CHAPITRE I
ORIGINE Et PROGRÈS DE LA MÉTHODE PROPOSÉE.
Il est intéressant d'observer, dans l'histoire des hommes, les pas qui ont éle faits en differens siècles pour s'approcher des découvertes utiles. On voit des peuples au moment de les connaître , des hommes habiles prêts à les saisir, et bientôt s'en eloifjner par une fatalité singulière , comme sî le temps u'etaît pas arrivé où elles dussent être accordées au monde. Les anciens traçaient des lîgores sur des planches de cuivre : qu'un enfant y eut appliqué une matière molle, et la gravure était comme. Ils avaient des lettres sculptées en relief sur des tesseres qui imprimaient en creux : que quelqu'un eût rendu mobiles ces leltres, l'imprimerie était découverte , et nous aurions aujourd'hui ces chels-d'œuvre de l'antiquitê dont on ne connaît l'existence que pour en
I déplorer la perte, Il en est ainsi de la méthode mise en usaj^c avec tant de succès aujourd'hui en Angleterre. Plusieurs
passages deCïcëron et de Sënèque prouvent que déjà de leur temps on clievcliait à diviser le travail dans l'enfance pour le rendre plus facile , à exciter dans les jeunes gens l'eniulafioa qui vaut mieux que les récompenses et surtout que les punitions, et àe'gayer l'étude par mille moyens, pour en faire, dit Quintilien , un Jeu littéraire (ludus lUtei-ariui), Mais ils iguoraient entièrement le point principal , l'usage d'instruire les cnfans par eux-mêmes , et de créer ainsi dans une école qui se renouvelle, une science permanente. J'ai choisi dans Israël, dît Moïse, un nombre d'hommes habiles pour être à la tête du peuple, chefs de mille , chefs de cent , chefs de cinquante , chefs de dix , pour lui enseigner ce qu'il doit savoir (r). Voilà un grand pas de fait pour la division de l'instruction . Eu voici un plus grand encore, hycurgue, dit Plutarque (2), ordonna que tous les enfans de sept ans fussent élevés dans le même lieu et soumis à la même discipline j il les di~ visa en plusieurs classes , â la tcte desquelles il plaça \ un certain nombre d'enfans choisis parmi les plus } liabiks et les plus courageux. Les autres devaient ' avoir sans cesse les yeux sur ceux-ci , obéir à leum ofdres et recevoir avec soumission les chà/ïmens qt^Us leur in^/j^âaienf>Querimportancedeceprin-
mi) Deut^roaome , cap. i , v. tS.
Efa) Plutarque , Lyciirguc , lam. 1 , pag. (îa , ia-fol.
«àpe de discipline appliqué à l'étude eût été senti des Grecs et des Romains , et Téducation devenait [énérale; mais c'est souvent dans l'application d'un principe que consiste le mérite de l'invention. On a connu de tout temps la force de la vapeur; mais ce ili'est que depuis cent ans qu'on en fait l'applicatiou 'aux machines, et qu'elle contribue si puissamment à la richesse des peuples. Il parait cependant que de temps imnipmorîal la raétliode du docteur Bell était en usage dans quelques parties de l'Inde, dans cet antique berceau de la civilisation. Pierre de La Valle raconte dans son Voyage du Malabar que , se trouvant sons le portique d'une pagode, il observa plusieurs enfans qui répétaient eux-mêmes leurs leçons; et leur ayant demandé quel était leur maître , ils lui répondirent qu'ils s'apprenaient eux-mêmes , et qu'il n'était guère possible que , dans le nombre , il ne se trouvât pas un. d'eux qui ne sût le mot qui manquait à un autre, et que de cette manière ils n'avaient pas besoin de précepteur pour bleu apprendre et répéter ce qu'ils avaient entendu une foïsj Un développement de ce principe paraît avoir été la base d'une institution singulière qui ne valut pas à soff auteur toute la réputation qu'il méritait. Je vais If faire connaître en détail , turft à cause de ' l'intérêt quelle présente , que parce qu'elle donne à la France l'Iionneur d'avoir mis la première len ■usage une méthode qui, pour me servir-dt Véx-pression du docteur Bell , doit devenir bientôt ge-
nërale daiis le monde, et produire une aijiélîoratîo! sensible dans les mœurs des homciKs, et le progrès des connaissances utiles.
