NOTICE DE L* EDITEUR
V>et ouvrage est sorti de la plume d'un auteur célèbre dans la république des lettres , et fameux dans l’histoire de la révolution : quand nous ne l’aurions pas nommé, les lecteurs de goût auroient bientôt reconnu sa touche mâle et hardie.
H fut adressé , en 1778 , à une société helvétique , qui avoit demandé le plan d’un code criminel.
Quelques années après , il vit le jour , et fut accueilli .comme devoit l’être un ouvrage où la sagesse plaide avec éloquence la cause de l’humanité.
L-’auteur a eu la douce satisfaction de voir un prince puissant , qui avoir d’abord si bien mérité des hommes , établir dans ses états quelques-unes des loix (1) qui y sont proposées. I
C’est sur-tout en Suisse et en Allemagne que cet excellent traité s’est répandu. Encore peu connu en France , il le sera sans doute bientôt généralement : et quel présent plus précieux à faire à la nation , à l’époque où elle cherche à
(1) Celles contre les profanateurs * les blasphémateurs et les régicides , ont été adoptées par JOSEPH II ; de même que les moyens à mettre en usage pour que la. honte du supplice d’un individu ne retombe pas sur sa famille.
perfectionner ses loix criminelles , que de lui offrir un ouvrage qui jette un si grand jour sur la branche la plus importante de la législation !
Quand il peint les horreurs de la société , on croiroit qu’il fait la satyre du gouvernement Français avant la révolution ; et il les peint avec des couleurs si fortes , qu’il esc impossible au lecteur, le moins sensible , de n’être pas ému.
Quand il parle de la révolution que doivent amener les progrèts de la philosophie , on diroit qu’il prédit celle qui vient de s’opérer sous nos yeux.
Quoique ce plan de législation criminelle ait été tracé pour des républicains , il renferme tant de grandes vues , tant de principes solides , tant de sages loix applicables à tous les peuples de la terre , que nous ne perdons pas l’espérance de les voir adoptées par l’assemblée nationale.
Au reste , en comparant l’édition de ce traité , faite à Neuchâtel en 1780 , avec notre manuscrit , nous avons trouvé que l’auteur a nonseulement enrichi son ouvrage d’un grand nombre de nouveaux articles , mais qu’il l’a refondu pour donner aux matières un plus bel enchaînement.
JL E S loix criminelles , nécessairement liées au système politique , ne doivent jamais choquer la nature du gouvernement : un même code ne sauroit donc convenir à toutes les Mais en cherchant les
nations,
particulières , souvent on oublie la justice ; or , je dois prévenir mes lecteurs 9 que n’ayan't écouté que sa voix * c’est pour des hommes libres que j’écris.
Les mœurs seules pourroient maintenir Ig? bon ordre de la société ; lorsqu’elles sont dépravées , il faut que la crainte des châtiment y supplée : ce qui multiplie nécessairement les loix»
convenances
Plus une société s’agrandît T et plus les rapports de ses membres s’étendent ; plus on peut; en troubler l’ordre à difFérens égards : ainsi * telles loix qui suffiroient à un peuple naissant om
peu nombreux, ne suffisent point à une nation nombreuse , ou dès long-temps civilise'e.
Une matière aussi intéressante que celle dont il s’agit, devrait être traitée avec certaine étendue ; il importe qu’il n’y ait rien d’obscur, d’équivoque, d’arbitraire dans l’idée qu’on se fait des délits et des peines ; ce qui demande nécessairement des détails. Quelque peu détaillé neanmoins que soit un code criminel , il n’est gueres possible de le renfermer dans les bornes d’un simple mémoire : on doit donc s’attendre à ne trouver dans celui-ci que l’exposé des principes qui en font la base, l’esprit des loix criminelles, si je puis m’exprimer de la sorte.
, LorS(lu’on traite chaque cas séparément , il s en trouve de si compliqués, qu’ils échappent au législateur le plus sagace ; inconvénient qu’on évité toujours en distinguant les délits par leurs genres , leurs espèces , leurs objets , leurs nuances . aussi , ai-je constamment suivi cette méthode?
Defendre un crime inconnu ^ c’est presque
toujours en faire naître l’idée ; et puisque le code criminel doit être entre les mains de tout le monde , si celui dont j’offre ici le plan est destiné à des hommes assez heureux pour n’être pas instruits de toutes les pratiques du vice * c’est à la prudence du législateur d’en cacher ce qu’ils doivent ignorer.
Quand on jette les yeux sur le droit Criminel des différens peuples , on s’indigne d’y voir la justice plongée dans un cahos ténébreux. Que dis-je ! en voyant par-tout les hommes soumis à d’injustes loix , et livrés au glaive de la tyrannie , on admire en frémissant le pouvoir de # la superstition. Les temps sont changés, je le sais ; l’esprit philosophique perce en tous lieux ; de nouvelles connoissances font sentir les anciens abus; déjà on cherche à les corriger : mais* malgré les progrès des connoissances et le désir d’une réforme des loix pénales je crains fort qu’on n’ait encore long-temps à gémir sur le sort de l’humanité taftt que les sages n’auront pas en main le pouvoir de h venger. Qu’ils con-
tinuent toutefois d’éclairer le monde ; à mesure que les lumières se répandent * elles font changer l’opinion publique , peu-à-peu les hommes viennent à connoître leurs droits ; enfin ils veulent en jouir : alors ^ alors seulement , impatiens de leurs fers 3 ils cherchent à let rompre.