‹ Plan d'éducation pour les enfans pauvres, d'après les deux méthodes combinées du docteur Bell et de M. LancasterChapitre 23 sur 23 · I EXTRAIT DU PROCES-VERBAL · texte numérisé non relu

I EXTRAIT DU PROCES-VERBAL

DE LA SÉA.HCE GÉNÉEALE DU 10 JABVIER l8(6.

La séance est ouverte à sept heures,

Une assemblée nombreuse, compose'e des membres les plus distingués de la société et de plusieurs des dames qui en font partie, est présente à cette jéuniou générale des Souscripteurs, la première jâepuis la fondation de la Société.

M. le baron De Gérando occupe le fauteuil.

M. le président offre, de la part de la Société despotes britanniques, six exemplaires du Rapport fait I cette société sur ses travaux du dernier semestre.

L'ordre du Jour appelle M. le secrétaire général I laire un rapport sur les travaux, de la Société

pendant le dernier semestre de i8i5. M. le comte | De LaLorde prend la pai'ole et s'exprime en ces I termes : '

«Vous l'avez tous visitée, Messieurs, cette église antique , naguère remplie d'armes et d'instnunena de combats, aujourd'hui consacrée à la charité et à la bienfaisance. Vous avez vu dans son* enceinte ces cntaas intelligens et dociles, s' instruisant, se gouvernant eux-mêmes , se communiquant les leçons de la morale , les préceptes de la foî , les connaissances utiles de la Société. Attirés par cet intérêt nouveau, de nombreux spectateurs animent ordinairement cette scène, Là, ce sont de jeuuej inslî^tcurs qui viAinent étudier la méthode pour la porter dans les campagnes. Ici , de nobles atùis' de l'humanitc , dont la richesse est le patrinitHM du pauvre , observent en silence ce bienfait uouvoV qu'ils brûlent déjiï de répandre. Plus loin, des frÔB des écoles chrétiennes, des sceursde saint Josepb, consultent le professeur sur les moyens d'intrO" duire ce changement dans leurs maisons, et de doubler par-làle nombre deleurs élèves, le nombivde leurs bonnes œuvres. Enfin , des étrangers parcourent la salle et applaudissent aux succès de cette institution naissante, eu se r.ippelant avoir yvL^ quelques mois avant , nos compatriotes éprouver chez eux le même sentiment. Pendant ce temps, les enfans, émus par l'intérêt qu'ils inspirent, mais attentifs à 1;

[dans leur cœur cette dignité d'eux-mêmes, cet ' amour dti bien qui ne les abandonnera pas dans la vie. Quelle joîe brille sm' leurs visages à la moindre récompense! quelle douleur profonde les accable à la moindre punition ! Eh bien ! Mesl.ûeurs, ce spectacle touchant, cette heureuse institution, c'est votre ouvrage , c'est le but de votre Société , dont je vai» vous entretenir , et dont chaque année vous apprendra les nouveaux progrès , les heureux résultats.

C'est un grand œuvi-e social que vous avez entrepris , Messieurs , celui de donner à tout un peuple une éducation morale et religieuse, celui d'associer le pauvre aux talens qui font sortir d'uuc position pe'nible, aux vertus qui la font supporter avec résignation ; car où pourrait être la résignation, sans l'instruction qui éclaire, la morale qui dirige, la religion qui soutient et console ? Ce plan parait immense, lorsqu'on ne considère que ses avantages ou ses difficultés: raaisil semble bientôt plus facile , lorsqu'on a parcouru la route qui peut y conduire ; lorsqului connaît cette excel- I lente méthode, qui abrège le temps ^ diminue la L dépense , égaie l'étude , éloigne les difficultés ^ péthode dont on ne peut plus contester la bonté , l>nt on ne saurait plus arrêter les progrès.

b Je n'entrerai pas ici , Messieui-s , dans le dé- (bloppement d'un système que vous connaissez; t me bornerai à vous rappeler qu'il consiste prin- {talement dans l'enseignement des enlàos par

eui-niémes , c'est-à-dire , par un petit nomlire d'entre eux plus habiles que les autres , et qui font vis-à-vis de leurs camarades l'office de préfet , de régent, sous la suneillance d'un seul instituteur. De là , naissent pour les enl'ans ces relations sérieuses et douces qui les transportent déjà dans la Société , qui développent leurs facultés , éclairent leur âme , excitent leur émulttion , qui leur apprennent de bonne heure la justice dîstributîve parmi les liommes , les droits de l'autorité , et par conséquent les devoirs de l'obéissance.

Ce mécanisme ingénieux n'est point une doctrine , n'est point une science ; mais un moyen puissant, applicable à toutes les sciences , à toutes les doctrines. Inventé en France, mais perfectionné chez nos voisins , il vient d'être reporté ea. France pour y être perfectionné à son tour. Les bons effets qu'il produit déjà , sont dus principfe lement à la formation de votre Société , qui s'est accrue rapidement, et qui réunit âËljourdhui les personnes les plus instruites et les plus diâtînguées de la capitale.

Pour établir avec ordre les b'avaux de cette an- ^e , je les diviserai en deux classes distinctes , sous le nom de travaux intérieurs ou des co-, mites , et travaux extérieurs ou des écoles. Les premiers sont autant de bureaux particuliers, composés d'hommes zélés et instruits , qui préparent les questions , les discutent avant qu'ellis ne soient soumises aux assemblées du consniL,

L îLes seconds soni

sont autant d'établissem^ns formes f qui agissent et mettent ea pratique le syslftiie, et

reçoivent des premier^e mouvement et la vie.

Un coup d'oeil rapide sur ces difTérens travaux - .vous prouvera , Messieurs , que ceux que vous en Bavez chargés, ont été dignes de votre confiance, ret peut-être même ont dépassé votre espoir.

Travaux intérieues od des Comités.

wr Aux termes de votre règlement, cinq Comités ' \ont dû (aire partie du conseil d'administration ; mais, avant qu'ils eussent commencé leurs fonctions, il existait un comité principal , choisi dans votre sein , et fonné au moment même de vos premières réunions; ce comité, placé près de l'administration , a été un interni e'diaire très-utile entre vous et l'autorité , pour vous soutenir de son pouvoir et l'éclairer de vo^ lumières. Ayant à sa^ disposition quelques moyens d'argent et d'influence , il les a employés sur-le-champ à fonder la première école élémentaire ; à faire , venir de Londres l'excellent professeur qui la dirige; à composer près de cent tableaux ; et , en un mot , à présenter un type de la doctrine assez complet pour qu'on put juger de tous ses avantages. Ce comité est présidé par bM. le comte de Chabrol, préfet de la Seine, [auquel nous devons tant de remercimensi Ce magistrat, appréciant l'importance de votre insti-

tatïon , l'a fàït connaître au ministre de rintérieur , et a rOTi de lui l'autorisatloQ de la seconder de tous SCS efforts. Les trai|^ux qu'il surveille sont dans une direction parallèle et relative aux opérations de la Société. Le préfet nous fait part des arrêtés qu'il prend , des mesures qu'il croit dcToir adopter; et la Société lui rend compte des oflrcs qu'elle reçoit, des demandes qui lui sont faites , et des améliorations qu'elle projette. Heureux concours de puissance et de zèle , d'action et de pensées, de travail et de sacrifices, dirigés vers unlmt* commun et pour un bien général !