Vers l'année 1 780 , le chevalier Panlet (r) , d'une laniille irlandaise établie eu France depuis longtemps, après avoir servi dans les guerres d'AlIbmagiie , quitta le service et vivait dans la société de Paris , lorsqu'une circonstance particulière le tira du tourbillon du monde , et développa ei^ui des talens et des vertus qu'il ne se connaissait peut-^tre pas lui-même.
Eti revenant de la cbasse dans la forêt de Vincenues,ilfut arrêté par des cris qui partaient de l'intérieur du bois; il suivit la voix et trouva un pauvre enfant dans le fond d'un fossé , où l'eau arrivait de tous côtés; le malheureux, rappelé à la vie, raconta à son bienfaiteur qu'il était le lîls d'un invalide, et orphelin par la mort de sa mère ; qu'ayant été laissé seul sur la grande route, il subsista quelque temps par la cliarité des voyageurs ; mais qu'étant malade depuis deux jours , il n'avait plus la force de sortir de ce fossé , où il était tombé. Le chevalier le prit chez lui, en eut soin et se chargea de l'élever. An bout de quelques semaines , l'enfant, les larmes aux yeux, lui amena deux autres petits malheureux de
( 1) Ce Tiàl est extrait au journal de Genève du mois de âéceinbit 1787 I et répété âaas le Repertory bnglaû du noi*
«on âge , qui mouraient de faim et demandaient l'aumône. C'étaient ses compafjnons de misère à qui il désirait faire partager sa bonne fortune^ et qu'il amenait pour cela à son bîeuÊiiteui'. « Mais, mon ami , >• lui dit le Chevalier, « je ne suis pas assez rictie pom" le» élever ; je ne le pourrais que si tu voulais partager avec eux ce que je Buis eu état de te donner pour ta nourriture et ton habillement. >> L'enfant accepta la proposition avec joie , et bientôt le Chevalier , ayant à se louer de la conduite et de J'iatelligencede cesuouveaux enfaus, non-seulement les garda, mais en prit plusieurs autres du voisinage, et se tbrma ainsi un commencement d'école , à laquelle il consacrait son temps et sa fortune. Ce genre de bienfaisance et d'occupation lui donnait tant Se plaisir , qu'il se retranchait tout à lui-mému pour mieux entretenir ses pauvres pensionnaires; mais économies ne lui auraient pas suffi long-temps, si un héritage considérable ne l'eût mis à môme de continuer ses générosités sans s'exposer à avoir besoin bientôt de celles des autres. Devenu riche, il fît iiœii de pauvreté , et porta son école au nombre de 200 élèves, choisis la pltipart parmi les cnfans de soldatsou de pauvres gentilshommes , à qui il pensait que l'éducation pourrait rendi-e un jour un rang honorable.
Cette école, fondée parJabienÊiisance et le talent d'un seul homme , était aussi remarquable dans ses détails que dans son ensemble. —
Le Chevalier, ancien militaire, avait pensé que l'ordre , la régularité , sont de bonnes habitudes dans toutes les professions de la vie , et avait soumis ses enfansà une sorte de discipline militaire: illesavait divisés en classes de 4o » ayant chacune son capitaine , outre plusieurs officiers de l'état-major pour toute l'école. Les officiers formaient un conseil qui tenait ses séances tous les soirs , lisait les rapports, jugeait les &utes , et rendait compte de tout ce qui se passait d'important , au sage mentor qui donnait son avis, mais laissait en général la décision à ce jury d'enfans , qui rarement se trompait sur le parti qu'il devait prendre. Le Chevalier a été souvent étonné du bon sens et du jugement qu'il remarquait dans ces enf'ans ; accoutumés à exercer de bonne heure leur intelligence , ils saisissaient sur-lechamp le vrai côté d'une question, et la dJcidaient avec impartialité. Le Chevalier avait banni de son école les punitions coi-porelles, qui tendent ii dégrader le cœur an lieu de corriger les inclinations , et qu'il faut toujours augmenter pour qu'elles aient de la force. Il rejetait également cet autre genre de châtiment qui consiste ii surcharger un enfant de travail, età le lui faire prendre ainsi en aversion.
