défendu les idées qui 1 nous paraissaient les meilleures, nous avons tenu à 1 présenter autant que possible l’effort de tous ceux 1 qu’un ardent désir de secourir ces blessés a poussé à * écrire leurs observations. Le simple exposé d’une pra- j! tique personnelle serait bien prétentieux devant un tel | labeur. 1
Un certain nombre de nos documents ont élé recueillis par l’un de nous, grâce à la si cordiale hospitalité de l’Auto-chir. 12 de Georges Gross et à l’aide J amicale de ses collaborateurs, Jeanbrau, Loubat, Houdart; c’est un agréable devoir de leur redire notre gra- ? titude. Notre ami Simonin nous permit d’organiser , dans son ambulance un service de blessés de poitrine O ù nous ne ponvons oublier l’aide et le dévouement si
précieux de notre fidèle ami Raoux. M. Karmanski a i
bien voulu se charger des dessins histologiques de cet
ouvrage, on y reconnaît son talent habituel, nous l’en ' remercions vivement ainsi que notre ami Fogt auquel nous devons les autres dessins originaux. «
Aujr Arméfts, l®' aoûi 1917 .
ÉTIOLOGIE
Fréquence. — Les statistiques antérieures à la guerre donnaient pour les plaies de poitrine un chiffre moyen de 10 p. 100 du total des blessures. Dans une ambulance faisant fonction d’ambulance de triage, annexée à l’Autochir. de G. Gross, il est passé pendant une période de 7 mois, en 1916, 39.309 blessés. Cette époque correspondait à une grosse activité militaire sur le front. Sur ce nombre, 2.210 blessés sont portés sur les carnets de passage comme atteints de plaie ou de traumatisme de poitrine, ce qui donne 5,6 p. 100 du nombre total des blessés.
Latarget note que pendant l’offensive de Champagne en 1915, son ambulance reçut en quatre jours 9.328 blessés, dont 328 étaient atteints de blessures pénétrantes du thorax, soit 3,5 p. 100.
Dans une formation de l’avant, Schmid, au début de la guerre, sur 900 blessés, observa 64 plaies de poityine, soit 7 p. 100.
Duval, pendant l’offensive de la Somme, eut 163 plaies de poitrine sur 2.200 blessés'hospitalisés à son Autochir., soit 7,8 p. 100.
Mais il ne faudrait pas se faire illusion et croire que ces chiffres représentent la réalité du nombre général des plaies de poitrine. Ce n’est que le pourcentage de ces blessures à un des étages des services sanitaires déjà assez éloigné de la ligne de combat. •
ÉTIOLOGIE
Cherche-t-on les éléments de cette statistique au poste de secours, déjà, il manque tous les tués sur le champ de bataille. Il manque aussi un assez grand nombre de blessés qui, dans l’encrimbrement habituel des journées d’attaque, ne peuvent être observés pendant un temps suffisant pour préciser le diagnostic. Chez certains, la plaie de poitrine, coïncidant avec d’autres blessures, passe inaperçue au moins dans les premières heures. Par contre, chez d’autres étiquetés plaies de poitrine, on ne trouve dans la suite que des lésions tout à fait superfjcielles.
Voudrait-on chercher ces éléments de statistique sur le champ de bataille : si la chose était praticable, elle serait à peu près impossible. Il y a des blessures qui ne laissent pour ainsi dire pas de trace sur le cadavre habillé, il y a des plaies tellement étendues qu’elles n’ont plus de nom. Nous avons vu sur le champ de bataille de Champguyon un soldat tombé face contre terre. A travers son sac on voyait l’herbe du champ. Ailleurs, un officier avait été coupé en deux par un éclat d’obus. Étaient-ce des plaies de poitrine?
Au reste, ces chiffres sont de "peu d’intérêt.
Agent vulnérant. — Les agents vulnérants sont des plus variables. En fait, tous les engins de combat et les projectiles les plus variés ont été cités : balle, projectiles d’artillerie, baïonnettes, sabres, lances, etc. Nous avons trouvé dans le thorax d'un sergent une clé de boite à sardine, chez un soldat un morceau de tibia provenant d’un voisin de combat sans doute, car cet homme n’avait pas d’autre blessure. Mais alors qu’au début il semblait que tes blessures par balle fussent la majorité, les conditions de combat changeant, on en arrive actuellement à considérer que les projectiles d’artillerie sont la cause presque exclusive des plaies pleuro-pulmonaires, alors que les blessures par balle deviennent l’exception.
On peut juger de ces différences en comparant les diverses statistiques fournies depuis le début'de la guerre.
G. Gross, sur 171 blessés de poitrine observés du début de la campagne jusqu’au milieu de 1915, relate :
123 cas par balle : soit 72,4 p. 100;
ÉTIOLOGIE
, 48 cas par projectiles d’artülerie : soit 28 p. 100.
Schmid, dans les mêmes conditions, trouve sur 64 blesses : *44 par balle;
20 par projectiles d’artillerie.
Depage et Janssen, sur 360 cas soignés à l’ambulance de la Panne depuis décembre 1914 jusqu’à fin 1916, donnent les chiffres suivants :
182 blessures par balle : soit 50 p. 100;
146 par pdats d’obus : soit 41 p. 100;
26 f)ar shrapnell : soit 7 p. 100;
5 par armes blanches;
2 par agent vulnérant inconnu.
Maillet, sur 122 cas examinés depuis le début de la cam¬
pagne jusqu’en fin 1915, trouve :
51 blessures par balle ;
70 par projectiles d'artillerie;
1 par baïonnette.
Duponchel, du 8 avril au 18 juin 1916, a vu 269 blessés de . poitrine; tous l’étaient par projectiles d’artillerie.
Pendant une période de 7 mois en 1916, l’un de nous a pu examiner 362 blessés de poitrine :
302 avaient été blessés par des projectiles d’artillerie:
25 par balle;
30 par grenades;
4 par bombe ;
1 par baïonnette.
On voit donc que, à mesure qu’on avance dans la guerre, la prépondérance des blessures par projectiles d’artillerie se manifeste de plus en plus; les plaies par grenade ne se rencontrant guère que par intermittences au moment des attaques d’infanterie, coups de main ou offensives, les plaies par balle n’étant plus observées que lorsque les hommes s’exposent au feu des mitrailleuses.