Ce n'était poiut un travail facile, Messieurs, que de transporter dans notre langue, que d'assujétir aux règles de notre orthographe , de notre grammaire, un procédé d'enseignement nouveau dans sou casembleetsesdétails,etcela surtout avec l'intention de ne suivre ser\'ilement aucune des deux méthodes en usage en Angleterre, celles de Bell et de Lancaster; mais de prendre de chacune ce qui sej^^blerait préférable, et même de les perfectionner l'une , et l'autre. Il a fallu, pour réussir dans cette entreprise, une forte volonté et un dévouement entier dans ceux qui s'y sont livrés. Nos écoles présentent aujourd'hui la réunion de ces deux méthodes perfectionnées. La classification et le moavement ressemblent aux écoles de Lancaster aT«4 moins de signes extérieurs, de punitions et de récompenses trop multipliées, d'exercices gymnastiques f et sartoat celles de i^>

rïthmétiquc , ont plus d'analogie avec la méthode 'de Bell , à laquelle nous avons ajouté successivevnent quelques-uues des inventions de Pestalozzi. MM. l'abbe Gauthier, le comte de Lasteyric et Choron , après avoir perfectioniié le syllabaire , l'avoir rendu plus méthodique pour la lecture, en ie fondant sur l'analogie naturelle, ont cherché à jétabLir des modèles d'une e'cnturecumfequi joint à la beauté des formes les avantages d'une exécution facile, et qui, étantsuivie d'apçès des exemples gravés, [})Ourrait devenir une écriture nationale. En effet, Messieurs, n'est-il pas convenable, au moment où ions les enfans vont apprendre à écrire , de faire en «orte que leur écriture soit à peu près uniforme sans être absolument semblable? Cet usage ferait cesser les dispai'ates, le désordre qui régnent dans l'écriture des classes inférieures en France. Vous observez déjà, sur les ardoises qui vous sont soumises, que les caractères sont d'une forme plus pure et d'une lecture plus commode. On s'est également occupé depuis quelque temps à corriger et compléter les tableaux qui servent aux dusses, et à suppléer au défaut d'ouvrage élémentaire assez parfait pour être Adopté dans tontes les écoles. Sur la proposition d'un ^e nos collègues, un prix doit être fondé par la {Société pour le meilleur ouvrage de ce genre, ouvrage qui manque absolument danti notre langue, ît n'existe même bien complet dans aucune autre.

La méthode une fois établie, il fallait commencer p instruire uu certain nombi'e de professeurs qui

-fassent en ëlat de diriger sur-le-chtmp les écoles qui se formaient , et d'être envoyés dans les départemens; il fallait prévoir en même temps un moyen d'instruction pour les personnes qui viendraient étudier le système; et c'est à quoi votre conseil s'est particulièrement attaché. Plusieurs membres, qui se succèdent dans cette fonction, sont chargés d'examiner les titres de capacité et de bonne conduite que présentent ceux qui désirent s'instruire dans la nouvelle méthode. Lorsque cet examen est satisfaisant ; les candidats sont admis à visiter les écoles existantes d'une part, et de l'autre, à suivre un cours ^particulier que M. Martin a établi chez lui avec un |- désintéressement et un zèle au-dessus de tout éloge. Quelque modiques que soient les appointemens des instituteurs qui peuvent ,ctre appelés à gouverner de nouvelles écoles, on remarque une grande concurrence panni ceux qui se présentent pour y èlrc employés. Le cours de M. Martin est déjà de douze instituteurs et de quinze maîtresses, toutes personnes capables ou qui le seront incessamment de diriger parfaitement une école. Cet empressement est facile à concevoir par le charme même que présente cette institution. Les profes.seurs , d'après ce système, n'ont plus rien des fonctions pénibles de leur état: tout le mouvement de l'instruction, toute la partie minutieuse , ingrate , assujétissante, s'opère par lesenfâns eux-mêmes, et le niaitre est plutôt un administrateur, un surveillant, qu'un régent de classes. Une foule de petits cûlla}>oratem's lui epai'gœ

>iïa peine de ses travaux, en lui en laissant tout le

^onérite : heureuse combinaison qui, ainsi que nous 'Avons eu lieu de l'ohserver, fait du travail un jeu , de la science une lutte, de l'autorité une recomipense.

M. le duc de Raguse qui, depuis l'origine de notre institution, en a senti les avantages , ayant

-, conçu le noble projet de fonder à ses frais une école suivant la nouvelle méthode dans le chef-lieu de ses

. propriétés, près de Châtillon-sur-Scine, vient d'envoyer M. Hézart, instituteur de cette ville, pour s'instruire dans la méthode. Auboutï'uu mois, ce professeur a été en état d'accomplir l'objet de sa mission.

Quelcpie zèle cpi'un grand nombre de jeunes gens manifestent pour cet excellent mode d'enseignement, il faut cependant l'avouer, il existe encore, parmi les anciens instituteurs, une sorte de méjjance , de craii]M|et d'éloignement pour nos écoles, qui ne me^rarait pas bien calculée. La plupart s'imaginent que la méthode tend à diminuer leur importance , elsurtoiit leur nombre. C'est une erreur : ce n'est point à diminuer le nombre des instituteufs que tend le nouveau système , mais à augmenter le nombre des élèves. Si les instituteurs veulent eux-mèmçs adopter ces moyens simples et économiques (et ils trouveront toute facilité pour s'instruire dans nos écoles), ils peuvent augmenter beaucoup leur revenu. Notre but n'est pas de changer les institutions ejcistaotes , mais de les

améliorer; nous ne prétendons point composer une doctrine, mais propager un mécanisme, un instrument des iiicultes intellectuelles applicable à toutes les doctrines.

