VINGT-UNIEME INSTRUCTION
niPOKSE AUX OBJECTIONS CONTRE L^ETERNITÂ DES PEINES.
J^itam œtemam*
Un des articles de notre Foî qui choque davantage nos passions et les révolte, c^est ce* ïuî que j'ai tâché d'approfondir dans la dernière instruction : les peines de Penfer sont affreuses et éternelles. Elles le sont, puisque Dieu Passure positivement dans les Saintest Écritures; et que, quand Dieu parle, il faut «e taire et croire. Je ne vous rappellerai point les textes que j'ai mis sous vos yeux et qui annoncent les supplices futurs.
Mais quoi ! mais comment ? se récrîe-t-oti de tontes parts; quoi! pour un péché d'un seul instant, pour un seul plaisir criminel , pour une pensée fugitive, mais consentie^ j'aurais à endurer des supplices sans fin et ^ans mesure , moi qui suis faible , moi qui suis environné de tentations et de dangers l Oh! que cette doctrine est dure! Serait-elle doac véritable?
SUR LS STlttBOLJB. l63
Je TOUS prie, Chrétiens ^ de vous rendre attentifs à mes réponses. Premièrement, murmura teur indiscret, pensez à ce qui se passa tous les jours à votre vue et dans les tribunaux des hommes. Un vol , une révolte , ua assassinat, actions instantanées, ne s^expientr ils pas par des peines incomparablement plus longues que n^a été Pacte du péché auquel Ton s^est pleinement et volontairement llvréS On exile pour toujours , on plonge dans un cachot perpétuel celui qui a outragé son prince ; en voilà pour lui jusqu^à Fextinction de la vie. Crierez- vous à Pinjustice ? On attache à un gibet ou Ton décolle un ravisseur ; et cette mort à laquelle on le condamne pour une faute passagère , nVst-ellepas en quelque manière une peine éternelle ^puisqu^on le sépare pour jamais de la société des hommes ?.. Il ne faut donc pas mesurer la peine sur la durée de la faute.
2^ Avez-vous bien pesé les considérations suivantes? Ce que vous appelez faiblesse , est crime, est abomination. Le pé'^hé mortel, quoi que vous en disiez, est énorme. Dieiv attaqué. Efforts pour renverser son empire, J.-C. crucifié. {Heb, vi.) Son sang rendu inutile, (^liid, x, 29.) Esprit divin chassé. Excès de noirceuretd'ingratitudeenversDîeu notre père. Âh ! nous ne respii^ions que par ses bienfaits ; nous étions investis de son amour
ï64 PLANS d'instructions
et accablés de ses grâces. Il faut que le cl^itiment soit proportionné j et il ne peutPètre que par sa durée.
3^ Ce n'est pas tout. Il est rare qu'on soit damné pour une faute passagère. Presque tous les réprouvés ont passé des trente, des quarante années dans le crime ; et si leur vie n'eût «té abrégée, ils y croupiraient encore. Remarquez que la volonté qui pèche et danslaxfuelle on a été surpris, est une volonté per- Inanente. Le pécheur voudrait vivre toujours afin de pécher toujours. Or, c'est sur cette volonté et cette malice consommée que Diea règle ses vengeances. Ne vous étonnez donc plus qae la volonté étant persévérante , la peine le soit aussi.
Il suit de- là de tristes conséquences que l'on ne saurait contester et que voici : le péché mérited'être châtié autantde temps qu'il subsiste et qu'il n'est pas effacé.' Or, il est toujours subsistant, toujours reproduit dans les enfers. Dans cet éternel abyme on est endurci au mal : plus de victime poar le péché; plus de voie de réconciliation et de pardon.
( Ps. cxxix. ) Haine nécessaire des damnés contre Dieu ; haine nécessaire et implacable de Dieu contre les damnés. Dès-lors quelle cessation , quelle interruption peut-il y avoir dans les supplices ? Les crimes du réprouvé donnent une matière toujours nouvelle aux
' SUR LS STMBOL£« l6S
flammes qai le consument. Saint Àugastindit dans le même sens que dans Tinfernal séjour nos dettes ne s^acquittent jamais y que les intérêts croissent toujours y et que ce sont des intérêts ou usures énormes , des intérêts d^iniquité : Fenora iniquitatis.
Reprenons. Si tout ce que je viens de dire ne TOUS convainc pas ; si malgré ce qui se passe au jugement des hommes , malgré Pincroyable grièveté de nos offenses et Pinfinie majesté qu^elles attaquent, ce qui doit rendre le châtiment infini ; si malgré la continuité du dérèglement qui existe dans nos volontés 9 malgré nos fautes toujours subsistantes , vous vous révoltez encore contre le dogme des peines étemelles y je tranche la question et j'ajoute : Est-ce à nous à interroger Dieu pour lui faire rendre compte de ses actions? (^Bom* ix, 20.) Est-ce à nous à mesurer sa justice sur la nôlre, et ses conceptions sur nos faibles intelligences? Il est souverainement parfait : donc tout ce qu'il fait est juste, fiévoquer en doute Féquité de ses juge mens 9 c'est contester son existence.
Mes frères, ne faisons aucune oeuvre qui soit digne des éternels supplices; et nous n'aurons alors ni doutes, nimécréance. Seigneur, je ne disputerai plus sur vos rigueurs; puisseje ne les pas mériter!..
l66 PLANS D'iNSTRtTCTièNa