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TRÈFLE INCARNAT

TRÈFLE INCARNAT (Trifolium incarnalum L.)

Planche 17; graine, planche 27, fig. 29.

Autres noms français — Trèfle farouche, trèfle de Roussillon.

Noms anglais: Crimson Clover, Scarlet Clover, Italian Clover, German Clover.

Description botanique: Le trèfle incarnat est une plante annuelle, à forte racine pivotante, munie des nodosités caractéristiques à toutes les plantes légumineuses. De nombreuses tiges dressées naissent du collet de la racine et atteignent une hauteur moyenne de un à deux pieds. Elles sont de texture molle et couvertes de poils mous. Les folioles sont assez semblables de forme à celles du trèfle rouge commun mais elles sont plus courtes, plus larges, couvertes de poils courts et dentées à la partie supérieure. L'inflorescence est en capitule allongé, et a, avant de fleurir, une teinte vert bleuâtre, singulière. Le capitule qui a de un à deux pouces de longueur à son complet développement, contient un grand nombre de fleurs dont le développement se fait graduellement de la base au sommet. Les fleurs, de couleur écarlate ou rouge cramoisi, sont un peu plus longues que celles du trèfle rouge commun.

Distribution géographique: Le trèfle incarnat est propre à l'Europe, il se rencontre en France, en Italie, en Espagne et dans la vallée du Danube. Mais dans bien des cas on se demande si la plante est réellement sauvage ou si elle a échappé à la culture. Sa culture, longtemps limitée au nord de l'Italie, au sud de la France et aux régions des Pyrénées, se répand maintenant rapidement. La limite nord de cette plante qui était approximativement le nord de l'Italie avant que l'on eût commencé à la cultiver, a reculé depuis jusqu'au sud de la Suède. En Amérique il est cultivé dans presque tous les Etats de l'Union, spécialement au sud. Au Canada il est peu cultivé et on ne le trouve guère que dans le sud de l'Ontario et la Colombie-Britannique sauf comme plante-abri dans les vergers.

Culture: Le trèfle incarnat convient bien à tous les sols pauvres. Il le doit peut-être à ses fortes racines qui permettent aux plantes de puiser leur nourriture sur une grande superficie. Il produit de fortes récoltes sur les sols légers et sablonneux où le trèfle rouge ne prendrait pas. Il faut, toutefois, pour obtenir les meilleurs résultats

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que ces sols contiennent une quantité suffisante de chaux et d'humidité. Les sols sablo-argileux, riches en éléments nutritifs, lui conviennent particulièrement, et il y fait une végétation luxuriante si le climat est favorable. Il produit peu sur les sols lourds, argileux, froids et humides.

Végétation: Puisque le trèfle incarnat vient du sud de l'Europe, il est évident qu'il aime les climats chauds. A l'état sauvage la plante est une annuelle hivernante, c'est-à-dire que la graine germe en automne ou durant l'été et les jeunes plantes atteignent leur plein développement relativement tôt la saison suivante. Au Canada il ne résiste à l'hiver que dans les parties sud de la Colombie-Britannique. Même dans le sud-ouest de l'Ontario la graine semée tard donne des résultats peu certains. C'est donc la pratique générale de semer le trèfle incarnat de bonne heure au printemps et de rentrer la récolte la même saison. Bien qu'il préfère un climat chaud et qu'il fasse une pousse surprenante sur un sol sablonneux, le trèfle incarnat ne peut résister aux longues sécheresses. Il vient très bien dans les sols légers que l'on peut irriguer pendant la saison de végétation.

Valeur agricole: Le trèfle incarnat est très nutritif et peut être employé en foin ou en pâturage. Comme plante fourragère il est très utile dans les assolements de courte durée ou dans les vergers car il produit beaucoup de fourrage vert et les racines s'enfoncent profondément dans le sol.

Fourrage: Tous les bestiaux sont friands du foin de trèfle incarnat et l'on prétend qu'il convient tout particulièrement aux animaux dont on exige un pénible travail. Comme tous les autres trèfles c'est au moment où il est en fleurs qu'il possède sa plus grande valeur nutritive, et quand on veut en faire du foin on ne devrait pas attendre que la floraison soit passée. Les boutons ont un grand nombre de poils assez longs et qui sont doux et inofïensifs tant que les fleurs ne se sont pas ouvertes. A la floraison, ces poils deviennent raides et peuvent causer de graves indigestions. On a donc appris par l'expérience qu'il vaut mieux couper le trèfle incarnat un peu avant que toutes les fleurs se soient ouvertes. On le récolte de la même façon que le trèfle rouge.