Une des fonctions les plus pénihles , Messiears, a ett: de dierclier et de disposer les emplacemens i pour les nouvelles écoles ; et nous u« pouvons rendre trop d'actions de grâces au zèle que M. Jomard ■ développé , depuis l'origine de l'institution, dans cet emploi difficile. Chargé, par M. le préfet, de ce travail, il s'y est entièrement livré, et le fîruit de SCS dAnarches a été l'organisation complète de quatre écoles, et la préparation de douze autrea qui pourront être établies cette année même dans les difl'érens arrondisseraens de Paris. Un des avantages, mais aussi une des difficultés du système nouveau, est de donner aux enlans beaucoup plus d'espace que dans les écoles anciennes : dans celJcsci , les enfaus sont entassés les iia| sur les autres antour du mur , pendant que le imlieu est libre. D'après cette disposition, les regards du maitre ne peuvent jamais les atteindre tous à la fois ; et, pendant que l'étude a lieu d'un côté, de l'autre régnent la dissipation et le désordre. La premicro^onditioB d'une école, suivant Bell et Lancasler, est un grand espace oblong , bien aéré et bynn éclairé, ou les baacs, disposés en amphithéâtre , permettent d'inspecter tout le mouvement. Des salles semblables se trouvent plus ordinairement dans les anciens édifices religieux, dont la plupart ont été détruit»

[■pendant la révoliilion, ou ont reçu une nouvelle t destination. M. le Préfet de la Seine a fait dresser I une liste de plusieurs de ces emplacemens dans [ chaque arrondissement , et il s'occupera à les ren- I dre disponibles pour la fondation des nonvelles ■ écoles, a mesure que les fonds en seront faits, " soit par la ville de Paris, soîl par quelques corporations, soit par des particuliers généreux. De tous, le plus important, et celui qui doit fixer l'attention de la Société , est une école centrale que le Préfet a le projet d'établir dans l'enceinte des PelUs-Pères , près du Palais-Royal , ou dans la Halle aux draps. \ Cette école contiendra cinq cents garçons dans une I salle, et cinq cents filles dans une autre, et pré- I sentera au centre de la capitale, dans les quartiers [du luxe et de la frivolité, le quodèle le plus rparfait d'une éducation morale et religieuse.

Vous avez pensé, Messieurs, que, s'il était important de fonder des écoles primaires dans la capitale , il ne rétait pas moins de répandre ce bienfait dans les départemens ; d'appeler tous ceux qui s'intéressent aux progrès de la civilisation , à concourir à vos vues bienfaisantes, à propager et mettre en pratique les méthodes nouvelles d'enseignement.

C'est pour atteindre ce but que tous avez arrêté qu'il serait publié un Journal d'Education , dontun cinquième comité surveillerait la rédaction, etdont la Société fournirait en grande partie lee matériaux.

Trois numéros de ce journal ont paruj et on peut déjà pressenlir le degré d'utilité et d'intérêt qu'aura cet ouvrage , lorsque les établissemens de la nouvelle méthode en France se multiplieront : ce sera alors une sorte d'archives , de répertoire de tous les progrès que fera l'éducation , et des heureux effets qu'elle ne manquera pas de produire sur les . mœurs et les principes de la génération qui s'élève. Cette entreprise utile ne sera cependant point onéreuse 3 la Société , puisqu'il s'est trouvé un libraire zélé et intelligent , qui se charge d'en supporter les frais et de partager même les bénéfices, s'il doit y en avoir, avec la Société.

Cependant, Messieurs, ce libraire ne pourrait, dans le premier moment, couvrir les frais d'impression, s'il ne trouve dans le sein de la Sociétç même , un nombre suffisant de souscripteur ; et c'est à votre zèle que nous appelons pour seconder ■ un moyen aussi important au succès de l'Institution.

Les premiers numéros de ce Journal ont com- ■ mencé à vous faire connaître les noms et un abrégé de la vie des personnes respectables qui ont été cïioisies comme associés étrangers, etqui,lapJupartj ont témoigné leur satisfaction de s'unir à nos intentions, de seconder nos travaux. Depuis cette époque , plasieurs autres nouveaux associés également recommandahles ont été admis ; et dans le nombre M. de Rnvtzof, colonei au service de Kussie , qui suit avec exactitude nos séanc^, et a

prolongé son séjour à Paris, pour être à mûme de mieux étudier et de dire counaitre la méthode dans sa patrie.

Une commission est chargée de la composition d'un Manuel pratique, pour servir de guide aux fondateurs ée nouvelles écoles, et aux maîtres qu'ils emplolront. Depuis !e premier établissement de la méthode en France, on a senti la nécessïlé d'un ouvi'age d'après lequel on pût former une école sans avoir même besoin d'un instituteur qui eût étudié le mode d'enseignement. Ce travail est déjà très-avancé, et nourra paraître vers la fin de l'hiver. Il sera composiMÏ'un énoncé général de la doctrine , et d'un tableau du tra^il séparé de chaque classe. A chacune de ses divisions seront jointes de petites estampes qui feront mieux connaître les places respectives des moniteurs et des élèves, et donneront une idée des principaux mouvemens gyninastîques. Votre commission a pensé que ce travail devait être peu volumineux pour être à la portée de toutes les fortunes j'clair et précis pour être à la portée de I toutes les intelligences.

Parmi les travaux intérieurs de la Société , nous devons encore compter les réunions périodiques de votre conseil d'administration , les communications qu'il a accueillies , nu les mémoires qui ont été Ins dans ses séances. Qu'il me soit permis , Messîeui*s , de placer ici le nom de notre digne presidont ; l'usage peut-être s'y oppose , mais ses travaux et ses «en'ices me le prescrivent. Vous

aamsoi

avez lu tous avec un vif intérêt son excellent 1 port sur les nouvelles méthodes , et celui qui| cède le règlement de notre Société. Vous n'ayex pas moins admire ses Instructions sur les moyens . de former des maîtres et d'adapter les méthodes à des écoles déjà établies. — C'est à lui que nous devons également le Programme de l'ouvrage élémentaire pour lequel la Société se propose de fonder un prix; programme qui, à lui seul, est un ouvrage entier. Mais ces travaux ne sont rien auprès des démarches , des efforts qu'il a dû fainB pour éclairer sur le but , sur les avantages de notre institution , pour assurer ses sucras. Âujourd'hai le récit de ces succès sera plus satislaisant ponr son cœur , que des éloges qui blesseraient sa modestie.

La plupart des séances de la Sodété ont étç marquées par des communications intéressantes , ou des discussions utiles ; je regrette de ne pouvoir les indiquer toutes, et d'être même oblige de me borner à un simple extrait des principales.

Dans une des preinières séances , le secrétaire général a fait connaître à la Société le zèle de madame la duchesse de Duras à secogder ses travaux ;, celte Dame, plus distinguée encore par ses qualités que par son rang , ne s'est pas bornée à contribuer aux frais de l'établissement de notre première école > elle en a fondé une autre entièrement à ses frais dans sa propre maison. Nous ea pitrleix>n9 dans la deusiènie paiiie de ce Ruf»-

port. Dans la siiancc suivante le secrétaire flenenil a (ail part ^(^alemt'iit au conseil, de l'oCfre fjijnéreusc (le M. LouÏh Grcfulilo, d établir à ses ♦ais, et d'un (retenir une école dans l'emplacement r|ui lui serait désipiné. Lo conseil n nninifcKlc combien il était toiictid de ce noble prucédé. Depuis cette cpocpo M. Grtfluldo a parcouru luimômc tout lu quarticrde tu CliawiScu-d'Atitin, qu'il Iijhite, sans pouvoir rencontrer un emplacement convenable ; mais la Société 0[)preiidra avec plaisir que M. l^iPretet do la Seine lui destine le local qui doit être consiruit dans la cour des Petits- Pères, cl qui servira de type à l'institution. Que do semblables exemples soient suivi», Messieurs, «t nous aurons bienlàt lu plaisir de voir notre utilité et nos travaux kc borner à composer des éloges ou des remcrclmens !

