ANCIENNE MAISON ENGELMANB ET C
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INTRODUCTION
En publiant les plans et les détails relatifs à la Colonne Alexandrine, mon but a été de faire connaître en Europe un monument non moins remarquable par sa grandeur, que par la munificence du souverain qui en a ordonné l'exécution. J'ai pensé, en outre, que cet ouvrage pourrait être utile aux architectes et aux ingénieurs qui auront des travaux semblables à diriger, et qu'il ne serait pas sans intérêt pour les hommes instruits qui aiment les arts.
Chez les anciens comme chez les modernes, les peuples ont toujours senli le besoin de perpétuer par des monuments le souvenir des grands souverains, des grands hommes et des grands exploits. L'histoire, il est vrai, recueille les faits mémorables et se charge de les transmettre aux âges à venir; mais, en parlant au petit nombre de lettrés, elle est muette pour le commun des hommes. Les monuments, au contraire, sont une page toujours ouverte, où la foule peut puiser en tous temps la connaissance des événements passes, se pénétrer d'un juste orgueil à la vue des illustres exenqjles que lui ont légués de glorieux ancêtres, et s'enflammer, à cet aspect, du noWe désir de les imiter. ^
L'effet moral des monuments est de consolider le lien social, de rendre les hommes enthousiastes et fiers de leur pays, plus attachés à leurs concitoyens, plus expansifs pour leur postérité. La magnificence des monuments élève l'âme de ceux qui en approchent, et par un sentiment secret, qui n'échappe point à l'observateur, elle donne aux peuples qui les possèdent des idées plus grandes et plus généreuses. Les monuments excitent l'émulation, ils agrandissent le courage, ils inspirent la vénération. Le peuple assistera avec plus de respect à l'administration de la justice dans de beaux
M INTRODUCTION
palais, aux cérémonies religieuses dans de beaux temples. Le citoyen aimera davantage la cité enrichie par des monuments qui lui rappelleront les illustrations de sa patrie. Tout homme, à mesure qu'il acquerra les veilus sociales, se plaira dans de certaines idées de pureté, d'ordre, d'arrangement, (pii font désirer les beaux édifices; enfin, de tous les monuments des arts, les ouviages d'architecture sont ceux qui frappent le plus les yeux, et ils méritent qu'on leur apporte d'autant plus de soin que c'est par eux que l'on commence à prendre une idée du plus ou du moins d'intelligence d'une nation.
Il serait cependant difficile d'expliquer pourquoi, depuis plusieurs siècles, les nations les plus civilisées de l'Europe, parvenues à un si haut degré de prospérité par leurs connaissances profondes dans les sciences, sont restées bien au-dessous des anciens peuples sous le rapport des arts et surtout de l'architecture; tellement, qu'en considérant les vieux monuments qu'ont respectés les siècles, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître notre infériorité.
Les moyens que possédèrent les Égyptiens pour construire les pyramides, élever les obélisques, et ces i nnrnies colosses en granit de soixante pieds de hauteur, qui sont encore debout devant le palais d'Ûsyruandias, ne sont cependant pas perdus.
Pourquoi rester stationnaires, et nous contenter d'admirer les productions des temps anciens, lorsqu'en réunissant nos efforts, nous pouvons, sinon les surpasser, au moins les égaler.?
Quand Rome triomphante fit venir d'Alexandrie ses galères chargées des plus grands obélisques de l'Égypte et qu'elle les fit élever dans ses murs, Rome alors prouva au monde entier que rien n'est impossible à l'homme, lorsqu'il est dirigé par une volonté ferme et par le sentiment de sa propi'e grandeur.
