‹ Plans de discours; ou, Projets d'instructions et de conférences sur lesChapitre 48 sur 83 · SOMME BE I.A ITATV&E : HOMME DE XA OBACE · texte numérisé non relu

SOMME BE I.A ITATV&E : HOMME DE XA OBACE

Bonum est confidere in Domino quàm confidere in homine.

Il vaat mieux mettre sa confiance dans le Seignear que dans de faibles mortels. ( Ps, czvxi> ▼• 8.)

Jr AR quel renversement étrange ^ mes très chers frères , mettrions- nons notre confiance en an autre homme ou en nous-mêmes? Nous sommes , selon le langage des Écritures ^ de faibles roseaux qui fléchissent sous Peffort des moindres yents, qui percent la main de Tinsensé lorsqu^il y cherche un inutile soutien. Fragiles dans notre chair , bornés dans nos intelligences, profondément corrompus dans nos Tolontésy il ne nous reste qu^à nous humilier et nous confondre : et Dieu / au con« traixe^ Dieu notce créateur et notre ioaitre|

â02 mscovRér

est plein de grandeur et de forcé ; Diea est la vérité incréée, la lamiére par essence dont les jcélestes esprits ne peuvent eax*mémes sou* tenir Péclat ; Dieu est sainteté et principe fé« cond de toute sainteté : voilà ce que plrésentent incessamment à nos ccBurs et la nature et la Religion.

Tcttte morale pose essentiellement sur cette perspective effrayante d'une part et consolante de Pautre : perspective, je le répète , de la pesaalear et des révoltes de notre chair , de Taveuglement de nos esprits et de la dépravation trop ordinaire de nos volontés y quand nous sommes , hélas ! abandonnés k ^ nous-mêmes ; perspective de la force et de la puissance de notre Dieu qui , lorsqu'il lui platt , noas élève au-dessus de nous et de nos vices : il parle 3 tout se range à sa voix : la chair se soumet à Pesprit, Fesprit à la vérité, la volonté à tous ses devoirs. Développons ces principes : ils justifient cette importante maxime : qu'il vaut mille et mille fois mieux placer son espérance et chercher son appui dans lé Seigneur que dans nous ou dans de faibles mortels. Bonum est confidere in Do^ mino quàm confidere in homine.

I'« PARTIE. L'homme, mes frères, avait été créé dans un état de justice, d'innocence et de félicité : à peine eut- il péché qu'il se vît

SUR LA CONFIANCS EN DIEtT. 55o3

privé de tous ces avantages. Il se révolta contre Dieu : ses sens se révoltent contre lui* Séduit par battrait dangereux du plaisir , il abuse des créatures, et les créatures aussitôt ne lui offrent plus que des pièges ou des supplices. Enivré d^orgueil , il veut tout savoir z irn^apprend hélas ! que ce qu^il eût dû tou* jours ignorer 9 tandis qu^il se méconnaît et lui-même et le grand Dieu qui avait imprimer en lui sa ressemblance et son image. Insensé l il aspire au comble de la perfection etdubon« benr , à la divinité même ; et le voilà qui tombe dans une corruption étrange et toute espèce de misères. Versons ici des larmea amères sur la triste et déplorable humanité j osons considérer ses désordres et ses faiblesses* Puisse leur affligeant tableau abaisser enfin les hauteurs présomptueuses de notre orgueil! Par le péché , mes frères, nous avons donc cessé d'être rois où nous devions l'être. La chair nous domine, elle qui est faite pour obéir : la chair forme en nous mille désirs contraires à ceux de Pesprit 5 caro concupis* eitadversus spiritum; elle que l'esprit devrait toujours captiver et réduire. La chair, dirai- }e encore, est un fardeau incommode qui nous retarde et nous arrête dans la carrière du sa* lut, un poids dont la pesanteur accable et qui fait effort pour nous déprimer aux choses de la terre : corpus quod coprumpitur aggrc^n

2o4 Discours

n>at animam ; et cette partie la moins noble de notre être, nous devrions sans aucun re* lâche Tentrainer elle-même à Dieu , faisant servir y selon PApAtre, tous nos membres d^instrumens à ]a justice et au culte divin j nous devrions l'élever j usqu'au ciel par Pardeur et Pempire de la volonté*

Depuis cette altération funeste que le p4cbé a faite dans notre corps, tous nos sens conspirent à nous égarer et nous perdre. Nos yeux préviennent Tordre qu'ils devaient attendre , saisissent des ressemblances éloignées , et par- tout ils découvrent ce c[ue par- tout ils cberchent, le spectacle funeste des vices. Nos oreilles semblent s'ouvrir de préférence aux propos que la médisance envenime , aux discours enchanteurs de la volupté , à ses équivoques les plus perfides et à l'harmonie séduisante des sons qui corrompent ou qui énervent. L'imagination reproduit à l'envi tous ces périls , et la mémoire en conserve fidèlement les traces.