D-ius la séance du ç) uoût , M. Jullien a fait un rapport sur lu méthode do Pestalozsii et l'analogio qu'elle .1 dans plusieurs points avec celles de Bell et du i^aucusfcer.

Dans la môme séance M. Amoros lit un menioiie fort intéressant sur cette même métbodc de Pestalozzi , et sur les succès qu'elle a eus eu Espagne.

M. liasKOt a donne lecture d'un projet d'Iustructiou morale élémentaire.

M. le colonel .Stanliope , député de la société d'I'^tlucalion de Jjoudres .iu près de notre Société , n'est présenté h la séance du 33 aofit pour assister

à nos travaux , et nous faire part de la salisfactioa que l'on éprouvait eu Angleterre de la réussite de nos éfibils.

Le procès verbal de l'assemblée du 3 juin montre quel vit intérêt le comité britannique prend toujours à nos travaux ; celui de la second^ assemblée, tenue en novembre, et que M. le duc de Kent a bien voulu envoyer à chacun des membres de votre conseil, contient des éloges encore plus flatteurs ; l'Assemblée, dans cette séance, vota des remercimcns à notre Société ; et ce fut un spectacle bien doux , Messieurs , pour quelquesuns de nos compatriotes qui s'y trouvaient présens, de voir cette réunion d'hommes généreux et éclairés , naguère nos ennemis j se lever tous spontanément pour rendre hommage aux efic#s de notre institution naissante , et s'unir à nous d'itttention pour le bien de rimmauité. Le discours da duc de Rent contient ce passage remarquable à notre égard : « Puissent ces eflbrts des Français être leprélude de sentîmens d'accord et de bonne intelligence entre les deux pays , et prévenir à janiaisle retour de guerres si nuisibles à l'un et à l'autre. » Ces paroles du fils d'un Roi respectable sont dignes d'être entendues par les sujets d'un Monarque éclairé. En effet , Messieurs , si quelque chose peut détruire parmi les hommes ces inimitiés nationales, ces systèmes prohibitifs, ces effets funestes de rivalités commerciales, n'est-ce pas un plus grand développement de Imnières, n'est-ce pas une éduca^'

educa^i ]

tion générale , qui éclaire les individus et les nations sur leurs véritables intérêts , qui ne soat jamais dans la conquête et la dévastation.-* Un peu d'industrie chez les peuples leur tàît désirer la guerre, soit pour obtenir, soit pour éviter le monopole ; beaucoup d'industrie les ramène à la paix, comme unique moyen d'échange et de consommation.

Dans la séance du i8 octobre , M. Tabbé Gaulihter , cet ami fidèle des enfians , et leur guide détiotéressc , a fait hommage à la Société de différens exemples nouveaux pour l'écriture, qu'il a rapportés de ses voyages.

Dans la séance du i5 novembre, M. Bally a rendu compte des procédés de M. le professeur Daubenton, pour apprendre à lire aux en(âiis avec plus de promptitude.

L'extrait d'une lettre de la supérieure du couvent des Ursulines de Toura, communiqué par madame la duchesse de Duras , à la même séance , prouve que l'éducation gratuite des ciifans dans la Franche- Comté , depuis l'année 160G, avait beaucoup d'analogie avec la nouvelle méthode. Des renseignemens Ibrt iutéressans, fournis par M. Philpiu de Percey sur l'institution des Frères des Ecoles Chrétiennes établies à Langres , ofl'rent des rapprochemens pareils , et nous aimons a saisir cette occasion de rendre hommage à cet ordre respectable que nous appelons de tous nos vœux ii se joindre à nous ; l'adoption de uotre méthode serait

un dernier perfectionnement de la leur , et leur acquerrait de nouveaux droits à la reconnaissance publique.

Dans la séance du i3 décembre ; un sociétaire a fait un rapport sur les enfàns abandonnés par suite de la condamnation de leurs parens, et qui, n'ayant point partagé leurs crimes, sont néanmoins victimes de leur punition. — Al'occasion dece fapport, M. le chevalier Cadet de Gassicourt fixe l'attention de la Société sur une autre classe d'cnfans placés daas un plus grand danger pour eux-mêmes et pour la société ; ce sont les enfans condamnés pour vols , ou autres crimes , à des réclusions tempe raires. Le tableau que le rapporteur fait des vices et des habitudes de ces enfans, fait horreur, et n'est cependant point exagéré. Nous avons visité ces sombres demeures , ces antres de la corruption, et nous avons été épouvantés de la perversité, qui jr règne. Deux cents de ces enfans sont mêlés ani ' criminels adultes qui les encouragent , et leur êft-, . seignent la théorie du vol , aussi tranquillement que l'on professe les sciences dans les académies. ' Plusieurs d'entre eux sont atteints de deux ou trois jugemens ; il en est quîontcomniis des assassinais , des parricides j très-peu savent lire et écrire , mais presque tous connaissent parfaitement les diffërens degrés des peines prononcées par le Code \. pour les délits commis par des mineurs. Les prisons de ûlles offrent le même tableau, et il n'est pas rare de voir des enfans de neuf et dix ans parmi les

malheureuses que la police renferme tous les jours. Implorous l'autorité, Messieurs, pourqu'elle sépare le plus tôt possible ces eu^ns , de l'air contagieux qui les entoure ; pour qu'elle les éloigne des vétérans du crime qui achèvent leur corruption. Il est encore des moyens de les ramener à des sentjmeus vertueux ; ne désespérons pas d'un âge aussi tendre. Déjà le préfet de police s'occupe à trouver un local pour les renfermer dans deux prisons distinctes , l'une destinée aux filles , l'autre aux garçons ; il â fait choix d'un ecclésiastique pour les instruire ; mais cette mesure ue serait qu'un palliatif, si on ue détruit pas dans ces enfans le principe d'ignorance cl d'oisiveté qui les ramène toujours au mal. Ce n'est qu'en détournant leur attention par de nouvelles idées, en leur faisant connaître de nouvelles jouissances , qu'on peut leur donner de nouveaux principes. L'habitude du bien se contracte ' aussi facilement que le goût du mal s'acquiert. Votre conseil a donc pensé qu'un des plus utiles travaux que la Société pourrait entreprendre pendant l'année qui va s'écouler, serait d'établir une école dans la nouvelle prison de ces enfans. Il a nommé une commission chargée de prendre des renseignemens à ce sujet , et votre comité des l fonds doit vous proposer d'y consacrer une somme. I Nous aurons , pour conduire celte entreprise , un |de nos collègues qui en a conçu la première l.idée, et dont le nom parait depuis quarante ans I il la tête de toutes les iastitultoos utiles , de tous les

êtaHissemens de bienfaisance. M. le dac de la Rochefoucauld-Lîancourt a développé depuis longtemps le projet d'un nouveau s^'stème de travail et de discipline dans les prisons. I! a été autorise à en faire l'essai, par une ordonnance royale di» i4 septembre i8i4, et la nouvelle méthode d'enseignement qu'il se propose d*y introduire , secondera puissamment son zèle et ses lumières.

