‹ Plans de discours; ou, Projets d'instructions et de conférences sur lesChapitre 39 sur 83 · SUITE DU DOUZIÈME ARTICLEDU SYMBOLE · texte numérisé non relu

SUITE DU DOUZIÈME ARTICLEDU SYMBOLE

Vitam {Stemam, La vie étemelle.

J-i^HOMME meurt ; Phomme ressuscite jPhomme est jugé...

Toute loi ayant une sanction, de là des peines pour les infracteurs, et des récompenses pour ceux qui l'observent fidèlement.

De là deux sentences et deux classes au juge-

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ment dernier : Statuez a^es à dextris, Ad?«

dos autem à sinistris. (Matth. xxv , 33.)

D'un oeil enfla^lnlé, d'un ton plein de coar* roux, Dieu 9 au jour, le dernier des jours ^ dira aux pécheurs ce qu'il leur avait dit déjà dansle jugement particulier: Retirez- vous de moi, maudits, étaliez au feu éternel. {Matth. xxv.)

Quellesépouvantablesparoles? Retirez-vous de moi, discedite à me. Quelle réprobation!

quel arrêt!

Maledicti, maudits. Quelle qualification !

"^quel anathème! In i^/iem. Quel feu ! quel supplice !

JEternum^ étemel. Quelle longueur! quelle durée! Chaque mot veut être pesé. Vous frémissez, mes frères : vous ne sauriez frémir assez.

I" Réflexion. Séparation d'avec Dieu :

Discedite. C'en est fait : plus de temps (^/70c. X, 6), plus de miséricorde : Allez, retirezvous y fuyez , disparaissez enfin : Discedite.

Horreur de cette séparation. Nous sommes faits pour Dieu ; nous tendions naturellement à Dieu; et présentemeiit Dieu n'est plus pour nous , et nous ne sommes plus pour lui : />Z5cedite. L'ame perd Dieu , lorsqu'elle a de lui et d'elle une connaissance fixe et invariable.. • L'ame perd Dieu, lorsque les désirs et le»-

tootevemens qui la portent à ce centre divin $ont plus yifs et plus violens que jamais. Le principe spirituel dégagé des entraves du corps venait d^ètre rendu à son activité propre et à son élan. Existence affreuse que d^ètre à cha^ que instant arraché du sein de son créateur ^ pour s^y reporter encore ! Discedite. Dirai-je que cette séparation est totale ; que Funiver» entier réprouve les méchans! Dirai-je que le désespoir qui en nait, s^accroit par la vue do la félicité des élus si tendrement et si insépar r^tblemeat unis à Dieu ! {Sap. v. 5.)

II® Réflexion. Malédiction de Dieu : Ma* ledicti.he pécheur qui avait perdu spnDieuy le retrouve , mais un Dieu persécuteur , en* »emi, maudissant: Maledicti, Plus d'invitation touchante 9 plus de regard favorable ^ plus de grâce» he pécheur retrouve son Dieu pour exciter sa haine, pour porter ses rebuts^ ses mépris et ses anatbêmes : Maledicti :

(Ibid. 21.)

Toutes les créatures maudissent le réprouvé qui les avait fait servir d'instrument à ses proÊmations et ses excès. Les justes euxïnêmes ne l'épargnent point. Qu'entends-ie?

La mère accuse le jour où elle mit au monde un enfant de crimes ; le fils reproche à 1^ mère le sang qu'il puisa dans des flancs crimil^els. Les compagnons des mêmes désordres

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se soûlèrent contre les compagnonsdesmême^.

supplices. G^est un accent général cle mutuelle» fureurs. A travers mille sanglots , à travers le torrent des larmes stériles, percent et retentissent ces cris forcenés : Sois mille fois maudit; c^est toi qui m^as perdu ! Maiedicti.

III« RisFLExiOïr. A la séparation d'avee Dieu j au poids de la malédiction de Dieu se joignent d'autres peines au dehors et au dedans y peines afflictivesque Pesprit de Phomsne ne saurait décrire. In ignem. Feu vengeur. {Luc, zvi.) Imaginez, selon les livres saints, unlieu de tourmens , une fournaise ardente, une seconde mort(-^po<?. xx), bien autrement longue que la première; imagines le grand lac de la colère de Dieu {Apoc. xix, i5) , un étang de feu et de soufre , le pressoir de la fureur du Tout-Puissant, unabyme enflammé et sans aucun fond , un abjme qui est Pexil de toutes les consolations et le centre de toutes les misères : In ignem.

