‹ Plans de discours; ou, Projets d'instructions et de conférences sur lesChapitre 3 sur 83 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Dans son livre intitulé : Dialogues sur V éloquence, Mr de Fënélon donne des avis utUes aux prédicateurs évangéliques.

Lorsque nous sommes dans la chaire de vérité 9 nous parlons de Dieu et sous les yeux de Dieu. Le pieux et savant prélat blàTue dès-lors \e^ ornemens ambitieux de nos discours^ les divisions pleines d'art ^ les jeux d'esprit y les raisonnemens humains et trop métaphysiques» Il nous rappelle que les sermons des Pères de l'Eglise étaient simples ^ étaient courts ^ et leur action grave et modérée. Voici à peu près le plan qu'il trace (Dialogue troisième) :

Faire des études ecclésiastiques^ se rem-* plir delà Sainte Ecriture et des plus beaux textes des Pères ^ méditer son suj^et et le co- ordonner^ puis s'abandonner aux expressions que l'esprit de Dieu et les circonstances nous suggèrent. Il cite là-dessus l'exemple de saint Augustin qui se contentait de préparer les choses dans sou esprit^ sans metme dans sa mémoire toutes les paroles de ses sermçns.

ÎO PRÉFACB.

Ce n*est point là proprement ce qu^oH appelle improviser. Il serait dangereux de le faire : la parole de Dieu doit être traitée avec un soin et un respect tout particulier. C'est aux pieds du crucifix y selon saint Thomas, c'est dans l'oraison que Ton •vieut puiser à plusieurs reprises les vérités que l'on doit annoncer aux peuples^ oU que l'on étudie pour soi-même. On s'en pénètre profondément; on peut ensuite, si on le croit nécessaire et que l'on ait la chaire d'enseigner les autres , tracer une esquisse, ou faire un canevas qui nous serve comme d'un fil dans lé labyrinthe* Dans le cours de la prédication , on alonge , on abrège les développemens j on glisse sur une vérité ou l'on y insiste ^ selon l'attention que donne l'auditoire et l'intérêt qu'il exprime. Il ne faut pas craindre d'entrer dans les détails des mœurs ; il faut se mettre noblement à la portée de , tous } il ne faut rien négliger pour instruire à fond et toucher ceux qui nous entenr dent. Instruire et toucher , c'est le but de la prédication évangélique.

M. de ï*énélon voudrait qu'un prédicateur expliquât toute la Religion , qu'il remontât à la source , qu'il en marquât la

si3Ue et la tradîiion, et que des premiers éVémens il menât l'atiditoire avec ordre jusqu'aux plus hauts mystères, ce J'ai sou- «cvent remarqué, dit-il, qu'il n'y a ni ce art , uî science daus le monde que le»

ce maîtres n'enseignent de suite, par prin-»

«c cîpes et avec méthode. Il n'y a que la ce Religion qu'on n'enseigne point de cette ce manière aux fidèles. y>

Et pourquoi cependant ne le ferait-on pas a\x ixiovQs en partie dans les missions, dans les stations d'avent et de carême, et sur-tout dans les prônes de nos paroisses f n faudrait enchaîner les matières , c'est-à-dire entretenir successivement les fidèles:

de la prière , du symhole , des comman* démens de Dieu et de l'Eglissi^ , des Sacremens , puis des fêtes et cérémonies prin* cipa]es. Le saint Concile de Trente nous l'enjoint. Le père Lejeune, missionnaire, M. Joly , curé de Péris , et depuis évêque

d'Agen , eiM. Lamhert , prieur de Palaiseau, se sont conformés à cette méthode»

Un vénérable pasteur de la ville deDijon% qne nous pleurons encore, et avec qui je m'honore d'avoir été lié, ravissait son auditoire, si je puis parler ainsi, par Tonc-

* M. Véta , curé de ^foire-Dame.

12 PR£FACB.

tioii et la solidité de ses explications du Symbole.

J'avais été frappé de ces considérations dés mon entrée dans les saints ordres, :

aussi > à l'exception d'une vingtaine de discours écrits d'un bout à l'autre et sur des sujets isolés ^ je me suis attaché pendant quarante années consécutives , à développer sur notes ou sans notes ^ soit dans des conférences y soit dans des stations, soit dans les prônes ^ un ensemble de vérités chrétiennes liées les unes aux autres^ et qui fissent comme un corps de doctrine.

Je m'y suis cru particulièrement obligé étant curé« J'annonçai en iSoS^ dans l'église catholique de Genève , un cours de religion. Il devait porter sur une division qui est connue : i® Ce qu'il faut désirer et demander. Là on traite de la prière en général et de l'Oraison dominicale en particulier. a° Ce qu'il faut croire. On explique à fond les douze articles du Symbole. 3^ Ce qu'il faut pratiquer. Là se rapportent les Commandemens de Dieu et de l'Eglise. 4*^ Les moyens donnés pour croire et pratiquer. C'est la grâce et ce sont les sacremens. J'ai suivi ce plan pendant deux années. Le dépérissement de ma santé et

fb£fàcs; i3

des changemens survenus ne m*ont point permis de l'achever. Étant jeune , j'écrisvais seulement dans ma tète mes plans on projets d'instructions, et je les retrouvais au besoin. Dans un âge plus mûr, j'ai cru devoir les fixer sur le papier, parce que l'imagination et la mémoire faiblissent sitôt qu'on a fourni plus de la moitié de sa carrière. Ce sont ces plans ou projets que je publie aujourd'hui. Je les ai retou*chés, changés , corrigés et augmentés. Oa peut les envisager comme des analyses raisonnées*

Cet ouvrage peut abréger la préparation des ecclésiastiques instruits et trop occupés, qui sont en état de parler sans écrire.

Les jeunes prêtres, ceux sur-tout dont les études ont été précipitées et imparfaites^ y trouveront des textes , des divisions naturelles etdes idées abondantes quHls pourront facilement étendre dans quelques pages. Les mouvemens oratoires sontsou** vent même indiqués. Les simples fidèles y puiseront des sujets de méditation et de lecture. J'acquitte, en faisant paraître ce irecueil , l'engagement que j'ai pris avec nombre de personnes. Combien je m'es-* limerais heureux de pouvoir consolider

l6 PUlSFAfiJI.

La première édition dé cet; ouvrage ayant été accueillie favorablement, j'en publie une seconde* Quelques sujets ont été ajoutés 9 et d'autres augmentés. Le cours d'instruelions qui n'était pas complet, va l'être; j'ai même inséré plusieurs discours entièrement développés. Je les fais précéder de plans analytiques, afin que les jeunes prédicateurs voient d'une part la marche à suivre, et s'assurent d'une autre part si elle a été suivie.

mm

Page 1