C'est, an contraire, àne rien faire qu'il condamnait les coupables. Il les obligeait à rester debout, dans une honteuse inaction; et, si la faute était plus grave, il les privait de leur uniforme. Cette punition paraissait aux enfans si humiliante, qu'il n'y
avait rien qu'ils ne fissent pour éviter de la mériter, I
Les enfans s'instruisaient eux-mêmes ; et pour cela le Chevalier avait fait choix des plus intellî- . ] gens pour servir de précepteurs aux autres. Il avait j eu l'art également de simplifier toutes les méthodes 1 d'instmction. On voyait dans uoe grande salle pln-^ ' sieurs cla.tses occupant chacune une table, présidée j par un jeune professeur, à qui cette dignité ne pouvait cependant donner beaucoup d'orgueil ; car, j en sortant de la table où il gouvernait , il allait s'as- | seoir à celle où il était gouverné , et qui souvent J était confiée à un enfant plus jeune que lui. Cette ' chance d'élévation , dépendante du travail etde la \ capacité , avait le grand avantage de donner a'*^ j enfans une haute idée d'eux-mêmes, etde les rer^'"^ 1 extrêmement attentifs à leurs études. Le Chp^ ^^^ racontait avec plaisir qu'un de ses profess''*^' J faisant un rapport sur les progrès de s? "^'^^^ » '"' I disait, en parlant d'un des enfans ; ^'' "'^" peur 1 çue nous ne fassions jamais giar^'^""^" <^elui- 1 là, et qu'il ne tourne mal ^- jourrCeXtc excellente méthode , qui rcnda- tout aut-e encourage- , ment inutile , qui excif't l'émulati-n des plus pa- j resseux, qui développait l'intemeace des plus j bornés, dispensait également d '^s réprimander. IVe sont-ils pas déjà assez pun-'f^saitleChevalIer , d'être obligés d'étudier sov 'a direction d'enfa^
■ plus je
;unes qu eux
, jg ^p.f qu'ils soien*
reux, afin qu'ils soient
X,Qin de les înti-
mîder alors , il les consolait , il les aidait à TaiaeiA ' les difScultés qu'ils rencontraient , et tâchait d'obtenir plus de leur jugement que de leur mémoire j il étudiait leurs incliuations, leur goût pour certaines professions, afin de les leur faire suivre. Aussi tons ces pauvres cnfans avalent-lis pour lui le respect et rattachement qu'eu a pour le père le plus tendre. Ils l'abordaient avec vénération , et leur caractère était si doux, qu'ils faisaient à tous les étrangers ui) accueil prévenant.
Si l'on ne voyait pas de maître d'école dans cette pension , on y voyait encore moins de domestiquesles eufaiis faisaient seuls, à tour de rôle , toutes les fonctions du ménaj^e , rangeaient , nettoyaient les sîlles, tenaient le compte du linge ; et cetle occupaf<t^n , sans être trop fatigante, leur apprenait de ' bonritbeure l'ordi'e, le soin f t les détails de la vie privée.
DiflFcpent -les instituteurs qui séparent la morale de la religion, le Chevalier voulait quelles fussent toujours d'accord; et, pour cela, il savait proportionner ses instruclioni à l'intelligenredesenfans , et leur enseigner ce qu'ils devaient croire à mesure qu'ils étaient eo ctat de le comprendre. " Je ne I' puis, «disait cet bonirae excellent , « faire de tous
■ mes élèves des borames distingués ; mais j'espère
faire de tous d'iionnétes gens, « l II ne manquait pas nue occasion de leur présen-
; ter un bon exemple à côté d'un bon précepte. Ayant
appris -un jour qu'un soldat avait fait une action de courage très-cclalaute et qui faisait l'admiration de Paris, il invita ce brave à dîner, et chargea ses enfaus de le recevoir au mdieu d'eux ; mais il priva I' de cet honneur ceux qui ne s'étaient pas assez bien r conduits pendant l'année. Les registres furent ouf verts , plusieuiï furent exclus , et leur douleur fut si grande qu'il ne put résister à leur permettre de venir après le diuer boire à la santé du brave homme. Cette circonstance les frappa tellement, que , depuis ce temps, ils n'encoururent plus de punition. Le plan de cette institution , ainsi que nous avons dit dans l'introduction , parvint à la connaissance du Roi; et cet excellent prince , distinguant les résultats avantageux qu'elle pouvait produire, assigna, par an, 32,ooo francs sur sa cassette, pour aider aux dépenses , et se faisait souvent rendre compte des progrès, destinant cet établissement àètre le modèle des écoles gratuites du royaume. Le Chevalier, ajoute le journal dont nous avons tiré cet extrait, était si modeste et si réservé , que , pendant quinze ou seize ans que son institution fut en pleine acti- TÏté , à peine savait-on dans Paris qu'elle existait. Vêtu simplement, se retranchant toute dépense, pour augmenter le nombre de ses bienfaits, indifférent aux louanges du monde qu'il eût facilement obtenues , il se trouvait assez heureux par le plaisir gn'il éprouvait dans son établissement.