Pâturage: Dans les régions où l'hiver est assez doux pour que l'on puisse semer le trèfle incarnat vers la fin de l'été, on peut le faire paître le même automne et de nouveau le printemps suivant. Lorsque

Planche 18

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le climat, comme dans le sud-ouest de l'Ontario, exige que l'on sème au printemps, le pâturage doit être limité à une saison. Dans les parties de l'Ontario où l'on cultive le trèfle incarnat on l'emploie en pâture pour les porcs. On met de quinze à vingt livres de graine à l'acre.

Graine: Les plantes de trèfle incarnat produisent un grand nombre de capitules qui contiennent de nombreuses fleurs. Il se forme donc généralement une grande quantité de semence. Mais il faut que la température soit favorable pendant la récolte car la qualité de la graine est affectée par la pluie. Les graines tombent facilement et il est bon de couper lorsque les capitules sont humides de rosée, de manier la récolte avec le plus grand soin et de la battre aussitôt que possible. La récolte moyenne est de quatre à cinq boisseaux à l'acre.

Qualité de la graine: La graine du trèfle incarnat est beaucoup plus grosse que celle du trèfle rouge. Elle est ovoïde, bien nourrie, brun jaunâtre luisant, à teinte orangée. Le poids légal est de soixante livres au boisseau.

TRÈFLE ROUGE. {Trifolium pratense L.)

Planche i8; graine, planche 27, fîg. 30.

Autres noms français: Trèfle des prés, petit trèfle rouge, trèfle rouge ordinaire.

Nom anglais: Red clover.

Description botanique: Le trèfle rouge est principalement bisannuel. L'année des semis il ne se produit que des feuilles et des tiges courtes, mais pas de fleurs. La deuxième année, des fleurs se développent, la graine se forme, puis la plante meurt après avoir mûri. De même que dans la plupart des plantes bisannuelles la racine est pivotante, c'est-à-dire que l'unique racine principale s'allonge en descendant et produit de nombreuses branches latérales. C'est sur ces branches que se développent les petites nodosités rondes, en forme d'oeufs, qui contiennent les bactéries nécessaires au développement de la plante. A partir de l'extrémité supérieure de la

racine, qui est généralement élargie et que l'on appelle le collet, se forment des bourgeons plus ou moins nombreux d'où naissent des tiges feuillées. Ces tiges ont en général de six pouces à deux pieds de hauteur, elles sont nettement dressées ou ascendantes et viennent d'une base couchée; cette dernière forme est la croissance normale des tiges qui se développent de la marge extérieure du collet. Les tiges sont généralement rameuses au-dessus du milieu et les feuilles sont simples à chaque épi. Les trois folioles dont chaque feuille se compose sont oblongues ou ovoïdes et généralement marquées d'une tache blanche de forme et de grosseur variables. Les stipules, (voir page 17) attachées à la base de la queue des feuilles sont triangulaires à la base et se resserrent soudainement en une pointe alénée. Cette forme particulière est une caractéristique qui permet de distinguer facilement le trèfle rouge du trèfle intermédiaire ou trèfle Zigzag* (Trifolium medium L.) auquel il ressemble beaucoup et avec lequel on le confond assez souvent. Les stipules du trèfle Zigzag sont étroites dans toute leur longueur. Les fleurs du trèfle rouge sont en capitule épais d'environ un pouce de diamètre à son entier développement. Elles varient de rouge vif à pourpre mais sont parfois blanches.