Ce ne sont pas là , mes frères , nos seuls sujets de larmes. 11 nous faut réparer sans cesse des forces qui diminuent et s'épuisent sans cesse. Mais 6 honte ! ô dégradation! Ce besoin humiliant nous ensevelit et nous absorbe dans l'aliment qui nous sustente. Ua charme puissant , dit saint Aqgustin ( Confess. /. z, 3i) , nous attend au passage , et se met

en embuscade pour nous surprendre. Nous faisons pour lui ce qu^il fallait fs^ire pour nous cKinserver nous-mêmes ; et livrés à cet indigne plaisir 9 on dirait que nous u^ezistons plus que pour le satisfaire.

Pour vivre il nous faut par le sommeil mourir une partie de notre vie. Qui le croirait? Cette inaction») cette non- existence de notre tfme peut bien nous plaire ; et il nous en coûte pour cesser d'être brutes et redevenir hom* sues. Ainsi les créatures , ainsi nos sens et les nécessités de la vie nous ramènent et nous attachent k la terre ; ainsi rompons-nous toute correspondance avec les cieux; et c^est dans le corps que nos désirs s^emprisonnent !

Le jour, mes frères ^ avait été pour nous Mne guerre continuelle. A peine la nuit a- 1- elle marqué Phenre du repos j que les combats se Tenouvellent encore. Dans ce silence, ce tom^ beau de la liberté et de la pensée j Pâme assoupie laisse flotter les rênes ou les abandonne ; et si la Providence ne veille sur elle j quci de désordres il s'excite dans son empire !

Je n'ose insister, mes frères , sur ce que j'indique. Le langage est-il jamais assez pur , quand les cœurs ont cessé de l'être? Je n'ose parler du dérèglement le plus déplorable de notre chair, de ce penchant honteux qui, noiit . faisant oublier que la raison est notre, plus 2>el apanage , et la sainteté notre destinatioa

ftotf dlSCOTTHS

la plus auguste y nous matérialise et nous d^<>. grade : penchant affreux , inhérent à cette boue qui nous enveloppe ; penchant qui perd presque tous les hommes et presque tous les itges ; penchant presque incorrigible dont on porte Tignominie jusqu^au tombeau que souvent il a lui-même creusé sous nos pasj et ce leu destructeur qui circule alors dans nos veines et qui nous dévore, c^est notre chailr qui Pallume ; c^est elle qui ralimente !

Saint Augustin , mes frères , connaissait toute la force de ce malheureux empire que la chair prend sur les hommes qui obéissent k la voix flatteuse des sens. Dans ses Confes* fiions y il se représente lui-même tratnant depuis bien des années une chatne qui Taccablait et qu^il craignait de voir rompre : Et timebam soWL (Conf. 1. viii, 7.) Encore un |>eu de temps, s^écriait-il, encore un peu de temps } et bientôt de nouvelles chutes irritaient de nouveaux désirs 3 de nouveaux désirs provoquaient en lui de nouvelles chutes : il roulait d'abyme en abyme ; et le peu de temps ne finissait jamais. Sed modà et modo non habebant modum ; et sine paululàm in lon^ giiis ibat. ( Ibid. 1. viii , 5. ) Fait-il enfin de nouveaux efforts? Aussitôt les voluptés indîignes dans lesquelles il avait si long-temps vé- ^u, se présentent à lui ; elles le remplissent de fantômes impurs , et faisant revivre Pimage

fttra LA CÔKFiÂlfCE Bt7 DXfiTT. ^of des anciennes délices ^ elles lui disent tout bas : Quoi! vous nous quittez, et pour toujours ! A momento isto non erimus tecum ul* trà in œtémum l {Coni. 1. viii, ii.) Croyeavous que vous puissiez vous passer de nos douceurs et de nos caresses ? Une fois au moins regardez-nous encore avant de nous renvoyer à jamais. Augustin , mes frères , fut victorieux parce que la grâce combattait en lui; mais la nature dont vous venez d^entendre le langage y qu'elle est faible et corrompue en nous ! N'éprouvons-nous pas cbaque jour cette loiimpérieuse de la concupiscence , cette pesanteur do la chair, cette rébellion des sens, cet aiguillon de péché et de mort? Tremblons donc ; fré* missons à la vue de nous-mêmes; et convenons que nous ne sommes qu'une cendre vile produite par le long embrasement du péchéy une poussière immonde.

