‹ Plan d'éducation pour les enfans pauvres, d'après les deux méthodes combinées du docteur Bell et de M. LancasterChapitre 3 sur 23 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

X A.RMI les découvertes de tout genre, les inventions de toute espèce qui , depuis nombre d'années, contribuent si puissamment à la richesse et au bien-être de l'Angleterre, il en est une , simple , modeste , obscure , qui n'a point pour but d'embellir la demeure du riche, qui n ajoute rien à la puissance natio* nale , mais qui doit un jour consoler le pauvre sous son humble toit, lui apprendre à aimer la vie , et élever la génération toute entière des malheureux au niveau des autres classe^ de la société , sinon par les avantages extérieurs , du moins par les sentimens et les connaissances utiles. Cette invention n'est autre chose qu'un mode d'éducation si prompt , si facile, si bon marché qu'il peut comprendre tous les enfans pauvres d'un pays sans le secours du Gouvernement , ni les contributions des communes. Le secret de ce mécanisme ingénieux consiste dans l'instruction des en* fans par eux-mêmes, c'est-à-dire, par un

nombre d'entre eox pius halètes qne les aa très, et quifont, vi&^rvis de leurs camarades, l'oftice de régent , de préfet, sous la surveiliance d'un seul individu , qui semble être plutôt l'intendant qoe l'instituteur de cette petite société.

Les enfans sont réunis dans la même salle, quelquefois au noml>re de mille, mais divisés ' «1 ptosieurs classes , suivant leur degré de capacité, depuis ceux qui ne connaissent p^s leurs lettres Jusqu'à ceux qui lisent et écrivent correctement , et font toutes les opérations de calcul nécessaires dans le commerce. Chacune de ces classes , quelque nombreuse qu'elle , soit , est soumise à un eufant, qui fait répeter ' les leçons qu'il a mieux apprises que les autres , jusqu'à ce qu'il ait formé dans sa classe un élève capable de le remplacer. Il passe alors dans une classe supérieure. La science se transmet ainsi d'individu à individu, et se conserve par transmission , sans dépendre du soin et de la capacité d'un précepteur. .

L'émulation, l'bonneur et la crainte àa blâme , ces grands mobiles des hommes i avancés en âge ^ commencent ainsi dans l'en-

Ijfance , et dans l'enfance des rangs les plus bumlïles de la société. La religion et la morale ■ ^étendent leur consolation à ceux qui en ont

ae plus besoin, et ie malheureux acquiert à la

[Ibis le talent pour sortir d'une position fà-

licheuse , et la vertu pour s'y plaire.

J'avais entendu parler confusément de cette

' institution , déjà très-répandue en Angleterre , lorsque, me trouvant à Farnham , petite ville du comté de Surry , j'allai voi^i'école de

pcliarité établie dans ce lieu. Je fflPl^ement Surpris et enchanté, qu'il ne me fut presque plus possible de penser au but de mon voyage,

■et que je me promis de mettre au premier

•rang de mes recherches tout ce qnl pouvait avoir trait à cette découverte intéressante.

L'école de Farnhaoi comprenait environ 3oo enfans, divisés en groupes de 1 5 ou 20, ayant chacun au milieu d'eux un autre enfant qui faisait répéter la leçon mot àmot, en interpellant à volonté ses élèves, ce qui les forçait tous à être attentifs. Sitôt qu'un d'eux se trompait, son voisin continuait et pz"enait en même temps sa place. Le mouvement général qui avait lieu dans ces petits groupes , le bour-

donnement de toutes ces petites voix resst blait assez au bruit des machines dans les filatures de coton. L'institution est en elTTet une espèce de mécanisme appliqué ani facnltés inlellectuelles , et qui abrège également toutes les opérations. L'ordre y règne avec le mouvement , le plaisir avec 1 étude, et ce qui partout ailleurs est une lâche péni])le pour l'enfance , est ici un jeu de plus pour elle. En quJ^B Farnliam , je me rendis à Win-

I -chestei;^^^? n'eus rten de plus pressé que de me faire conduire à l'école de chaiûtc établie dans cetie ville. Il était une heure et demie; l'école ne. devait s'ouvrir qua deux heures, et cependant la plupart des enfans étaient arrivés, et jouaient dans la cour. Je me gardai bien de demander le maître d'école , qui n'aurait pas manqué de choisir les enfans les plus

, intelligcns pour me les faire entendre, et qui, sans doute, aurait parlé plus qu'eux jïendant la séance ; mais je m'adressai au hasard à un groupe d'enfans dans la rue, en les priant

, de me montrer comment ils prenaient leur leçon dans la classe. Us quittèrent alors de bon cœur leurs joujoux pour prendre leurs

Ii\Tes , qui sont devenus pour eux d'autres joujoux, et se rangèrent en cercle. Le plus âgé, [faisant roiïice d'instructeur, me plaça à côté de ■lui , et me donna un Abrégé de la Bible , pour iaire aux enfans les questions que je voudrais. Je leur en fis quelques-unes auxquelles ils répondirent fort bien ; mais le petit précepteur trouvant, pour l'honneur de sa classe, Ique mes demandes étaient trop facUes , nie pria de Je laisser interroger. Alor^ï comjxiença avec une volubilité ex.lraordinaire une foule de questions auxquelles les réponses suivaient également vite, et presque sans interruption. A l'un il faisait épeler un mot |de ciuq syllabes sans répéter les premières; à lUu autre , il lit réciter les dix Commanderaeus de Dieu , en commençant par le dernier. (Jn pauvre enfant de six ans , s'étant embrnuillt" ^ans l'orthographe de Nabuchodonosor , son ^voisin acheva le mot en passant devant lui en J)renant sa place. Un troisième énonça i)ar lOrdre de date toutes les paraboles du NouiVeau Testament. Un quatrième lit une règle ^de trois que n'aurait pas désavouée le meilleur pomniis dclaCité. Voulant également arriver

à l'école des 611es avant l'ouvertnre de !a classe , je donnai un schelhng an précepteur pour acheter des gâteaux pour lui et ses respectables élèves ; et l'un d'eus me conduisit à ' la salle oii se tenait l'école des filles. Elles étaient déjà toutes rassemblées, quoiqu'il ne fût pas encore deux heures : et en elTet celles qui n'aiTJvent point à l'heure fixe, ou qui , manquent une séance , sont punies ; niais de I quelle Ijinirion? Elles perdent un rang dans leur classe ; et , pour éviter celte niortilîcation , il est de ces pauvres enfaus qui viennent tous les jours d'une demî-lieue , quelque temps qu'il fasse, hiver et été. En général c'est dans cette institution qu'on peut juger combien la honte bien administrée , si je puis ni'exprimer ainsi, est un bon moyen de châtiment :

. du moins on n'en emploie pas d'autre.

Cette classe était composée de deux cents h petites filles, auxquelles ou apprend à lire, récrire et compter , comme aux petits garçons , et de plus à coudre , broder , et tous les oubvrages qu'il est nécessaire à une femme de . connaître pour trouvera se placer. Les dames les plus considérables de la ville étaient à

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