<c Là , dit le pieux auteur de Plmitation ki {Lib. I ,xxiv) , une heure de peine sera plus a insupportable que cent années qu'on passece rait dans la plus rigoureuse pénitence* »

ce Le feu que vous allumez ici-bas, s'écrie <c saint Augustin, n'est qu'une ombre vaine, « une faible fumée de celui qu'attise l'Eter<*

é tie\:i> Tnignem* a Anmilieu detîesflammes te inextinguibles, que vois-je, dit saint Anselme dans sa troisième Méditation? ce Horreur ! hor* ce reur! épouvante! Quelle confusion de cris et <€ de hurlemens! Quel tumulte de pleurs et le de grincemens de dents!... Vers rongeurs, ce avec quelle avidité vous vous repaissez de ce vos malheureuses victimes! Démons ardens, ce frémissant de rage , comme vous déchires ce ceux qui se roulent au milieu de vous ! »

Ne poussons pas plus loin cette description ; Aie aurait du danger..

Cependant j'ajouterai que les objets alors agissent dans toute leur force ; que Tame y est continuellement appliquée; que les organes qui souffrent sont incorruptibles ; que là victime tout entière est comme pénétrée par le feu. Omnis enim igné salietur. (Marc, ix ^ 48.) J'ajouterai que dans cette horrible conflagration, une seule goutte d'eau demandée pour (^'elle jaillisse sur une langue qui se desséche , est impitoyablement refusée. {Luc: XVI.) Chrétiens que la colère , que la soif de la vengeance, ou que l'impureté embrase , un feu punira l'autre : pensez-y : In ignem.

IV® Réflexion, j^ternum, étemel. C'est le dernier trait des vengeances divines. Un sceau est apposé sur la porte des enfers : c'est un puits dont on ne sort plus. Ici-bas , nous

j6o MANS ï>'lNSTRtrCTTO!N*

nous faisons un charme de Pespérance , èicé cbarme adoucit nos douleurs. Ici-bas, por* tant nos regards sur un avenir Indéfini , nous nous flattons presque toujours d'y trouver quelque chance heureuse et agréable. Mais au contraire, ce qui n'est pas sert encore de supplice au réprouvé et aggrave ses maux. Il prévoit par la pensée un redoutable avenir; il souffre par avance ce qu'il doit souffrir dans l'immense durée des âges. Éternellement il gémit et s'afflige ; éternellement il fait pénitence y mais une pénitence forcée , une pénitence de Démons et de désespérés qui ne change rien à son sort affreux.

Lorsque le règne de la miséricorde a fin!

pour faire place à celui de la justice, Dieu a dit : Je suis l'Éternel, je suis l'inflexible... Vous crierez, vous hurlerez; je ne vous écouterai , je ne vous exaucerai jamais. (^Prou. i f a6-a8. ) Vos pleurs et vos tourmens ne finiront jamais. Les flammes de l'abyme vous consumeront toujours; les.serpens du re-.

mords vous déchireront toujours. Jamais y toujours : quels mots ! quelles idées !

Je ne puis quitter encore cette éternité:

je n'ai pas achevé de méditer dessus. Ici- bas, tout est en représentation et en surface : c'est une vicissitude continuelle ... Dans Téternité tout est solide, réel, neuf et immuable...

Que ne doit donc pas souffrir celui qui meurt

SUR LE SYMBOLE. l6l

sans pouvoir jamais mourir? On compte les minutes dans les douleurs aiguës; et celles des damnés sont extrêmes* Elles se prolongent dans une interminable durée dont ils mesurent sans relâche les moindres momens : or^ il y en a une infinité dans le plus petit espace de temps : In cetemum»

J'ai fatigué troplong- temps votre attention, j'achève... Cette éternité dont je vous parle , elle ne nous est point étrangère. Nous y viendrons; nous y sommes inscrits: pei^t-être entrerons-nous ce soir dans ses sombres profondeurs. ( Luc. xu. ) La Religion n'a point de vérité plus terrible que celle-là : éternité. .Vérité qui animait autrefois les martyrs au sacrifice de leurs vies; vérité qui peuplait les solitudes ; qui dans tous les âges a porté des Saints à des macérations si extraordinaires, qu'on ne peut les croire d'hommes mortels.

Vérité qui faisait dire et crier à saint Augustin : <c Seigneur, brûlez, coupez, tranchez, tailles ce ici-bas, pourvu que vous m'épargniez dans (c la durée des siècles. y> Parcas in œternum modo. Demandons à Dieu cette grâce : Ainsi soit'il.

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