Poursuivons ; et des misères de notre corps passerons-nous à celles de nos esprits? A mesure , mes frères , que la loi de la chair nous tient dans une sujétion funeste , nos intelligences s'offusquent; elles s'égarent et s'aveuglent.

L'homme, selon saint Grégoire pape, s'il eût à jamais observé le commandement de son Seigneur et de son Dieu , fût devenu tout spirituel , même dans sa chair ; mais en pé- .cha];it, il est de venu tout charnel, même dana

^(A nrscoTTRs

son esprit. Depuis que par sa désobéissance fl a perdu Toloatairement Tanioa sainte qu^il avait avec son Créateur ^ son ame délaissée se jette et se répand sur les créatures , s^y atta- <ihe et s^épaissit avec elles ; ne pouvant plus .par un heureux essor s^élever aux choses sublimes ^ elle retombe dans les plus basses dont elle prend par son amour la teinture même et les qualités.

Saint Augustin, ne tient pas un autre lan* gage* Dans le temps que je m^abandonnais au péché j dit ce Père ( Conf, L viii ^ i o) , Fivresse 4e la concupiscence et le feu de la jeunesse envoyaient en mon esprit des vapeurs noires^ impures , qui le remplissaient de grandes obscurités et lui étaient tous les moyens de discerner la sérénité de Pamour honnête dV vec les ténèbres d'un amour impudique :

Exhalabantur neBuice de limosà concupis-»

centid carnis. (Gonf. 1. ii, 2.) Il ajoute que ^es déréglemens Pavaient chargé de fers qui^ «'agitant toujours avec un horrible fracas, Pem^ péchaient d'entendre , comme les nuages épais dont il se trouvait enveloppé l'empêchaient de voir.

En ce msdheureuxétat^qu'arrive-t-ily mes frères? Notre asservissement à la matière bri* sant tous les rayons de lumière qui viennent ■à nous, fermant à la vérité toutes les avenues de nos âmes , nous embrassons mille erreurs^

StTR LÀ CONFIANCE EN BIETT. HO^ inîlle illusions funestes. De là cet engourdissement effroyable par rapport au salut, celte stupidité morne avec laquelle nous fournissons une carrière où tout est vide ou rempli par le crime. De là ces idées basses et ram« pantes dans lesquelles se concentrent les mortels aveuglés. Hélas ! on rapetisse le ciel ; on agrandit la terre : on grossit Tinstant qui échappe ; on oublie Péternité. Rejetant loia denous les immortels trésors et les couronnes qui ne peuvent se flétrir ( i Petn i ) , ne mesurant point la profondeur des éternels abymesy nous poursuivons presque tous des chimères y nous saisissons des fantômes , nous nous épuisons après la vanité , cherchant notre bonheur dans de criminels plaisirs , Pélévation dans l'orgueil ; et de vils métaux sont nos biens et nos richesses. La mort vient-elle enfin nous envelopper et nous saisir? Elle nous trouve jouant sur les bords du précipice 5 elle nous surprend avec ce qu'on peut appeler les hochets de notre enfance.

Cet égarement vous semble terrible ; et voici ce qui le consomme. Si parfois nous venons à réfléchir, que découvronsnous?Les devoirs de nos semblables. Tel est l'effet ordinaire de notre abandon à l'erreur et au vice: nous n'avons des yeux que pour apercevoir les obligations ou les défauts du prochain , et jamais les nôtres {Matth* vu, â); noussowv?

Mo BMCOURJS

mes vivement frappes de ses besolirs spirituels ; et ceux que vous avez , mon cher frère y vous êtes le seul à ne les point connaître ou â ne vous en occuper jamais. Que des circonstances imprévues nons forcent à retomber sur nous-mêmes et à convenir des principes y bientôt nous nous montrons également habiles et à réfuter les faux prétextes dont se couvre la lâcheté de ceux qui vivent avec nous et à en inventer pour nous de plus spécieux encore.

A nons entendre y on dirait qn^l n^y a aucune circonstance où les autres puissent se dispenser des règles établies et aucune où nous soyons obligés de nous y conformer. Notre esprit y dès que nous ne sommes point à nos devoirs ^ que nous ne sommes point à Dieu, notre es* prit est donc aussi enseveli dans les sens , on tout au moins aussi égaré , aussi aveugle que la faiblesse de notre chair est excessive.

Achevons de nous peindre. Quant à notre volonté, ne cherchons pas ailleurs la source de tous nos maux. C^est elle qui a le plus souffert des impressions profondes que le péché a laissées en nous. Courbée et malade, elle cède aux moindres attraits de la concupiscence.