Cette passion singulière d'unhomme indépendant.
pour une protêsâlon qui, jusqu'à présent, a toujours été regardée comme uiie des plus pénibles , ne s'explique que lorsqu'on connaît les écoles fondées sur le même système. On sent alors tout le cliarme que procure cette sorte d'occupation. Ce n'est point ici le métier d'un gouverneur ou d'un régent de collège ; c'est l'existence d'un père de famille, an milieu d'enfans reconnaissans ; celle d'un souverain sur des sujets fidèles et bons qui se gouvernent par euxinèmcs , et dont le chef n'a que la surveillance et la haute direction. Là se trouve tout le plaisir d'une domination douce, sans en avoir les embarras, tout le bonheur et le sentiment de la paternité, sans avoir ses inquiétudes et souvent ses regrets. 11 n'y a point de doute que, si cet établissement se fût raaînteim, il eîit sci-vi de type à toutes les institutions qui ont eu lieu depuis dans d'autres pays, d'après la même méthode. Mais le torrent révolutionnaire l'entraina dans sa course , et il fallut inventer de nouveau , si je puis m'exprîmer ainsi , un principe aussi utile à la société. L'Angleterre acquit ce droit à la reconnaissance des hommes.
En 1786, les directeurs de la Compagnie des Indes fondèrent à Madras un collège pour les orphelins des militaires européens , assez semblable au collège de Cheisca. Le docteur Bell , alors chapelain du fort Saint-Georges, en eut la surintendance. Le traitement quilui futdestiné ètoit considérable ; mais ce ministre respectable le refusa, comme s'il eût
onau d'avance le bien qu'il pouvait y faire el qu'il ât craint, d'en voir diminuer le mérite par aucun linte'rêt personnel. L'entreprise était difficile; la piulartdecesenfans étaient d'un sang mêlé, et élevés à la fois dans le vice et la misère, n'ayant sous les yeux que des exemples de corruption et de dérèglement. D'un autre côté, les instituleurs qi'3 aurait pu se procurer étaient peu capables de le seconder , et n'en auraientpointeula volonté. Quandun homme dans ce pays sait ce qu'il faut pour conduire un collège , il gagne le double dans toute autre profession , et le docteur pensa avec raison qu'il lui serait aussi diHIcile de former de nouveaux sujets que de fie servir des anciens. C'est alors qu'il conçut l'idée |rraimcut grande , vraiment importante , de choisir s enfans les plus intellïgens et les plus sages , pour leur faire apprendre aux autres ce qu'ils auraient le nieux retenu, et à créer ainsi des maîtres par les tëlèves et de nouveaux élèves par ces nouveaux maîtres. C'est dansée principe, mis heui-eusement en exécution, que consiste toute la méthode nouvelle. Les autres moyens ne sont que des abréviations ingénieuses de temps et de travail, mais qui, sans l'invention principale , n'auraient eu qu'un intérêt secondaire.
Cette méthode était entièrement établie en i ygS parmi pins de deux cents enfans, ndlnbre auquel s'était promptement acciue cette école, lorsque la eaaté du docteur exigea son retour en Europe. Il
partit regretté de ses élèvfs comme un père aurait pu l'être de ses enfans , et les regrettant lui-même ,. pussi vivement. La manière dont il s'expi-îme à ce I sujet, dans le rapport qu'il fit de son institution , a L^elque chose de naturel et de touchant, h Prtidant r sept ans ([ue je me suis occupé du soin de cette pentite fa^^le, dit-il, j'ai vu les vices dont ces pauvres fenfans étaient entachés, s'e'vanouîr progressive- Iment , leur caractère changer , leurs esprits et leurs ■. cœurs se former au bien. J'ai conçu alors pour eux k tous les sentimens d'un père, et ce n'est qu'arec «ne peine extrême que je vois s'approcher le raotnent de me se'parer d'eux et de penser qu'ils ne seront plus uniquement confiés à mes soins , à mes leçons, à ma sollicitude.» Ccthomme généreux eut bientôt le prix qu'il méritait de ses travaux , le seul I qui fut digne de lui. Quelques années après, il reçut
^■^^ une lettre de quarante de ses élèves , qui tous étaient ^^^H parvenus à une situation désirable , et qui lui don- ^^^r Jiaient des nouvelles de leurs camarades qui avaient W réussi de même. Ils lui témoignaient, dans les termes
L les plus touchans, leur reconnaissance des soins
^^^V^ qu'ils avaient reçus de lui , et lui disaient que c'était ^^^^R ^ux bons principes qu'il leur avait fait acquérir ^^^■^ qu'ils devaient le bonheur et la considération dont W' ils jouissaient. Le docteur répondit dans les mêmes
I termes, et consentit à recevoir d'eux un présent
■ comme marque de leur souvenir.