L'on concevra facilement que, pénétré de semblables idées et enhardi par quelques antécédents, j'aie osé proposer et entreprendre l'exécution du monument consacré a la mémoire de l'empereur Alexandre 1". Plusieurs artistes auxquels on annonça que la place du Palais d'hiver avait été choisie pour le lieu où devait s'élever ce monument, ayant été, en conséquence, chargés par Son Altesse Sérénissime Monseigneur le prince Pierre de Wolkonsky, ministre de la maison de l'Empereur, de présenter un projet qui pût répondre aux vues du ' Souverain, j'eus le bonheur d'être admis au nombre de ceux qui devaient prendre part à ce noble concours. \ En réfléchissant d'abord sur l'emplacement que l'on avait déterminé, il me fut aisé de comprendre qu'un monument de sculpture, quelles que fussent ses proportions, ne pourrait jamais être mis en harmonie avec les vastes édifices destinés à l'entourer. Ce motif et le besoin de donner au monument un caractère de grandeur approprié à son objet, fixèrent mes idées sur un projet d'obel.sque. Voici comme je m'expliquais dans la note qui accompagnait mon travail. . Ce monument consisterait en un obélisque en granit, d'un seul morceau de quatre-vingt-quatre pieds, qui, élevé sur sa base, aurait cent onze pieds de hauteur totale. .
L'auteur du projet a fait choix d'un obélisque de préférence à tout autre monument par les considérations suivantes :
JJne roche de granit rouge, sans défaut, susceptible de recevoir le plus beau poli, ne le cédant en nen au plus beau granit d'Orient, se trouve dans la carrière de Pytterlaxe, près Frédéricsham au même endroit d'où ont été tirées les quarante-huit colonnes monolithes de l'église de Sainl-Isaac Lin entrepreneur expérimenté, le même qui a détache ces colonnes, offre d'extraire l'obélisque et de le transporter sur la place où il sera élevé, sans que la couronne ait aucune chance désavantaoeuse a cratndre. Cet entrepreneur possède sur les lieux les établissements nécessaires à l'exploitadon • s. on ajoute à ces considérations l'avantage inappréciable de se servir pour l'exploitation e^ a tatl e du mono .the, d'ouvriers déjà formés, et, sous le rapport de l'Lonomie d'employé ■es échafaudages, les tnstruments et toutes les machines dispendieuses qui ont ser i au Ïali
INTRODUCTION
des quarante- huit colonnes que Ton vient de citer, on ne saurait d.sconvenir que loecasion d entreprendre la construction de l'obélisque projeté ne soit arrivée
Lon sait l'effet merveilleux que produisaient les obélisques. Ces monuments, si simples et si prec,e„x par leur exécution, seront toujours considérés comn.e la production la plus parfaite de larch.teeture égyptienne. Bossuet fa.t le plus grand éloge de ces monuments, lorsqu'il dit que la pu.ssance romaine, desespérant d'égaler les Égyptiens, a cru faire assez pour sa grandeur d emprunter les obel.sques de leurs rois. Nous ajoutons que le délire des Romains pour ces monuments peut être justement apprécié par les frais énormes qu'ils firent pour les transporter à Rome, et lon en jugera en se rappelant que, pendant plusieurs années, une armée entière fut occupée a ce travail.
L'opinion de l'auteur du projet est donc, que la forme svelte d'un obélisque est celle qui lui paratt le m.eux convenir à la décoration de la place du Palais; sur une grande place un monument de sculpture ne peut que paraître petit, s'il n'est colossal; les colonnes triomphales et les obélisques la décoreront toujours mieux que tout autre monument quel qu'il soit
Ce premier projet n'ayant pas été adopté, je reçus l'ordre d'en présenter un second, en remplaçant 1 obeliS(|ue par une colonne. '
La colonne Trajane, ce type de ce que les hommes ont produit de plus beau dans ce genre se présenta naturellen,ent alors à mon esprit, et je devais, par suite, ainsi qu'on l'avait hit à Rome pour la colonne Antonine et à Paris pour la colonne de Napoléon, chercher à n,e rapprocher autant que poss.ble, du sublime modèle antique. Mais comment entreprendre de lutter avec les in.m.tables chefs-d'œuvre de sculpture qui le décorent. :> les plus habiles artistes de notre âge n'osera.ent le tenter. 11 fallait donc, ou se résoudre à ces imitations imparfaites qui ne servent qu'à déceler chez les modernes l'infériorité de lart, ou renoncer entièrement à ce genre de beauté, en compensant, s'il était possible, cette absence par un autre avantage qui imprimât au monument un caractère particulier de grandeur et de majesté. Ce dernier parti fut celui auquel je m'arrêtai.