Semblable à cette malheureuse terre que nous^ habitons , elle est maudite comme elle. L^une, depuis la chute de notre premier père, ne porte que des ronces et des épines , si on ne la cultive {^Gen. m) ; et Pautre ne produit

SUR LA CONFIANCE EN BIETT. at t et n^enfante que des fautes , si un secours sur^ naturel n^aide sa faiblesse et ne corrige sa malice.

L'homme ne peut en aucun sens se suffire à lui-même : en se retirant du Créateur ^ il a -voulu se reposer dans tes créatures ; mais il y reste plus affamé y plus vide que jamais.

Du dérèglement de ses amours il naît dans son sein une triste et nombreuse famille qui s'y licencie, s'y révolte et lui fait une guerre cruelle ; disons mieux : guerre implacable ; et cette guerre commence avec nos premiers pleurs et ne se termine qu'à nos dernières angoisses.

Vous me prévenez , mes frères : vous pensez à nos passions. Elles se disputent hélas ! l'empire de nous-mêmes. A chaque instant toutes accourent en nous , toutes se croisent, se concertent et nous enlacent de je ne sais quels filets qui nous tirent à droite, à gauche , sans cesse et sans relâche ; et l'ame devient alors comme ces amusemens frivoles que des mains adroites ou. robustes se fonjt passer de l'une à l'autre. Ici c'estla bouillante colère qui emporte ; ailleurs l'âpre ressentiment qui nous aigrit, ou la vengeance qui nous enflamme ; plus loin la douce et molle volupté flatte et ,corix)mpt ; l'indolente paresse endort; l'envie ronge j l'orgueil altier exige , usurpe et n'envahit que pour envahir

encore. De là une légion de désirs , de craintes, de troubles et de regrets, de soucis et de remords ; de là , je le répète , mille hostilités ouvertes; et que de ruses , que de stratagiè-. mes ! De là un joug accablant , un honteux esclavage , un supplice non interrompu et en ce monde et en l'autre.

Autant mes adversaires sont nombreux et redoutables , autant ma lâcheté est grande* O Dieu l j'ai sondé mon cœur. Toujours d'intelligence avec les ennemis qui m'attaquent ^ je cède presque sans résistance; je succombe avant l'épreuve; je veux et ne veuxpas; j'évite un moment l'occasion qui me perd et je trouve bientôt quelque nouveau prétexte qui me renlraîne {Conf. L vui, 5, lo); je forme des résolutions violées à l'instant qui les a vu naître ; je pleure mes fautes, et mes larmes sont à peine séchées que je retombe ; mes pas sont autant de chutes , mes devoirs autant de prévarications funestes: je me jette de précipices en précipices , et cependant j'aime la vertu , mais sans en pratiquer lefi lois; je haïs le vice , et j'y suis assujetti. Les lumières de mon esprit parfois me ramènent âu bien , mais mes passions m'en éloignent»

Seigneur, il y a deux hommes en moi, c'était le langage de l'Apôtre ( Itom. vu. ) Partage funeste ! Contradiction étrange ! Qui de

suit LA CONFIANCE EN DIEU. Zï3 BOUS y mes frères y ne se rconnaîtrait à ces traits ?

Est- on ainsi livré à ses passions ^ à ses fai-^^ hlesses? On ne tardera pas à empoisonner jusqu'à ses qualités naturelles et ses vertus morales. La vanité les dégrade alors; Ja cupidité les infecte ; et du bien que nous croyions opérer^ il ne reste rien à la fin quand il n'en reste que nous-mêmes.

Tel est en raccourci j mes frères , le tableau que je voulais vous présenter de Phomme de la nature considéré dans sa chair , son esprit et son cœur. Est- il étonnant que chacun de nom se craigne , s'évite et se fuie lui-même j qu'il ^e jette dans les tracas ou les plaisirs y qu'il cherche à s'étourdir ou se distraire ?

Nous sommes affreux à voir. Mais unissons toutes les vérités et relevons ici notre courage abattu. L'homme ne peut rien sans Dieil (/o«w.xv,5) jilpourratoutavecluî. (^Philip.

iv« ) L'homme sans la grâce s'asservit à la matière , s'offusque de nuages épais-el se déprave au fond de l'ame ; l'homme par la force et la puissance de Dieu dompte ses sens , s'i^claîre de la divine lumière et guérit de toutes ses blessures. Ce sujet ^ mes frères y voudrait tin livre entier. Je ne ferai qu'indiquer les points de vue; je mettrai sous vos yeux dçs réflexions courtes et rapides.