I Telle est l'histoire en peu de mots de l'établisse-
ni fondé à Madras par le docteur Bell ^ et dont u rendit compte en 1 797, dans un livre qu'il publia sous le titre d'Essai d'Éducation fait au collège de Madras , consistant dans une méthode , au moy^n de laquelle une école toute entière ou une famille peut s'instruire elle-même sous la aurveillance dun seul maître. Cet ouvrage contient le rapport qu'il fit aux directeurs de la Compagnie des Indes , donne en détail l'explication de ce nouveau système de selftuition , ainsi qu'il l'appelle , ou de la manière d'enseigner les enfans par eux-mêmes. ^e docteur , après avoir publié cet écrit , se retira kus une petite propriété qu'il possédait à Swanage, ms le Dorsetshire , et où il continuait à s'occuper beuvres charitables. Sa brochure , publiée sans dat, sans intrigues , sans protection , dans un moent où de grands intérêts occupaient le public , ! fit pas beaucoup de bruit. Elle fut cependant inniic de quelques personnes,et son plan fut adopté, i 1758, par M, Samuel INichols , à l'école de chaté de St.-Bûtolph-Aldgate, à la recommandation [ M. David Plke Watts; et 3 Rendal , par les soia'^ j docteur Brigg. Il en fut rendu un compte délillé et satisfaisant par sir Thomas Bernard , dans premier volume des ^ctes de la Société' pour le Butien des pauvres ; mais il est à présumer quecette léthode serait restée long-temps inconnue, sans une îrconstance qui , dans tout autre pays , lui eût été mtraire , et qui lui fut éminemment favorable.
^^^FepdaDt qne le docteur était onblié dans son ^^^miîlage » 1"* ^^ ''^'""^ IVtait également dans la toiitique de son libraire, el que son iostitation se trouvait relevée dans le coin d'une province, on homme habile , actif, persevL-i-anf , travaillait dans le silence à perfectionner et à mettre en usage une métliode semblable à la sijiine.
M. I-^ucaster , de la secte respectable des Quakers , ouvrit , eu 1 798 , une école dans le faubourg de Southvvark , à Londres , pour les enfans des pauvres ouvriers, el annonça qu'il leur apprendrait à lire , écrire et compter , pour la moitié du prix qu'il pouvait leur en coûter partout ailleurs. Son école eut du succès , et, cinq ans après, ilpublia un livre inlitidé : Amélioraliun dans l'éducation dfis clauses mdustneusi^s de la aocic'té. Cet écrit contenait un exposé de l'état de son école au moment où il l'ouvrit , en 1 798 , des progrès qn'if avait fait faire à l'enseignement, et de la méthode dont il se servait. 11 avoue dans cet ouvrage qu'il' avait été long-temps sans rien trouver de mieux que l'ancienne méthode ; mais qu'au bout d'un certain temps 11 y fit des changemcns considérables ,^pour lesquels il cul de gi-andes obligations au docteur Bell ; et que, s'il eût connu plus tôt son ouvrage , il se serait épargné bien des piiines. En effet , le fond de la méthode de M. Laucaster est absolument le même que celui du docteur, et il n'en diflêre que par quelques jègles accessoires qui lui donnent une
Ipparence de nouveauté. Le principe est le même , la discipline seule de l'école est autre; et on ne peat nier que, sous certains rapports, elle ne soit lupérîeure. Nous ferons connaître ces difFérences âaas l'exposé de notre plan.