De tous les monuments anciens et modernes qui rappellent le plus dignement la mémoire des ■ souverains auxquels ils ont été consacrés, la colonne Trajane est celui qui, jusqu'à ce jour, a obtenu le suffrage général des hommes éclairés, des savants et des artistes de tous les pavs.' La noble simplicité de ce monument, sa grandeur, la pureté de son exécution, la sublimité des sculptures dont il est orne, suffiraient seules à immortaliser Trajan, si les vertus de cet Empereur ne l'avaient placé au premier rang parmi les meilleurs princes de son temps. Cette colonne antique est devenue tout aussi classique que l'arc deSeptime Sévère et le portique d'Agrippa, lorsqu'il s'agit d'élever une colonne, un arc de triomphe ou le péristyle d'un temple.
Telles sont les causes qui me déterminèrent à donner à mon second projet quelque similitude avec la colonne Trajane, en remplaçant les sculptures en spirale de ce monument par un fût monolithe de 11 pieds de diamètre et de 8/, pieds de hauteur, tire du bloc de granit que j'ai signalé plus haut, et que, depuis treize ans, mes fréquents voyages en Finlande m'avaient fait remarquer.
Le 24 septembre 189.9, >a satisfaction d'apprendre par S. A. S. M" le prince Pierre de
Wolkonsky*, que mon projet avait été approuvé et confirmé par l'Empereur. Peu de jours après.
* C'est par ce ministre, altaclié dès l'enfance ,i la personne du Monarque défunt, el qui fui, jusqu',i sa dernière heure, le témoin constant de ses grandes et génc icuses vertus, que mes plans furent présentés a S. M. l'EMPiiBEua. Le vif et profond intérêt que cet illustre personnage n'a cessé de porter depuis à la construction et au perfectionnement du monument, n'a pas peu contribué à en assurer le succès.
INTRODUCTION
je reçus par la Commission instituée pour la reconstruction de l'Église cathcdiale de Saint- Isaac, l'invitation de m'occuper de la construction du monument consacre à la mémoire de l'empereur Alexandre 1".
Depuis cette époque, les plans de détails, les divers modèles et toutes les conditions pour déterminer IVxécution des travaux, ayant éle successivement adoptés, sans aucun changement, par MM. les Membres de cette Commission, j'ai pense que la meilleure marche que je pouvais donner à cette publication, m'était naturellement indiquée par l'ordre que j'ai suivi dans mes opérations; son contenu n'est donc qu'un relevé exact de mes journaux et la réduction fidèle des dessins qui ont servi à la construction du monument.
SOMMAIRE
Sa haute., totale, à partir du sol de la plaee jusqu'au so„.™et de la statue dont il " 1 o ' 1' sagenes, ou .54 pieds. En parallèle avee les colonnes de Trajan d'Anlin de P ' " f Napoléon, ce monument nuant i , aAntonm, de Pompée et de
triomphales ( v. la pl. 48).' P^Port.ons, peut se placer au premier rang parmi ces colom.es
La solidité des fondements étant la p,-emiére condition pour assurer la sf.bilité d'un éd f monument quelconque, l'on concevra facilempnf l„ • . , dim édifice ou d'un
.a colonne Alexandrin , laquer pa^ s Îture n' ff ''"'^ '^'^«'- P^'^^ ^e l'entreprise pour
sèment altérerait h he. ,t ' - P'-^'P^di^-'ai-'e , dont le moindre dévêr-
d.r.ger autrcnent que perpendiculairement et avec uniformité « etiets ne pussent, se
Je commençai par faire sonder le terrain, et je ne j..gcai pas nécessaire de pousser l'excavation au Àk de .7 p.eds; profondeur a laquelle je rencontrai une couche iranehc, d'un sable assez so idc Ce fot sur cette couche de sable que je commençai le pilotage