^l4 J>ISCOVRS

II* PARTIE. Selon saint AugosUn , point Je doctrine plus consolante pour nous que celle^qni nous enseigne que notre salut dé« pend en grande partie du bon plaisir et de la puissance victorieuse de notre Dieu. Que n^aurions-nous pas à craindre , s^il eût été seule* ment abandonné à Tincertitude de nos volontés et à notre faiblesse? Mais non. Notre espérance pose sur un fondement solide. Ce-r lui qui se joue de Funivers comme d^unpoids léger j qui regarde k terre et dont le regard la fait tremblel*^ qui toucbe les montagnes j et elles s'en vont en fumée ( Ps. cm, 3a ), qui commande j et les élémens sont learmi- Xiistres de sa miséricorde ou les iustrumens de sa vengeance ; celui à qui appartient et la force et Tempire, a-t-il résolu de nous élever an-dessus d'une chair impure et mortelle, de nous soutenir dans le combat pour nous assurer la victoire 9 quel obstacle triompherait de ses desseins? Quand il vint du ciel en terre ^ ce Dieu suprême , et qu'il daigna se rabaisser à la faiblesse de notre nature y une foule de prodiges annoncèrent sa puissance et sa divinité. Les Démons fuient; les maladies les plus invétérées se guérissent (£uc. xvii ,xviii ) ; les plus furieuses tempêtes s'apaisent ; Pierre marche sur les eaux , et Lazare ressuscite.

( Joan. XI. ) Mais ces merveilles ne furent iqu'un emblème et qu'unie imparfidte imago

STTR LA CÔNFIAITCE EN DIEIT. 2x5 de celles qu'il opère dans un ordre surnaturel et invisible. wSa voix éclate tout-à-coup avec force et se déploie avec magnificence :

Vox Domini in virtute^ vox Domini in ma" gnificentid. ( Ps. xxviii. ) Alors il renverse ^ il atterre , il brise : Fox Domini confringen^ tis. Une pécheresse pleure et se convertit, à ses pieds. Alors les martyrs méprisent les douleurs et les supplices ; sans s'écrier et se plaindre , ils se voient torturer par les bourreaux et consumer par les flammes. Alors des vierges illustres oubliant la délicatesse et la sensualité qu'elles avaient eues dans le siècle ^ client impitoyablement leurs corps et le réduisent en servitude. La pureté règne à Corinthe même : Thaïs , Afre et Pélagie , après avoir été l'opprobre du siècle^ deviennent par leur pénitence et leurs nouvelles mœurs , l'édification de l'Église et l'admiration de& Anges. Alors Augustin triomphe et fait succéder la chasteté la plus entière à l'emportement de ses débauches. Jérôme alors cesse dé se meurtrir ou de se rouler sur les épines : la flamme qui le consumait s'est éteinte ; l'éga*^ rement de ses pensées ne le transporte plus an milieu des cirques de Rome ; mais il se croit en la compagnie des Anges , et déjà il chante avec eux un cantique éternel d'amour et de reconnaissance. Prions j mes frères , prions j et ces miracles se reproduiront ea

2l6 BISCOITRS

nous; et uoas yivrous dans ce corps p^rissa"-' ble j comme si déjà nous étions dégagés de ses entraves.

Le bras du Seigneur n^est point racconrci.

Aux exemples anciens joignez ce que vous avez vu tant de fois, ce que vous voyez encore* Que de pécheurs trop connus par le dérèglement de leur vie, touchés de Dieu, pratiquent aujourd'hui sous vos yeux la mortification des sens ! Leurs membres ne sont plus les organes du crime , mais les instrumens de la pénitence. ( Hom. vi, 19. ) Quoi! vous ne pourriez pas avec Dieu ce que ceux-ci, ce que ceux-là ont pu par son divin secours ( Co^* I. VIII , 1 1 )? Il n'y a pas d'année , il n'y a pas de jour où les miséricordes divines ne se sur* passent , si je puis parier ainsi , et où , lors^ qu'on se montre fidèle à y correspondre, des publicains et des femmes de mauvaise vie ne précèdent dans le royaume des cieux lés vierges foiles et les pharisiens superbes.

Suivons , si je puis m'exprimer de la sorte , le détail des opérations divines , et n'avançons que des principes qu'avouent l'Écriture et les Pères.

