INTRODUCTION ET HISTORIQUE
L'histoire des plaies de la vessie par armes à feu commence avec les guerres du premier Empire.
Larrey en parle longuement dans ses mémoires de campagne et, remarque-t-il, les vieux grenadiers qui, dans le feu de l’action, oubliaient de vider leur vessie,
* étaient plus exposés aux plaies vésicales que les conscrits chez lesquels le combat produisait la fréquence des mictions, voire l’incontinence,
A cinquante ans de distance, Demarquay commu: nique à la Société de Chirurgie un travail à ce sujet,
NS s
et Houel présente dans sa thèse d’agrégation un exposé très détaillé de ces traumatismes.
Ottis en 1876 dans son rapport statistique sur la guerre de Sécession ne relève que 183 lésions vésicales sur 408.072 blessures.
Enfin l’importante monographie de Bartels (1878) analyse de 504 observations, la thèse de Bernard (1879), les études de Vincent, Maltrais, Ferraton, Blum, Sexe et Sieur, bien que se rapportant surtout aux ruptures vésicales de la pratique civile, renferment de précieuses indications.
Mais il s’agit en somme de lésions rares, la technique à suivre en leur présence reste flottante jusqu'aux guerres modernes où les cas se multiplient.
Après le Transvaal, malgré la tendance générale vers l’abstention systématique dans les plaies de l'abdomen, von Hippel place parmi les indications de laparotomie primitive, les déchirures de la vessie avec lésions osseuses.
Pendant la guerre de Mandchourie, la statistique de Kharbine (1904) citée par Follenfant note, sur 307 plaies de l'abdomen, 14 lésions vésicales, avec
4 décès, { guérison sur place et 9 évacués. A la suite :
Manteuffel écrit : « Les blessures de la vessie sont « considérées depuis la guerre des Boers comme « réclamant impérieusement l'opération. Cette pra: « tique, bonne peut-être pour les blessures par « schrapnells, ne vaut rien pour les blessés pas balles. « Ceux-ci guérissent très bien malgré des fistules de toute sorte. »
Durant les opérations du Maroc, Gauthier, sur
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un total de 184. blessés soignés à l'hôpital de campagne de Casablanca, note 22 blessures de l'abdomen, dont une plaie de la vessie, abstention opératoire, guérison.
Mais ce sera probablement un apanage de la campagne actuëlle d’avoir multiplié ces traumatismes. Durant l'année 1915, Legueu, Phocas, Marion, Courteaud, Jeanne, Veau en rapportent de nombreuses observations à la Société de Chirurgie de Paris. Enfin la création heureuse des centres spécialisés d’urologie en mai 1915 permit de grouper les séries similaires, suivre les séquelles éloignées, fistules purulentes et urinaires notamment des blessés aux premières batailles de Belgique ou de la Marne, malades que la gravité de leurs blessures et l’encombrement des formations sanitaires n'avaient permis d'opérer dès le début et qui ont pu circonscrire leur mal, de fixer enfin les indications opératoires précoces, chaque centre pouvant communiquer le résultat de son expérience à ses voisins par l'organe des rapports mensuels. Rochet, à Lyon; Cathelin, à Orléans; Legueu, à Necker; Chevassu, à Montpellier, y posent quelques indications dont s'inspire notre travail.
Aussi bien ne saurait-il s'agir pour nous de tenter une monographie complète de ces traumatismes. Beaucoup d'observations attendent encore entre les mains des chirurgiens une heure de publication opportune. Nombre de points : fréquence relative, mortalité, ne seront possibles qu'avec une statistique globale sur les entrées dans les formations sanitaires, les inter-
PRIE ventions, les décès par catégories; ce sera le rôle de l'après-guerre. Mais actuellement, la nécessité de l'action immédiate nous domine encore; de nom-
breuses blessures sont et seront observées, seule
importe l'étude attentive des accidents et les indications opératoires qui en découlent.
Nous serons trop heureux si, de l analyse de 21 cas Gbservés au centre urologique de la 14° région, nous pouvons contribuer, pour notre modeste part, à montrer la diversité des plaies de la vessie, la sévérité
des lésions associée et quelques types cliniques qui
y correspondent, l'importance du premier geste chirurgical dans l’évolution ultérieure du malade; enfin les indications et le mode de l'intervention précoce.