Biologie de la fleur: Si on isole le trèfle rouge au moment de la floraison de façon à ce que les insectes ne puissent avoir accès aux fleurs, aucune graine ne se formera car le pollen ne peut être transporté d'une plante à l'autre que par les insectes. Les bourdons qui visitent les fleurs pour en obtenir le nectar montrent beaucoup d'activité dans ce transport du pollen. Les fleurs de trèfle rouge sont très sensibles au toucher; lorsqu'un bourdon en quête de miel introduit sa langue jusqu'au fond d'une fleur entièrement développée il touche les étamines et le pistil qui, à ce contact, se projettent brusquement au dehors de la fleur, comme mus par un ressort, et frappent le corps de l'insecte que les étamines saupoudrent de leur pollen. Notons ici que le pistil se projette un peu plus loin que les étamines et frappe l'insecte avant elles. Ce fait, en apparence insignifiant, a son importance, car il faut, pour que le pistil d'une fleur de trèfle rouge soit fécondé, qu'il reçoive le pollen d'une autre fleur. En d'autres termes, le trèfle rouge est auto-stérile. Le pollen d'une fleur est incapable de féconder le pistil de sa propre fleur. Mais en touchant l'insecte le premier, le pistil se recouvre du pollen que l'insecte a déjà recueilli sur d'autres plantes, et ainsi la fécondation croisée est assurée.

* Le trèfle Zigzag ainsi appelé à cause de la courbure en zigzag de ses tiges a des feuilles beaucoup plus étroites que le trèfle rouge. C'est une plante vivace, commune en Europe où elle pousse le long des bois et dans les clairières. Le trèfle rouge vivace de Simpson de l'Ile du Prince-Edouard et le trèfle chiendent des Provinces Maritimes appartiennent à cette espèce.

Règle générale, l'insecte porte assez de pollen recueilli sur les différentes plantes pour que le pistil puisse en recevoir. Mais il arrive parfois qu'une seule visite ne suffit pas. Aussi, pour donner aux fleurs toutes les occasions d'être fécondées, la nature a fait en sorte que chaque fleur de trèfle rouge soit visitée à maintes reprises par des insectes. Dans la luzerne chaque fleur n'a qu'une chance d'être fécondée (voir page 126), car les étamines et le pistil, après l'explosion de la fleur, ne retournent pas à leur position primitive. Mais une fleur de trèfle rouge a beaucoup d'occasions, car le pistil et les étamines ne se lèvent qu'un instant, après quoi ils retournent à leur position primitive. Ils ne perdent pas leur sensibilité après la première visite d'un insecte. Une deuxième visite aura le même effet. Et tant que le pistil reste en état de recevoir le pollen, il a des chances d'être convenablement fécondé.

A l'exception de certains papillons, les bourdons sont les seuls insectes dont la langue soit assez longue pour atteindre le nectar au fond du tube de la fleur. Les apiculteurs n'ignorent pas que l'abeille ordinaire ne peut récolter le miel du trèfle rouge parce que sa langue est beaucoup trop courte. Cependant elle est également très utile dans la fécondation, car, si elle ne peut atteindre le miel, elle peut arriver au pollen qu'elle ramasse pour en faire du pain pour les abeilles. En ce faisant elle vient en contact avec le pistil et contribue ainsi à la fécondation.

Après que la fleur est fécondée, il se forme une petite gousse droite qui contient une graine. Quand cette graine est bien mûre, la partie supérieure de la gousse, qui sert de couvercle, tombe et la graine peut sortir.

Le trèfle rouge et toutes les autres espèces du genre Trifolium se comportent d'une manière assez singulière après avoir fleuri. Leurs fleurs ne tombent pas, mais elles restent fanées sur le capitule pendant toute la saison, ce qui donne aux capitules mûrs leur aspect brun caractéristique. Cette singularité fait qu'il est facile de distinguer le genre Trifolium du genre Medicago, les fleurs de ce dernier n'étant pas persistantes. Les gousses de la luzerne et d'autres espèces de Medicago sont visibles pendant la maturation tandis que celles du trèfle rouge et d'autres espèces de Trifolium ne sont pas visibles.

Distribution géographique: Le trèfle rouge est propre à l'Europe, au sud-ouest de l'Asie, à certaines parties de la Sibérie et au nord de l'Afrique.

Historique: Il a été introduit dans la culture à une date relativement tardive. On le cultivait aux quinzième et seizième siècles

en Italie et en Espagne. Il a été introduit d'Espagne en Hollande au seizième siècle et de là s'est propagé en Angleterre pendant la première moitié du dix-septième siècle. Le nom anglais est dérivé du mot hollandais "Klafver". Il a été introduit dans l'Amérique du nord pendant la dernière décade du dix-huitième siècle.