' M, Lancaster mit autant de zèle et d'activité à jfeire connaître son institution , que le doctenr avait mis de négligence à prôner la sienne. Il parvint, en •tSoi, à réunir des souscriptions considérables , et n'épargnait à cet égard ni démarches , ni sollicitations. Son école tut visitée par le duc de Bedford et lord Sommerville, et, depuis 1 8o5 , it acquit une telle célébrité , que le principe de sa méthode passa et passe encore aux yeux de lieaucoup de gens pour lui appartenir. Il en est des découvertes utiles comme des entreprises commerciales : celui qui 'établit le premier une manufacture s'y ruine ordilai rement, et c'est un autre qui achète, à bon marché, l'établissement, qui s'y enrichit; de même dans les découvertes , rinventeur a toujours une sorte d'in- - certitude , de méfiance de lui-même, ou de paresse poursuivre un travail auquel il a déjà consacré eaucoup de temps ; et c'est un homme actif, en- 'treprenant , habile , qui polit le diamant que le premier avait tiré brut de la carrière.
En i8o5, M. Lancaster avait une école de huit ^ents garçons et de trois cents filles. Les princes de Ha maison régnante et les personnages ]es plus îmiportans de l'état e'iaient au nombre de ses protcc-
ieurs, lorsque le clergé anglican vit avec une sorte d'inquiétude et de déplaisir un Quaker s'emparer ainsi de l'éducation d'une classe toute entière de la société , et s'attacher par-là une partie de fa généra- • tion future. Il crut voir dans ce patronage une sorte de danger pour la religion dominante, d'autant plus que M. Lancaster, dausson institution, ne donne aux enfans aucun dogme religtênx; îl leurnnet entre les mains des Abrégés de la Bible, mais il n'entre dans aucun détail de la liturgie. Cette inquiétude des personnes pieuses se calma cependant lorsqu'elles virent sortir de ces écoles des cnfaiis dis^ posés à entrer dans le clergé, et qu'elles n'observèrent dans les autres aucune répugnance à suivre la religion de leurs pères ; mais l'impression fut dans le premier moment assez forte pour que, d'un commun accord, les principaux personnages de l'égline pensassent à diminuer une influence déplaisante , et qui supposait en eux de l'ïndifTéreace pour uu g^nre de charité qui semble appartenir principalement à leur ministère.
Vie pouvant cependant rien trouver à redire à la métliode de M. Lancaster , ni aux eiTels salutaires qu'elle produisait dans les classes inférieures de la société, ils jugèrent que le meilleur moyen d'en diminuer le mérite était de le paiiager; que la seule manière d'efl'acer sa bienfaisance était de la surpasser, en établissant partout des écoles semblables à la sienne. Noble lutte , généreuse gueire , digne
d'un peuple sage , gouverné par des tiommes éclal-* tés et bie niàisaos I Pour donner plus de poids à leurs démarcbes, ils s'adreseèreiM au premier auteur du :Sy&tèiae , le docteiu'BelI^ afin de balancer à la fois la gloire de l'invention et le succès de la pratique. Ils l'cuvoyèreat chercher dans son ermitage. L'archevêque de Cantorbéry le mit à la tête d'une écols de charité nombreuse j et l'évêque de Durham lui donna un bénéfice assez consïdéraLie ,pour sarreil- 1er UQ autre établissement semblable. Le bon docteur était occupé à vacciner ses paroissiens lor»qu'on vint le chercher, et il fut fort étonné d'apprendre qu'il était devenu tin personnage impor-' tant , et qu'il allait qu'il quittât sa vaccine , comme jadis Ciucionatus sa charrue, pour servir son pays. Il se rappela sans doute alors qu'il avait dit, ea '797 > 1*^^ ^ méthode deviendrait un jour générais sur le globe ; mais c'était à son libraire qu'il avait conté cette prophétie, et libraire n'en avait point
» abusé. Tiré de sa retrai^^il publia de nonvellea éditions de son premier ouvrage, et se transporta dans difTérentes provinces poiu' fonder des écoles k KmitatioD de celle de Madras.
Le clergé tout entier , les grands propriétaires et les hommes religieux de toutes les classes secondèrent ses efforts , et en moins de huit ans , plus de . 6o,ooo enfans furent recueillis dans les paroisses et élevés gratuitement d'après la nouvelle méthode. U s'établit de plus, par les nombreuses souscriptioas^
Doe société centrale à Londres, dirigée par le docteur lui-même , et destinée à former des maîtres et maîtresses d'école, et dfes enfans instructeurs , teachers , propres à être envoyés dans les provinces pour y fonder des établissemens semblables.