La proposition d'un membre , d'examiner s'il ne serait pas utile d'introduire dans les écoles les élémens du dessin pour ce qui intéresse les ouvriers , et quelques notions de musique , ainsi qu'il est d'usage dans plusieurs écoles d' Allemagne, a valu à la Société un excellent mémoire de M. le général de la Harpe; mémoire que nous regrettons de ne pouvoir présenter en entier. Ce digne philanthrope conclut à borner l'instruction dans nos écoles aux simples connaissances utiles, c'est-à-dire , à savoir lire , écrire et compter, comme moyens indispensables pour les hommes de gérer leurs affaires, et de fixer leur mémoire. II nous engage à ne pas justifier, par de plus hautes prétentions, l'inquiétude qui ne manquerait pas de se manifester sur le genre d'éducation que nous désirons donner au peuple. Nous partageons tous, je pense, cette opinion. Loin de nous, en effet, Messieurs , de vouloir entraîner les enfans à l'ambition que donnent des connaissances trop élevées. Loin de nous de cha^ cher à éloigner de leur profession ceux que nous désirons attacher plus fortement à leur prince ^ à

leur pays. Nos vœux sont , aa contraire , qu'ils se plaisent davanUige dans leur ëtat , eu connaissant mieux leur devoir; i^n'ils acceptent avec plus de courage leur destinée, en se sentant plus de moyens, de l'araéliorer. Nous ne cherchons à développer leur intelligence que pour parler plus sûrement à leur cœur, que pour frapper plus vivement leur raisou, quepour assurer plus promptement leur bonheur.

Je vais passer , Messieurs , à la seconde partie desopérationsye laSociété,que j'ai comprises sous ie nom de Travaux extérieurs , ou des Ecoles.

Travaux extériedrs ou des Ecoles.

Le premier étaWîssement fut fondé à Paris dans une maison obscure de la rue Saint-Jean-de-Beauvais ; il ne comprenait alors que douze enfans , sous la direction de M. Martin , dont le zèle , Ja douceur , la persévérance , ont surmonté bien des obstacles. Au bout de quelques semaines son «cole a présenté les heureux résultats de la méthode. Son modeste établissement fut alors transporté dans l'église du collège de Lisieux , où il est aujourd'hui. Cent cinquante enfans y furent reçHS. Dès ce moment il a été facile de juger de la perfection de ce système et de l'ordre admirable établi dans les classes. On vit le travail s'opérer simultanément; l'ordre régner dans le mouvement,

le plaisir dans l'étude ; l'intelligence des enfani

développer ; la crainte du blâme fixer leur ati^

» tion ; le désir du succès doubler leurs facuIt^Ji

Dans l'espace de peu de mois , cinquante erf i tout-à-fait ignorans ont appris à lire courai , les tableaux ayllabiques ; trente autres ont appn l 'écrire la grosse et la petite cursives ; les élèves 4 E sixième , septième et huitième classes ont fait! [■ progrès rapides en arithmétique. Plusieurs d'e^ t eux vontjusqu'aux combinaisons; les autres conn : sent les quatre règles simples et complexes, jugerez de leurs progrès par les ardoises qui sur le bureau, qui indiquent le temps de leurs études. Trente-huit élèves ont quitté l'école pour entrer dans des métiers , ou pour diriger, en qualité de moniteurs , de nouvelles écoles élémentaires. L âge ou l'état de ces enfans n'est d'aucune conàdération dans leurs rapports avec leurs camarades,souvent c'est le plus jeune qui dirige la classe ; pins souvent encore c'est le plus pauvre.

Si les progrès de ces enfans dans l'instruction sont aussi rapides' ,'le changement opéré dans leurs habitudes et leur caractère n'est pas moins surprenant. Vn nouvel être semble s'être développé en eux : dès sept heures du matin , on les a vus assiéger la porte de ï'école cl se répandre dans les cours On a eu beaucoup de peine à obtenir' qu'ils i)e viendraient qu'aux I heures des classes, et i! est rare qu'aucun d'eux y ait manqué , malgré la riguetu" de la saison. La 3atisfaction brille sur leurs visages ; une attention

Soutenue, une occupation constante, éloignent d'eux dégoûts, ces cnuuis, si communs dans les écoles , et surtout ces conversations entre les enfans , li contraires à leurs progrès , si nuisibles à leurs inœurs ; la crainte du blâme est surtout fortement imprimée en eux. Les personnes qui ont visité l'école ont pu juger de la douleur profonde qu'é- |wouvent ceux de ces enlans qui sont relégués à genoux , ou debout près de la table du maître , pendant que leurs camarades travaillent. Ce chagrin augmente lorsque les étrangers en sont témoins. Deux traits , parmi beaucoup d'autres que nous ^■JiTons recueillis , méritent de vous être rapportés , ^arce qu'ils font connaître l'efl'et que produisent les ' relations des enfans entre eux , et les principes qu'ils acquièrent. Un vol se commit , il y a deux mois , dans l'école. C'était le premier. Un enfant fut ar- L rêté et mis en jugement par ses camarades. Les C. moniteurs furent alors constitués en jury par le ï professeur , pour entendre les dépositions et les dék fenses de l'accusé. Celui-ci , convaincu , allait être ■condamné, lorsque, frappé de remords, et foudani ten larmes, il avoua sa faute , demanda pardon a >^s camarades, et témoigna le plus profond repcn- '. Cette scène , cet exemple, cette honte publique •a. peut-être sauvé à la société un criminel , et a remis dans son sein un homme vertueux. Ce trait &it voir l'impression du blâme. L'autre a rapport ù ^mour dn bien , et n'est pas moins remarf^nable.

