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OBSERVATION VI

(LEFÈVRE, Bulletins de la Sociélé d’'Anatomie pathologique de Bordeaux, année 1908.)

M'"° G.., 20 ans, amenée à l’hôpital Saint-André, le 29 janvier 1908, à 9 heures du soir. A 8 h. 1/2, elle avait reçu, dans la région épigastrique, étant assise, un coup de couteau porté d'avant en arrière et de gauche à droite. À son arrivée, à 9 heures, cette femme était pâle, complètement décolorée, presque exsangue, froide; son pouls, petit, imperceptible, était incomptable. Elle était en proie à une vive dyspnée et était secouée par une toux sèche incessante.

A la région épigastrique, entre l’appendice xyphoïde et les cartilages costaux gauches, existait une plaie oblique de haut en bas et de droite à gauche, longue de 3 centimètres 1/2. Cette plaie était béante et, par elle, à chaque inspiration, s’écoulait du sang.

La blessée ne présentait ni hémoptysie ni vomissement d'aucune sorte.

L'examen du ventre montrait que la respiration diaphrag-

matique était presque totalement abolie.

La palpation amenait de la défense musculaire dans toute la région sous-ombilicale et déterminait de la douleur.

Dans la région sus-ombilicale, toute palpation profonde était impossible, et, fait important, la paroi raidie était dure comme du bois et douloureuse. À la percussion, pas de matité anormale dans les flancs, pas de sonorité péri-hépatique; au contraire, la matité du foie paraît agrandie inférieurement.

Rien du côté des organes thoraciques.

En face des symptômes graves d’hémorragie interne et externe présentés par cette malade, en présence de cette défense extrême de la paroi, de cette issue du sang pendant l’inspiration, à travers la plaie, je pense qu’il s’agit d’une plaie pénétrante de l’abdomen, et aussitôt la laparotomie est pratiquée, c’est-à-dire une heure et quart environ après la blessure.

Anesthésie par le chloroforme. Injection de 900 grammes de sérum durant l’intervention. Incision xypho-pubienne passant l'extrémité interne de la blessure.

Le trajet du couteau est débridé; on constate qu’un cartilage costal a été sectionné par l’instrument vulnérant. Le péritoine ouvert, on tombe sur des caillots accumulés entre la paroi et le foie; plus bas, entre le foie, l'estomac, le petit épiploon, le ligament suspenseur et la paroi. Ils sont évacués, le péritoine asséché. Mais du sang s’écoule toujours, paraissant venir du foie. En effet, tout en haut, sous les fausses côtes droites, on voit sourdre du sang, d’une plaie du foie. Cette plaie siège sur la convexité du lobe gauche; elle est dirigée de haut en bas et de droite à gauche. Elle a 4 centimètres de largeur. Les lèvres en son milieu sont écartées d’un demi-centimètre environ. Sa profondeur ne peut être fixée puisqu'elle n’a pas été explorée, mais attendu que l'instrument vulnérant était un couteau pointu, on peut l’évaluer au minimum à 4 ou 5 centimètres. Le sang s'écoule en bavant de cette plaie surtout durant l’inspiration; avec des écarteurs, les rebords costaux sont soulevés par deux aides; de la main gauche, placée à plat entre la paroi et le foie, j’abaisse ce dernier organe. La plaie apparaît ainsi dans le champ opératoire, et deux catguts n° 2 sont placés et noués.

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