La voix de l'Étemel s'est^elle fait entenr dre , et nous donne- t-il des marques spéciales et signalées de son amour et de sa puissance? La chair , disions-nous , se soumet à la loi de i'esprit; et en même temps l'esprit s'élève et

8im £A CONFXAHCË EH DXB1T. 217, s^ëclalre. Et comment ? Dieu est vérité y selon les livres saints; Dieu est lumière, et qui-* conque le soit ne marche pas dans les ténèbres. {^Joan. viTi 9 ia« ) Dieu se communiquant à nous y dès-lors sa clarté divine resplendit sur nos faibles intelligences ; elle éclaircit donc^ elle entr^ouvre le nuage épais qn^avaient formé nos passions. Nous envisa-* geons alors dans toute leur étendue nos proprès transgressions et nos devoirs, les terri* blés supplices que le crime ou Poubli de Dieu se prépare y et les ineffables récompenses que nous allions perdre à jamais. Les plis et replis du cœur se montrent à découvert ; et la loi sainte nous apparaît dans toute sa perfectioa et sa beauté. ( Ps* xviii. )

Vous avez y mes frères y un grand e:cemple de ce don de doctrine et de lumière dans les premiers ApAtres. C^étaient, je ne dis pas avant leur vocation j mais dans les premiers temps même qu^ils s^attachèrent à J.-G. , c'étaient des pècbeurs ignorans qu i comprenaient avec peine les enseignemens é vangéliques(£i/c. ne), des esprits terrestres qui prisaient et recfaercbaient les meilleures places. ( Marc.

Vfii, X. ) Le Sauveur a-t-il résolu de laisser dans leur aveuglement les sages de Rome et d^ Athènes, et de donner Pintelligence de sa parole et dW confier la prédication aux 6a- Èiéens ses disciplesf II leur envoie le rayon

Al 8 msooTTRS

de la Dlvînité, son esprit (^ct. ii) : et qnel changement cet esprit divio n^opére-t-il pas dans ces hommes grossiers que rbumîlîté de Jésus choquait ^ que sa croix scandalisait et que sa morale efirayait ! Dès que FEsprit saint les éclaire ^ quMl coi^ige leurs erreurs^ qn^il élève y agrandit toutes leurs idées ^ dès^ iors les vérités les plus profondes se dévelop^ pent à eux; ils en comprennent le seci*et; il$ en découvrent les principes ; ils en voient clairement les conséquences. Dès<-lors la folie de la croix leur parait une véritaUe sagesse ( 1 Cor. Il) ; il n^est plus diantre humiliation k leurs yeux que U ^aine gloire j d^autressouf- Avances que de ne rien souffrir , et d'autres irichessesque de n'en posséder aucuneâ,PrionS| mes frères , prions : et f, comme il arriva à J'Apôtre des Gentils sur le chemin de Damas (^Act. ix) , les écailles tomberont de nos yeux ) prions : et Dieu, lumière essentielle, nous tirera du chaos de nos préjugés et de nos ersoeurs*, nous apprendrons tout de lui y noua ircrrons tout à sa lumière. ( Ps, xxxv , i o. ) Vous le savez 9 mes frères : que d'esprits ja-» dis prévenus , égarés j ennemis de notre sainte doctrine ^.qui aujourd'hui se récrient sur la force de ses preuves , l'étudient y la contemplent et la pénètrent avec d'inexprimables délices l Ce don parfait leur est venu d'en.

)^ut. ( Jac* Il i7« ) Yotu le. sa?6z : qne dd*

SUR JLA CONFIANCE BN METT. JH^

filles de campagne , de paavxes veaves et d'hommes îndigens ont avec Dieu des communications secrètes et intimes dont nous ne 0Oinmes pas dignes ! Lenr science nous étonné et nous confond. Nous nous trouvons alors ignorer Talphabet de gens qui ne peuvent même assembler les caractères* Ah ! le Seigneur se cache des superbes : U se plaît avec les petits et les humbles qui s'instruisent i Técole du plus excellent dea maîtres.

Continuons, mes frères. Dieu par sa puissauce dompte notre chair et dissipe nos tënèhres. Que nous serviraient ces précieux avantages, si dans la volonté fermentait toujouw un levain de corruption et de mort? Le Sau* veur achève son ouvrage : il le consomme* Samaritain charitable , il panse et cicatrise nos plaies. {Luc. x, 33.) Une huile sainte en tempère l'ardeur, en diminue Tenflure : //i* Jundens eleum. Pajoute avec l'Évangile qu'une liqueur fortifiante afifermît les chairs et consolide la guérison : et vinum $ c'est-àdire qu'à la force de sa voix qui terrasse nos passions, à Péclal et l'abondance de ses lumières qui remplîssentetinondentnos esprits, le divin réparateur joint une grâce médicinale qui , selon saint Augustin, se répand dans nog ^mes toujours libres , et qui substitue aut dusses douceurs du crime les saintes et inefûWes coasvlaUoaa de U vertu. L'homme,