La mère d'un moniteur de lecture vint un jour excuser son fils de ne pouvoir se rendi-e à l'école, à cause d'un malheur affreux qu'elle venait d'éprat^ ver. Des voleurs s'étaient introduits dans leur chanw bre, et avaient enlevé le peu qu'ils possédaient, da manière à ce qu'il ne leur restait plus que ce qa'A avaient sur le corps. Cet événement ne fut pal pins tût connu des autres moniteui's, qu'ils veulent porter du secours à leur camarade malheureux. Bs demandent à ouvrir le tronc de l'école , oii des étrangers avaient mis, quelques jours auparavant, une somme de i5 francs, pour être distribuée > comme récompense , aux difTérens mooi^eurs. Us déclarent au professeur qu'ils se désistent de leon droits sur cette somme en faveur de leur compagnon. Mais , la somme de i5 fiancs leur paraissant trop modique , ils se cotisent entre eux pour l'au^ nienter, et au bout de quelque temps ils parviennent à rassembler ar francs 5o cent. Aussitôt une deputation de trois moniteurs, ayant à leur tels le digne M. Martin, s'achemine, vers la demeure de la pauvre femme. Les latmes de la mère et celles de l'enfant furent les seules réponses, lesseukremerclniens qu'il leur fitt possible d'adresser à leurs jeunes bienfaiteurs , qui partageaient déjà leur émotion. Cette scène dut dédommager M. Martia d» bien des peines. Excellent homme , quelle récoiBpense était plus digne de vous? Qui , plus que TOUti était digne d'une telle récompense ?

Et il serait possible, Messieurs , que des en&M

.imbus de ces principes, manifestant de tels sentijnens, se montrassent, au bout de quelques années, indignes des uns et des autres, qu'ils neussent rien ide supérieur à ces m^beureux errans sur les places publiques , et condj^f au vice par l'ignorance et il' oisiveté ! Non, Messieurs, non, ceux qui commencent ainsi continuent ainsi, finissent ainsi. Ceux qui .savent déjà respecter les lois d'une école se soumettront facilement aux lois de la société ; ceux qui développent déjà tant d'intelligence ne laisseront point en arriilfee l'industrie nationale. Ces enfaos , en un mot , et nous pouvons en concevoir la douce espérance , seront un jour ce qu'ils semblent être déjà, des ouvriers întelligens, des citoyens vertueux, des hommes sensibles.

Et ne croyez-Tous pas aussi , Messieurs , que cette incbt^ion au bien, que cet amour de l'étude , n'aurmit pas une influence salutaire sur les familles mêmes de ces enfans? Les traits que nous venons de vous raconter auront peut-être produit plus d'effet dans le quartier oii ils ont eu lieu , que beaucoup d'exhortations ou de moyens répressifejla réforme d'une nation forte s'opère autant par Içs exemples que par les lois , et plus par la per- ^iuasion que par la craiote.

Je ne tous parlerai pas , Messieurs , de l'instruction religieuse que ces enl'ans reçoivEut ; vous savez que, par les délibérations des i5 novembre et i5 décembre , votre conseil d'administration a décidé «pic les écoles instituées par la Société pratiqueraient

■^TW

donnait une gratiiication pour aller apprendre, toui les jours, la méthode chez M. Martin. Ce nombre s'est bientôt accru de quarante autres, et est mjourdhui d'environ quatre-vingts, sous la conduite de M. Beliot, professeur très-soigneux et trè»-intelligent. Les entàns ont fait les mêmes prc^rMjet, étant nioJns nombreux , ila ont pu être surveiUéi davantage. Madame de Duras a fait une observation bien à la louange de la méthode, c'est cpie kl enlàns qui ne savent rien du tout font des progrél beaucoup plus rapides à proportion , que ceux qui ont déjà un commencement suivant les anciens usages. Madame la duchesse de Duras pre'side le comité de dames qui seconde le zèle de M, le préfet de la Seine, et notre institution lui doitÀ grandes obligations.

École de la rue des Billeites. Le consistoire it' l'église de la confession d'Augsbourg ayant adt^tf^' la nouvelle méthode pour sou école , niaîs ne von* •lant point changer de local, îl a fallu tirer parti dtplusieurs pièces étroites , et distribuer les classet dans difTérens endroits de la maison , ce qui est contraire au système d'après lequel le maître doit apercevoir d'un seul coup d'œil tous les euXans. Quoi qu'il en soit , cette école compte plus ^ quatre-vingts enfans, et est dirigée par MM. Goepp et Boissart, pasteurs de l'église : elle est divisée an deux classes, l'une de garçons, l'autre de tîUet] MM- Curie et Gunther.

L'ecole^es filles est la première qui ait été étaUîc Paris , d'après ce principe.

l U École de Sainte-Elisabeth , située dans une ^rt belle salle , au faubourg du Temple , doit être icessamment disposée pour la première grande Cole de filles établie dans Paris sur le nouveau ilan. Elle pourra contenir deux cent quatre-vingtuit élèves. Douze jeunes filles ont été instruites t sont déjà en état de taire l'office de moniteui"s l'école nouyelle,

Nous devons aussi compter, Messieurs , dans le ombre des écoles établies , toutes celles qui, exisdéjà , ont adopté , ou vont adopter la nouvelle méthode ; et ce nombre est considérable. Les demandes de renseignemens qui nous sont adressées des provinces, prouvent l'intérêt qui se nanifeste déjà à cet égard. La sœur Javouey, suârieure générale de la Congrégation de Saintfoseph , a demandé à M. le préfet de la Seine , dtjermettrequeM. Martin , ou tout autre professeur , fît un cours d'enseignement aux différentes maîtresses des dix maisons qu'elle dirige, et M. le préfet a désigné pour ce cours une des salles du couvent de Saint- Ambroîse,

Madame de Navarre , supérieure de la maisou

Je l'Abbaye-aux-Bois , a fait la même proposition.

M. le comte de Tournon doit envoyer de Bor-

fteauK deux jeunes gens , pour s'instruire et ap-

Dorter la méthode dans cette ville. M, Kichard

IF

Lenoir se dispose à préparer une école s^ablable pour les enfaos de ses nombreux ouvriers. M. Je ^ duc de Raguse et M. le comte de Sémonville ont déjà fait, dans leurs terres , des dispositions s blables.

L'établissement de ces différentes écoles, Messieurs, a fait connaître exactement les dépenses qu'elles occasionaient , tant en premiers frais que pour l'entretien annuel. Paris étant en général plus cher que les provinces, les résultats que l'on a trouvés peuvent par conséquent s'appliquer a toute la France. Ainsi, il est constant que les premiers frais d'établissement d'une école de cinq cents en fans ne coûtent pour les bancs, pupitres, ardoises , tableaux, que 1120 fr. , dont rintérêt, par an , serait de 56 fr. à ajouter aux dépenses aih. nuelles. ^!

Ces dépenses annuelles consistent dans les honoraires du maître, au maximum... 1200 b.