Culture: Venant de la zone tempérée le trèfle rouge convient surtout pour les régions où les étés ne sont pas trop chauds ni les hivers trop rigoureux. Malgré ses racines assez profondes, la plante souffre des sécheresses longues et persistantes. Il lui faut assez de pluie pendant la saison de végétation pour qu'elle puisse fleurir toute la saison. Comme le trèfle rouge est assez cosmopolite on en a tiré un grand nombre d'espèces adaptées aux différents climats. Pour un climat du nord comme celui du Canada, la rusticité est le facteur le plus important. Le trèfle rouge du Chili et les autres variétés qui ont pris naissance dans les pays à climat doux sont invariablement détruites par l'hiver au Canada, même dans le sud de notre pays. Il importe donc de se procurer de la graine qui vienne du nord. On devrait toujours donner la préférence à la graine cultivée en Canada, parce que la graine produite au pays donne en général les meilleurs résultats.

Sol: Le trèfle rouge peut être cultivé avec succès sur bien des sols, mais particulièrement sur les sols gras, argilo-sableux, qui contiennent une certaine quantité de chaux et beaucoup d'humus. Les terres sablo-argileuses lui conviennent également, surtout celles qui ont un fond de chaux, mais en règle générale il préfère les sols plus lourds. Il vient même sur les argiles lourdes pourvu que le sous-sol soit ouvert. De même que pour la luzerne, le développement du trèfle rouge dépend, dans une large mesure, de la nature du sous-sol. Il faut que celui-ci soit ouvert et bien égoutté. L'eau stagnante à la surface ou près de la surface lui nuit beaucoup. Les terres saturées d'eau ne renferment pas assez d'air pour entretenir la respiration des racines et sont en mauvais état physique pour affronter les gels et les dégels alternatifs du printemps. On sait que l'eau augmente de volume en se changeant en glace; or les sols qui sont saturés d'eau à la surface se soulèvent en gelant, entraînant avec eux les parties supérieures des plantes. Or, comme les racines inférieures sont ancrées dans le sous-sol et qu'elles ne peuvent prendre part à ce soulèvement, elles s'allongent et parfois se rompent. Les effets désastreux des gels et des dégels alternatifs montrent bien qu'un des facteurs les plus essentiels au succès dans la culture du trèfle est le bon égouttement du sol.

TRÈFLE ROUGE. Ill

Végétation: Le trèfle rouge, qui est bisannuel, consacre sa première saison de végétation à développer ses racines et à se fortifier pour affronter l'hiver. Il produit donc une forte racine pivotante qui, dans des conditions favorables de sol et de température, pénètre à une profondeur considérable. Les parties aériennes de la plante se composent d'abord de quelques tiges courtes et droites qui portent des feuilles mais pas de fleurs. Plus tard dans la saison il se produit des rejetons courts et feuilles, généralement couchés à plat sur le sol, et que l'on appelle les touffes d'hiver. En même temps la racine pivotante se met à se contracter jusqu'à ce que sa longueur originale soit réduite d'au moins dix pour cent. Comme l'extrémité de la racine est fermement ancrée dans le sol il en résulte que les parties aériennes de la plante sont tirées en bas. Ce procédé, que l'on observe dans d'autres plantes, comme les carottes et les panais, a évidemment pour but de mettre les tiges et les feuilles en contact étroit avec le sol où elles sont mieux protégés contre la gelée et les vents. Au commencement du printemps de la deuxième année, les branches des touffes d'hiver forment des tiges florifères, lesquelles, si elles ne sont pas coupées ou broutées, produisent des graines et meurent vers la fin de l'automne. Ainsi la grande majorité des plantes de trèfle sont bisannuelles. Il existe cependant des types de trèfle rouge qui montrent une tendance manifeste à vivre plus longtemps, surtout si on empêche les plantes de monter à graine par des fauchages répétés ou un pâturage continuel. Le mieux connu de ces types vivaces est le trèfle Mammouth ou grand trèfle rouge.