'â;20 BISCOURS

comme Tenseigne cet illustre docteur de TÉglîse ( Aug, L II y ad Bon* ix ^ n* 21 ) , ne cède qu^aa plaisir : Eh bien ! nn charme puissant le gagne ; un attrait victorieux Ten traîne ; un leu céleste le pénètre de plus en plus , Pé* chaufTe , le domine et Pembrase : il est enfin ]>ar la vertu des sacremens <pii nous régénè* rent 9 il est rendu à la pîété ; il Test au bon* Leur. Ciel et terre , réjouissez^yous ; justes qui combattez ici- bas ^ saints qui régnez dans là gloire, Esprits bienheureux qui vous prosternez devant PÉterneL, livrez-vous, à des transports d'alégresse. La précieuse dragme est retrouvée (Xuc« xv); la brebb revient au bercail; le pécheur est vaincu { Penfer mis en fuite ; Dieu triomphe*

Alors, mes frères , tous les penchans se re^» dressent et les affections s^épnrent. Le monde ' n^est plus rien pour nous^ et nous n'apparte-» nous plus au monde : on meurt à soi-même et Pon ne vit que pour Dieu. Pontife et vie* time 9 autel et temple , nous offronsetsommes offerts, et cVst au fond de noscœurs queDiea reçoit favorablement et consume Pholocauste de nos prières et de notre amour. Alors on ne cesse de croître, on se fortifie dans la grâce et la sainteté ( Eph. m) ; le Seigneur donne le vouloir, il donne le ^ire (Philip. 11 , i3)^ et Pon amasse de riches moissons pour le jour ^teruel. Alors quelque pardon que Ponpuisse

SUK LA COTiriAK€B EN DiEf . 221

obtenir j on pleure toujours ses fautes et Toa témoigne à Dieu plus de dévouement encore que Ton n^en eut pour le monde ou pour soi* même. Pierre que Jésus a regardé dans sa bonté devient la plus ferme colonne de PÉ* glise: il convertit et entraine à Dieu une mul'» titude de Juifs et de Gentils. (^Acté ii.) Ad-« mirez dans Augustin le plus parfait niodèle d'une charité embrasée : combien il s'afflige de yous avoir trop tard connu ^ trop tard aimé^ 6 Dieu! 6 beauté toujours ancienne, toujours nouvelle ! L'immensité de son zélé et Pabondâmce de ses œuvres couvrent le dérèglement et Popprobre de sa jeunesse première.

Rentrez, mesiréres , dans vos familles et Yoyez-y des retours heureux, des conversions inespérées, mais édifiantes, dont il vous faut rendre à Dieu les actions de grâces les plus vives. Que son joug est doux ! que son fardeaa semble léger à ceux qui traînaient aut¥efoi)^ des chaînes honteuses et qui vivent aujourd'hui sous l'eimpire de la vertu !

Voilà , mes frères , l'homme de la grâce et la créatui^e nouvelle en J.-G. , que j'oppose k l'homme de là nature et du péché. L'un nous apprend à connaître tonte notre faiblesse et l'excès de nos mbères ; l'autre nous manifeste la force et l'efEcace de notre Dieu.

Vous ne doutez pas , vous, ô vous pécheurs q\xi m'écoutez , qu'il ne puisse , ce maître sou-

2âa DISCOURS

^eraln des cœurs , embellir ainsi vOs âmes et TOas tirer de Tétat malheureux ou vous ètes^ ëtat qui tous plait mt)ins encore qu^il ne vous tourmente et ne tous déchire. Mais ^ajoutez* vous j il ne le veut pas. Qu'avez- vous dit?Ou- Trons les livres saints et nous y lirons que J.-G. nous aime 3 qu'il met eu nous ses complaisances comme son Père les met en lui ; qu'il nous ajme autant ^ atissi infiniment que son Père céleste Pa aimé. iSicut dilexit me Pater, et ego dilexi vos. (Joan. xv.) Et nous BOUS bornerions à trembler en sa présence !

nous ne voudrions pas tout espérer de sa bonté ! Nous y lirons que nous avons été si chers à sa tendresse qu'il n'a pas braint de sacrifier sa vie pour ses ennemis , pour nous tous : Pro omnibus mo/tuus est Christus.

Mais , ajoutez-vous encore , s'il est vrai qu^l nous aime, pourquoi sommes-nous toujours livrés & notre faiblesse et ne ressentons-nons pas les heureux effets de sa puissance que ' vous venez de décrire? Pourquoi mes frères?