Lie chauffage 200

Crayons de talc et renouvellemens d'ardoises aoo

Registres , plumes , encre , papier. . . 1 3o

Paye pour les moniteurs aoo

Entretien des locaux yo

Total 3000 fr>

Ce qui fait revenir l'éducation d'un enfant à 4 &■ par an. Elle ne reviendrait qu'à 2 fr. , si le nombre des ensuis était de mille ; car il n'y aurait à

ijouter à la somme de 2000 fr. qu'un nouvel inlérêt le 56 fr. pour l'augmentation du premier établisement. Or, il en coule généralement en France , aujourd'hui, de 18 à 3o fr. au moins pour l'éducation annuelle des enfans, et cettesommese trouve doublée par l'imperfection de l'enseiguement , et le temps qu'il fait perdre. La proportion n'est doni; pas , entre la nouvelle et l'ancienne méthodes , de 1 à iS , mais de 2 à 56. A calcul , appliqué à la iépense actuelle des écoles gratuites dans Paris , ifïre le résultat suivant. Il existe dans celte ville înviron cinquante mille enfans , qui ne sont point ;n état de se procurer de l'éducation. Sur ce nombre, lix mille sont élevés dans cent vingt écoles gratuites , aux frais des hospices de la ville de Paris , et :OÙtent annuellement t8o,ooo fr. Ce qui fait revelir l'éducation d'un enfant à 18 fr., et, ainsi que lous l'avons dit plus haut , à 36, Cette même iommode 180,000 fr. suffirait donc cl au-delà , d'après notre système , pour la totalité de la population , et pour qu'aucun individu ne soit inférieur a un autre en connaissances utiles, et dans tout ce qui concerne la morale et l'instruction religieuse.

En résumant donc, Messieurs , soit les travaux de la Socie'té, soit ceux qui se rattachent à son iiistîlion , nous voyons en moins de six mois quatre îtablissemens entièrement formés, et pouvant serir de modèle et de pépinière pour tous ceux qu'il era possible de fonder ; ciuq cents enfans recevant

déjà l'édacatioQ par le nouveau système ; maîtres ou maîtresses formés pour êtreenvoyéi les départemens ; le nombre des souscripl «'élevant, en moins de six mois, à quatre cent soixante, et présentant les noms les plus illustres, joints à ceux de ces hommes de bien qu'on est toujours sûr de rencontrer lorsqu'ils peuvent être utiles ; la proteclion des autorités civiles, des mem* bres respectables du clfl^é , et la preuve acquise que ce mode d'enseignement couvieat au caractère français.

Est-il une institution qui ait fait eu si peu de temps de plus rapides progrès ; qui ait produit, à si peu de frais, de plus heureux résultats, el fàJi concevoir de plus grandes espérances ? Et cependant , Messieurs, dans quel temps avez- vous commencé cette utile entreprise? Au milieu des troubla et des révolutions ; lorsque notre patrie voyait W renouveler les maux qu'elle avait soufferts , et s'e&K cer le bonheur trop court dont elle avait joui. C'a* au bruit des combats que vous avez fondé une institution de douceur et de paix I C'est au milieu de la détresse générale que vous avez fait uo appel à la générosité ; c'est au moment de la défaveur imprimée sur beaucoup d'innovations , que vous TOui êtes présentés avec la plus hardie des îonora' tions. £h bleu! Messieurs, ces obstacles n'ont poîiil arrêté vos succès , parce que vos intentions étaient pures , votre zèle ardent , et notre institution irréprochable. Au milieu des inquiétudes et des àtUf

igers , les membres de votre cooseil d'administration n'ont jamais cessé de se réunir ; ils ont été fidèles à leur engagement envers l'bmuanité , et ils ont souvent éprouvé de la consolation , en unissant ces joui's d'infortune et de deuil par un acte de Jiienfaisance.

Malgré tous nos efforts cependant , Messiem-s^ malgré nos succès même, quelques inquiétudes se sont manifestées sur la direction et le but de notre établissement, quelques nuages ont entouré le berceau de cette institution ; mais bientôt ils ont été «lîssipés : nous avions parmi nous de ces amis de l'humanité , de ces nobles protecteurs de toute institution utile, qui rassurent par leurs lumières et î garantissent par leurs vertus. Je les nommerais, s'il était possible de les méconnaître: ils ont été nos interprètes, je ne dirai pas nos défenseurs, il n'en fallait pas auprès des personnes respectables qui ne voulaient qu'être éclairées; bientôt les ministres du clergé, les chets de l'Univei'sité , témoins de nos travaux, en ont senti les avantages et s'empresseront sans doute de les seconder. Avec de tels auxiliaires , que ne pourrons-nous pas entrepren- I drc ? que ne devons-nous pas espérer ?

Cette excellente méthode n'a plus besoin de preuves ; mais elle a encore besoin d'appui : et c'est vous, Messieurs , qui avez été ses fondateurs , jquî devez lui servir de soutien et lui procurer le nouvelles ressources. Ce n'est plus ici une tea-

tatÎYe incertaîoe , une théorie vague pour le bien de l'humanité; c'est un résultat positif où les sa- ' crifices de chacun atteignent efficacement et immédiatement lenr but. Le succès en est à peu près assuré dans Paris, grâce au zèle du digne Magistrat qui administre cette ville , et à celui des perfioitnes bienfaisantes que nous vous ayons fait connaître. C'est à présent vers les provinces que nous devons diriger nos efforts ; c'est là que nous devons • appeler les bons citoyens , les propriétaires éclairés à se joindre à nous, et les engager à faire venir quelques-uns de nos enfans pour fonder de sem' blables établissemens.

Ed effet, Messieurs, quelle plus douce occupation peut-on offrir aux personnes charitalJes qui habitent les campagnes ? quel nouveau bienfeit notre institution ne met-elle pas en leurs mains? ■We vous semble-t-il pas voir déjà les enfaus des villages se rassembler autour du château voisin , entrer dans une des antiques salles qu'on leur » disposée pour servir d'école? Bientôt parait la bienfeitrice de ce lieu, elle assiste à leurs leçons, jouit de leurs progrès, applaudit au zèle des uns, console la faiblesse des autres , et contemple d'avance avec plaisir un avenir tranquille ; car il reposera sur une génération vertueuse.

L'instruction élémentaire a été pendant vingt

ans totalement abandonnée eu France ; d'autres

" idées , d'autres succès , d'autres jouissances , oc-

cupaient les esprits -, flattaient l'orgueil national ; le moment est arrivé de rendre à notre patrie son éclal et son bonheur, en lui faisant oublier quelque temps ses victoires ; de la reposer du triomphe des armes , par les conquêtes plus réelles, plus douces de l'industrie : et u'est-ee pas aussi une gloire pour un peuple d'être éclairé , d'être heureux ?