Valeur agricole: Aucune plante fourragère n'est aussi précieuse à l'agriculture que le trèfle rouge. Il le doit, non seulement à sa valeur nutritive, presque sans égale, mais aussi à sa valeur fertilisante. On sait en effet qu'il engraisse les sols et en améliore la texture. Nulle autre plante fourragère légumineuse ne l'égale sous ce rapport.

Fourrage: C'est quand il est en fleur que le trèfle rouge a le plus de valeur nutritive. Il devrait être fauché au moment où les capitules commencent à brunir. Coupé tard, les tiges sont coriaces, elles ont perdu leur succulence et la valeur du foin est bien diminuée. La qualité du foin dépend dans une grande mesure du mode de fanage adopté. Des manutentions peu soigneuses causent une perte de feuilles. L'exposition à la pluie ou aux fortes rosées décolore le foin, lui enlève son arôme et réduit sa valeur nutritive. De même, une exposition trop prolongée au grand soleil le rend moins nourrissant. Dans le

fanage du trèfle rouge on devrait employer des méthodes dans lesquelles le séchage se fait autant que possible par les vents.

Pâturaée: Il est peu de légumineuses qui surpassent le trèfle rouge comme plante à pâturage. Tous les animaux de la ferme en sont friands. Comme les jeunes plantes de trèfle sont très délicates et qu'il est nécessaire qu'elles soient vigoureuses au commencement de l'hiver on fera bien, dans les provinces des prairies, de ne pas faire paître le trèfle rouge l'année où il a été semé. Dans certaines parties de l'Ontario oij la végétation peut être un peu trop forte vers la fin de la première année, on fait généralement pâturer les champs. On se règle pour cela sur les conditions. Un pâturage trop prolongé en automne ou trop au ras du sol par des moutons, peut affecter la récolte suivante. La deuxième année on peut commencer à faire pâturer au début du printemps et continuer jusqu'à la fin de l'automne. Quand on met des bovins et des moutons dans un champ de trèfle rouge la météorisation est à craindre, surtout si l'herbe est humide de rosée et que les animaux se mettent à paître avec l'estomac vide.

Semis pour prairies et pâturages: Dans l'Ontario on sème toujours le trèfle rouge sur sol ombragé, c'est-à-dire avec une planteabri. Dans les provinces des prairies la plante-abri fait plus de mal que de bien et l'on ne doit pas s'en servir. Tel est, du moins, le résultat des essais faits aux fermes expérimentales du Manitoba et de la Saskatchewan, particulièrement à Indian-Head. Dans un climat sec ou sur des sols secs la plante-abri, par l'eau qu'elle enlève au sol, dépouille les plantes plutôt qu'elle ne les protège. Il en résulte que les plantes de trèfle sont faibles au commencement de l'hiver et plus sujettes à être détruites par la gelée. Quand on sème le trèfle rouge seul on met de dix à douze livres de graine à l'acre.

Graine : Il se produit très peu de graine de trèfle rouge au Canada à l'exception du sud-ouest de l'Ontario. La question de savoir si un champ de trèfle rouge peut être utilisé pour la production de la graine dépend des conditions. Si celles-ci sont favorables on laisse généralement monter à graine le champ entier ou certaines parties du champ. Le succès dépend de bien des facteurs. Si, vers la fin de l'été, lorsque la maturation s'opère, le temps est pluvieux, il est beaucoup plus difficile d'obtenir de la bonne graine que lorsque le temps est chaud et sec. Les sols froids et lourds qui donnent une végétation luxuriante conviennent mal en général pour la production de la graine. Les meilleurs sont les sols sablo-argileux qui contiennent une abondance

de chaux et une bonne provision de potasse et de phosphate. Une bonne levée de trèfle améliore la qualité du foin mais ne produit qu'une faible quantité de graine. Une récolte relativement claire donne un rendement plus élevé et la graine produite est de meilleure qualité. Pour la production de la graine on doit donc semer plus clair que lorsque l'on veut établir un pré à faucher ou un pâturage.

La première coupe de trèfle rouge donne un faible rendement de graine parce que les bourdons qui fécondent les fleurs sont moins nombreux au commencement de l'été que vers la fin. Pour cette raison on coupe la première pousse pour la convertir en foin ou on la fait pâturer, et on laisse la deuxième pousse produire de la graine. En coupant ou en faisant paître la première pousse on arrête la végétation des mauvaises herbes et l'on obtient un regain plus propre.