- Cette école fui comme la métropole de toutes les autres, et réunit bientôt cent cinquante succuràales.
Pendant ce temps, *les soins de M. Lancaster redoublèrent , et , ses affaires se trouvanl dérangées I par les dépenses relatives à ses entreprises, îl se forma un comité de six personnes respectables qui consacrèrent chacune "une somme très-forte pour soutenir l'établissement. Je ne puis passer sous silence le nom de ces amis de l'huqjanité , d'autant que plusieurs d'entre eux, ayant peu de fortune, disaient un sacrifice au-delà de leui-s moyens. Le
; premier de tous est M. Joseph Fox, qui, sans s*
ûisser arrêter par aaa||^ considération particu-
r*lière , abandonna sa prolBIion , et souscrivit sur-le-
, champ pour trois mille livres sterling d'engage- ■aent, pour tirer M. Lancaster d'embarras et coo-
I server son établissement. A lui sejoignirent bientôt
' M. Jackson , membre distingué du parlement , t- M.Williams Allen, de la mêmedoctrinequb M. Lan-
I "easter, MM. Corston , Sturge et Forster.
Ces hommes généreux se mirent à la tête de l'établissement , y consacrèrent leur temps et leurs fortunes, se chaigèreut des dettes de M. Lancaster,
fet lui assurèrent même tut sort indépetidant, inajgrt^ certains procédés de sa part dont ils eurent à se plaindre. L'école alors non-seulement se soutint par leurs soins, mais jeta au loin des rejetons. Il parait qu'un des buts principaux des nouveaux chefs de cette institution a été d'en propager la dcîctrine audelà ^e l'Angleterre. Ils ont envoyé à Calcutta, k Ceyian, des élèves qui se sont répandus dans tout llndostan. Ils en ont établi ûu Canada> et dans la plupart des pays sous la domination anglaise. L'intérêt que les Quakers ont mis à la question de la liberté des noirs, leur ayant fait porter leurs vues sur la civilisation de l'Afrique, le comité a (ait venir de Sierra-'Leone six enfans, pour [leur apprendre à lire le Hure, de l'homme blanc , c'est ainsi qu'on appelle l'Evangile dans ce pays, et pour les instruire de la nouvelle méthode. Ces enfans firent des progrès rapides, et l'école de Borough-Road présenta quelque temps le spectacle singulier d'en-» I làns anglais enseignés par des Africains.
Cette lutte désintéressée entre des h(flhies de I croyance différente, et chez lesquels l'amour seul L du bien faisoit taire de petites passions, estime I chose qui fait honneur au caractère anglais : ce [ ^i , dans tout autre pays , aurait arrêté les progrès [ d'une institution salutaire , fut ici les moyens de son \ développement; il faut avouer cependSnt que cette \ division eut l'inconvément d' empêcher qu'une dea r méthodes ne se perfectionnât par l'expérience de
l'autre. H existe en Angleterre une scrupuleuse lidc' lite dans les partis, soit dans les aiTaires politiques, soit dans toute autre espèce d'assocîatioD. Oq épouse les défauts comme les vertus de ceux que l'on adopte f et on quitterait plutôt son parti souvent que de prétendre le refonner. Cest cette circonstance ^i fait de l'opposition et' du ministère deux cprps solides qni se balancent et donnent au gouvernement une action franche. Il en est de même pour l'institution dont notts nous occupons. Ceux qui suivent les écoles du docteur Bell , n'admettent aucun des usages de M. Lancastcr ; et ceux qui préfèrent ce dernier, voudraienldiilicilement refonner quelques-unes des formes, souvent puériles, de cette école, quoiqu'ils en sentent l'inutilité.
IndjfTéreot à ces opinions , un étranger est placé
à merveille pour réunir ce que ces deux méthodes ,
1 fond les mêmes; ont de préférable dans les dé-
' tails , et c'est ce que nous allons tâcher d'établir dans
les chapitres suivans. •
IVous^biqucroDS an bas des pages, par les lettres initiales , ce qui appartient à chacun des auteurs, et ce qui est coimtnm àtoasies deux.