L'éducation dans les classes inférieures éprouvé , chez nos voisins , qu'elle tendait à diminuer prodigieusement le nombre des vols et des crimes , à faire cesser e« grande partie l'usage des liqueurs fortes: pourquoi ne présenterait-elle pas chez nous les mL'mes résultats ? Il s'écoulera sans doute plusieurs années avant que nous puissions en juger, et nous livrer à cet intéressant calcul ; mais «e qui déjà nous procure à tous mie douce jouissance, sera pour plusieurs de nous la consolation de leur âge avancé , ils recueilleront le prix de nos efforts: et d'ailleurs , Messieurs , ces en fans, que nous élevons , ne sont-ils pas destinés k entourer nos enfans, àbénircomme eux notre mémoire , si noua remplissons également envers eux les devoirs de pères? Vos bienfaits font déjà le cliarme de leur jeune âge, en attcnflant qu'ils soient le bien-être de leur vie. Ah 1 Messieurs , continuez un ouvrage si bien commencé ; n'épargnez pour y réussir aucune peine , aucun sacrifice : formez à l'état des citoyens vertueux; à nos campagnes, des cultiva-

teurs éclaires; au Roi, des sujels fidèles, au Kôi

qui daigne prendre à notre institution un intérêt

particulier, et qui vient de nous en donner un

témoignage. Persévérons dans de tels sentimens.

Messieurs , et que chaque année , réunis dans cette

I eoceinte , nous puissious parcourir une nouvelle

Let longue liste d'êtres sensibles enlevés à l'igno-

[•Tsnce, d'ètrefi innocens acquis à la religion et à

I 19. moral*

Aussitôt cette lecture terminée, M. le Président

rappelle les secours empressés de tout genre que

I 1^ Société des écoles britanniques a fournis à la

fc Société de Paris , pour l'étalilissement de la nou-

I Telle métliode en France. 11 propose de voler des

I Rracr^mens à cette Société et à son illustre

^ président, Son Altesse Royale le duc de Kent.

L'Assemblée accueille avec applaudissement celte

proposition. «

M. le Président propose à l'Assemblée de voter de semblables remercimens à plusieurs personnes qu'il désigne , dont le zèle et la générosité ont puissamment contribué au succès de l'institution' L'Assemblée adopte la proposition , et vote des xemerclmens dans l'ordre suivînt :

A M. le comte de Chabrol , préfet de la Seine , qui dirige et encourage les établissemens de la nouvelle méthode;

A madame la duchesse de Duras qui , après avoir

' Contribué aux premières dépenses de l'école de Lisieux, eu a formé une autre entièrement à ses frais ;

A M. Louis Greffuhle , tjui a offert d'établir et d'entretenir à ses frais l'école centrale.

M. le Président ajoute que plusieurs respectables membres de la Société n'ont jamais cessé de servir la cause de la nouvelle institution avec le zèle le plus pur; qu'ils ont consacré à sa défense tout le crédit doflt ils jouissent par leurs vertus et leurs lumières , autant que par le rang émînent qu'ils occupent; qu'il regrette que leur délicatesse et leur modestie ne lui permettent pas de signaler leurs noms à l'Assemblée ; îl demande que des remercîmeus publics leur soient votés. L'Assemblée applaudit et adlière à cette proposition-

11 propose ensuite de décerner des éloges à M, Martin , autant pour le zèle qu'il a déployé, à l'école normale dont il a dirigé les essais, qu'au cours gratuit qu'il a établi chez lui. L'Assemblée décerne à l'unanimité des éloges à M. Martin.

M. de Montègre lit une lettre que lui écrit M. Pictet de Rocliemont, dans laquelle il remercie la Société de l'avoir compris au nombre de ses associés étrangers , et se félicite d'avoir consacré dans la Bibliothèque Britannique, en 1787, le seul document qui subsiste sur l'école du clievalier Paulet , origine première de la nouvelle institution.

%l. Plctet demande que la Société lui envoie on sujet capable d'exercer à Genève la place de maître, dans une école qu'il se propose de fonder.

M. le Président propose , et l'Assemblée s'empresse de voter des remercîraens à M. Pîctet.

On lit une lettre de M. BcUot ; professeur de l'écçle de madame la duchesse de Duras. Cette lettre renferme un rapport intéressant sur les progrès de celte école. On y voit qu'un enfant ne sachant absolument rien à son entrée , est parvenu , en trois mois de IcçonSj jusqu'à lasixième classe; et qu'un jeune Polonais, dans le même cas, a appris, au bout de

■ six a. sept leçons seulement , toutes les syllabes de deux lettres et les chiffres, qu'il lit et écrit correctement. L'Assemblée remercie M. Bellot de cette

■ communication, et renvoie son rapport au comité du Journal,

. ■ M. le Président propose d'accorder le titre de membres de la Société au général Maitland et au colonel Stanhope , présens à la séance , qui ont bien voulu servir d'intermédiaires entre la Société et ie Comité des écoles britanniques. L'Assemblée accueille cette proposition , et témoigne au géinéral Maitland et au colonel Stanhope toute la

' Satisfaction qu'elle éprouve de les posséder dans

! inn sein.

Un membre demande que le rapport de M, D*

at

Laliorde soit imprimé aux frais de la Société , et séparément du Journal. Cette proposition est accueillie à l'unanimité.

La commission des fonds, par l'organe de M. le chevalier Contelie , présente le compte des recettes et dépenses de la Société pendant le dernier semestre, et l'aperçu général des recettes et dépenses de l'année qui expirera au premier juillet prochain. II résulte de ce rapport : i". que la recette effectuée au 3i décembre dernier s'élève à 9,940 fr. , et la dépense à 3,767 fr. 1 5 cent, ; 2°. que, pour le premier semestre 1816, la dépense présumée montera à 5,5oo fr. , laquelle somme déduite de l'excédant des recettes au premier janvier, laissera une somme de 68 1 SfK c. Le rapporteur conclut à ce qu'il ne soit adoiniKucune dépense qui ne serait pas d'une nécessité absolue. Il finit par appeler l'attention de l'Assemblée sur le zèle qu'a mis M. Mesnier, trésorrêr de l'association, à la tenue exacte de sa comptabilité , et sur les soins désintéressés qu'a pris M. Guillard-Senainville pour les détails de l'administration intérieure.

L'Assemblée, consultée sur le rapport de la commission des fonds, adopte à l'unanimité les conclusions du rapport.

Un grand nombre de nouveaux Souscripteurs sont admis. .

L'Assemblée entend plusieurs rapports qui lui sont faits au nom du conseil d'administration.

L'un d'eti^ avait pour objet lé Recueil périodique , împi-imd pour faire connaître les travaux de la Société , et la question de savoir si !a souscription relative à ce Journal s^ait cumulée à Celle qtiî est versée directement dans la caisse de la Société , ou si elle en demeurerait séparée.

L'Assemblée décide que les deux^ souscriptions seront distinctes et indépendantes.

L'Asseriitléé décide auSsi qu'il sera donné eon*naissance de cette décision aux Sociétaires , en les invitant à seconder une publication qui a pour objet de répandirè les lumières pratiques les plus utiles àii but que la Société se propose^et en leur f appelàht que l'àbônneiheht dst fixé à ^^Brix modique pour les Sociétaires. W^

La séance est levée à onze heures.

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