Pour la production de la graine on coupe le trèfle rouge lorsque la plupart des capitules ont bruni et que les tiges commencent de sécher. A ce moment la majorité des graines sont mûres et ont une couleur foncée. Si l'on coupait plus tôt, on aurait une plus forte proportion de graines non mûres et retraites, la vitalité serait faible et la couleur et l'aspect généralement inférieurs. On peut couper à la faucheuse ordinaire. Les capitules et les fleurs se détachent facilement au cours des manutentions peu soignées, surtout si le temps est sec et chaud. Le battage doit se faire par un temps froid et sec car il est difficile de séparer les graines des gousses lorsqu'il fait humide.

Qualité de la graine: La graine de trèfle rouge ordinaire de commerce a une couleur variée, quelques graines sont jaunes, d'autres pourpres, d'autres claires à un bout et foncées à l'autre. Dans quelques échantillons c'est la couleur claire qui domine; dans d'autres, au contraire, les graines foncées sont les plus communes. C'est une croyance populaire que les graines de couleur claire ne sont pas bien mûres et que les échantillons qui renferment une forte proportion de ces graines sont de qualité inférieure. C'est là une erreur. Toutes les graines provenant d'une même plante ont la même couleur générale. Dans quelques plantes toutes les graines sont jaunes, dans d'autres elles sont violet-foncé et dans d'autres encore de deux couleurs uniformes. Les graines d'un jaune clair sont tout aussi mûres que les graines d'un pourpre-foncé. Le mélange des couleurs dans un échantillon commercial n'indique donc pas que les graines ne sont pas uniformément mûres; il indique simplement que l'échantillon se compose de graines de différents types et que chaque type

a sa propre couleur. Quoique les graines plus foncées soient plus recherchées, il ne faudrait pas juger de la valeur d'après la couleur car les types de plantes les plus désirables peuvent avoir des graines d'un jaune pâle.

La bonne graine de trèfle rouge devrait être lustrée et ne contenir qu'une faible proportion de graines retraites, ou imparfaitement développées. Le poids légal est de soixante livres au boisseau.

Impuretés: La graine de trèfle rouge contient trop souvent des graines de mauvaises herbes dangereuses. Les plus à craindre sont l'herbe à poux, le silène noctiflore, le silène enflé, le chardon du Canada, la bardane et le plantain. D'autres herbes moins dangereuses sont la prêle, le chou-gras, la persicaire, le plantain pâle, la sétaire jaune et l'oseille de brebis.

Maladies: Le trèfle rouge a beaucoup d'ennemis. Les insectes causent parfois de grands dégâts dans les cultures de cette plante. Les charançons et autres insectes se nourrissent de ses feuilles et le ver perceur de la racine attaque les racines. Ce dernier, qui, heureusement, n'est pas très répandu au Canada mange la partie centrale des racines; c'est un fléau sérieux partout où il abonde. La mite du trèfle qui se nourrit des jeunes graines cause fréquemment de grandes pertes. Partout où elle se trouve en nombre menaçant il faut faire paître le trèfle ou le couper de bonne heure.

Diverses sortes de cuscutes vivent sur le trèfle rouge. Les sortes que l'on trouve dans les graines commerciales varient suivant l'endroit où la semence a été produite. La cuscute la plus fréquemment introduite au Canada est celle qui vient avec la graine de trèfle rouge du Chili. Cette cuscute (dont le nom latin est Cuscuta racemosa Mart. var. chiliana Engelm.) est très différente de la cuscute de la luzerne (voir page 132). Il est vrai que toutes les cuscutes se ressemblent mais leurs effets sur les plantes sont très différents. La cuscute du Chili, par exemple, très répandue dans les districts producteurs de graines de l'Ontario, semble incapable de s'établir et ne fait donc presque pas de mal. Mais d'autres espèces de cuscutes peuvent s'introduire et nuire à la culture du trèfle.

Fauchez votre foin au bon moment, surtout n'attendez pas qu'il soit trop tard. Fauchez avant que la graine ne soit mûre. — Caton. 95-46 A.J.C.

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