Parce que vous fuyez un Dieu qui vous cherche ; vous résistez à l'impulsion qu'il vous donne. {^Act. vu , 5i. ) Pourquoi encore?

Parce que tous ne lui demandez passes grâces, ou vous lesdeÉaandez mal. Un trésor abon-»

dant est ouvert devant vous ; vous refusez d'y puiser , et vous vous plaignez d^être pauvjreâl H vous a dit le divin Sauveur qu'il fallait in-

SUR XA COKFtAKCÈ EÏT BXEtT. 2^3 terposet sa médiation saiate, que toat ce que •vous demanderiez au Père céleste en son nom avec une ferme confiance de l'obtenir, vous serait accordé {Luc. xi) : Amen, amen, dico ^fobis / si (juid petwntis Patrem in nomine meo,dabit'vohis. Il vous reproche de ne Ta* voir pas fait encore .: Vsqae modo non pe* tistis quidquûm. ( Joan. xvx y aS. ) Il voiii presse ) il vous invite , il vous engage à ne plus différer* O bonté infinie de notre Dieu qui ne cherche qu'à se communiquer, à se ré« pandre , et qui s'accroU toujours parce qu'elle donne ! Petite et aceipietis.

Pleifis de ces idées consolantes , connaissant d^une part votre faiblesse et de l'autre toute la force et l'amour de votre Dieu , jetez-vous , pécheurs, dans les bras de sa djvine miséri« torde. ( 1 Pet. Vj 7. ) Père tendre, il ne se retirera pas pour vous laisser tomber. Em-»

pruntez ici le langage des divines Ecritures et dites avec moi : ce Le Seigneur est mon refuge et et mou salut, qui craindrai-je? Dominas.,, « saias mea, quem timebo ( Ps. xxyi ) ? Le fcSeiçiieur ost le protecteur de ma vie , le <c Dîett puissant , le dispensateur des victoires «c e( des cofironnes ; je tûé^iAtCt^ avec son A secours deif milliers de cofebuttans et des « camps ennemis : Si consistant adversum p tnecctstra, non timèbo. Dût-il , ce grand irDteu , ce Dieu fort et terrible m'écraser

224 BISCOITRS

ce dans sa colère, je perdrai la vie avantres- «c pérance : Etiamsi occident me , in ipso « sperabo* »

Dites encore: C'est en vaîà , Seignear , que rennemi de votre gloire , le démon toarne.

sans cesse comme un lion rugissant pour me dévorer; c^est en vain que le souffle empoi* aonné du monde voudrait infecter en moi vos dons ; eu vain que la concupiscence enflamme celte terrestre moitié de moi-même , qu^elle veut aveugler mon esprit et pervertir mon cœur ; vous serez j, 6 mon Dieu j vous serez toujours à ma droite pour repousser les traits meurtriers qu'on me lance : ^ dextris est mîhi, non mo^ebor. (Ps« xv. ) Vous me sou«< tiendrez par votre grâce et vous me feres trouver jusques dans la tentation même de nouveaux mérites et de nouvelles forces poug attaquer à mon tour et triompher des enne* mis de mon salut : A dextns est mïbi, non mouebor.

O puissances des ténèbres , 6 esprits répandus dans les airs , assemblez- vous donc et vous serez vaincus : Congregamirit ef vincùnini^ accingite *vos et vincimini» (Is. vui, ^«) ÀTjnez-vous ^glaive de toutes les passions ^d^s/i exemples séducfeurs du monde fei vons sereft Tsincus. Redoublez d^efforts j dressez de noo* Teanx pièges; soulevez Punivers,; et vous ae*. ïezencore vaincus* Le Seigneur est ave«

ftim UL COKTIANCS SN BIETT. 225 qui sera contre moi? Ce n^est pas à un faible mortel que vous faites la guerre j c^est a Dieu même qui prend sa défense. Oui, rien au monde, la vie, la mort, le présent, Paveniri les principautés, les puissances, les adversités et les persécutions , Penfer entier ne sauraient me séparer de Païnour qui est en J.-G. notre Seigneur. {Hom. vin.) Je me donne à Dieuj }e me consacre irrévocablement à Dieu ] )^attends tout de la force et de la puissance de Dieu^ et ne veux soupirer qu^aprés Pheureux moment où la victoire étant consommée , je le verrai lui*mème, je le louerai, je Paimexai k jamais. Ainsi soit-il.

*a6 WULXS VS DISCOVB8

^»«i«i«»»g>iai« — — #■<>•<•■• — ••• — •••••• • — >•■•>•

Page 1