réihèreme V7' T °" " ^ ' P'^ P'^^'^^ Ils sont rangés
ntté cT ' V" "^" ^ 9 ''•■'"^ ™^ ^"P-fi- de 7 pieds carrés. Ces pifot
ont ctc enfonces au refus a a. p.eds de profondcr, au moyen de quatre sonnettes à déclic don le moutons en fonte pesa.ent chacun .,000 livres. Chaque sonnette élit servie par quatre chevaux
gênerai de Bethancourt, ma engage a en donner le dessin (v. la pl. 4); elles m'ont paru préférables a toutes celles dont je m'étais servi jusqu'alors. P P'ete.abits
Trois mois sccoulérent ppnflant le travail du pilotage, qui fut tcrininr le i5 mais i8io. Après cette opeiatioîi, le terrain était consolidé de telle sorte qu'avee une pince de 1er l'on avait de la peme a l'entamer. Un moyen sim|)le (ut employé pour le rercpage; je fis ralentir le jeu des pompes, et lorsque l'eau eut atteint la liauteur (pie je désirais, elle me fournit un niveau naturel cl sûi' pour marquer et couper les pieux. Ils furent ensuite déchaussés à 2 pieds de profondeur et entoures de gravois fortement comprimés. Le sol offrait alors un plateau uni et .solide qui laissait à découvert laào pilotis, au-dessiis desquels je fis placer, en gui.se de radier, une assise de granit. Cette assise, composée de liloes d'une forte dimension, forme la base inférieure des fondements; les granits en sont bien taillés, retournés d'équerre en leurs lits et joints, sans flaches ni moycs, et posés sans c ali s sur un lit.de ciment peu épais et bien bioyé. Lorsque cette assise fut terminée, l'on continua de la inciiie manière la construction du massif en granit, en ménageant une retraite de 17 jiieds pour la maçonnerie d'épaulement. Ce massif est composé de 12 assises en granit, dont la hauteur varie depuis 16 pouces jusqu'à 24. Les blocs des deux assises supérieures du massif sont cramponnes par des tenons en fer scellés avec plomb.
La maçonnerie qui entoure la eonstructiou en granit a été exécutée par assises de même hauteur en" moellons de roche, avec bain de ciment de chaux et de sable. Cliacpie assise a été battue à la hie. Cette maçonnerie est liée dans sa hauteur par trois assises en pierre de taille, et consolidée aux angles par des cijaines en granit et en pierre ( v. la pl. 23 ).
Au centre de l'assise supérieure du massif l'on a posé un bloc en granit de 7 pieds carrés, qui renferme dans son épaisseur un coffre en bronze contenant l'es médailles en or, en platine, en argent et en cuivre, qui ont été frappées en l'honneur de l'empereur Alexandre 1'" pendant son glorieux règne. Parmi ces médailles il en est une en platine qui représente le monument avec le millésime i83o, et porte au revers l'inséription : '
A^eKC.iH4py 6.i.iroc^oDeiiHOMy 6.inroAap»'in Poccin. (A ÀLEXANDnB LE BENI, LA RussiE BECONNAIBSAÎÎTE. }
Outre ces médailles, le coffre contient çncore une table en bronze doré, sur laquelle l'on a gravé l'inscription suivante :
lii. Abjo oTb PoavAccrna XpiicTODa
H.Tiato coopjTKeiiîe naMfiTiiiiKa
HiMnEPATOPy A^lEKCAH^Py 6.iaroAapiioio Poccieio, lia rpammiOMi, ociiofiaiiiii no.iojneiuioMii 19 ACHb tïonCpn i83o toaa.
Bii CanKTiieTeptiyprli.
ripii coopyn;ciiiii ccro nasiBTHitKa npe4ct4aT(^uiCTU0ua.)i. rpa(tii. lO. .AiiTra. 3acljAa.iii:
Kiin.ïL n. B0.1K011CK011, A. OAGiumi., Tpaipb n. Kyrai'icoDTî, H. F^aAKODi), A. KapGoiiiepi] , A QactLAi>>iuKOBl>.
Coopyweiiîc npoii.anoAiuocb
ApxiireKTopa ABrycniua Ac Moii4>cppa)iAa.
L'année de Notbb Seigneur 18.11,
A L'ESIPERiaiU AI,p\A\niUi
A S>iM-l'i;ii:i,M,i
PaiscE P. i>F. Wiir-KovsKi, A. Ou
Co.MTE P. KOU I AiSDFF, J. GlATK'