‹ Plantes fourragères prairies et pâturagesChapitre 3 sur 40 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

LES débuts de la civilisation sont étroitement liés à ceux de l'agriculture. L'histoire nous apprend que les nations, après avoir longtemps sommeillé dans les ténèbres du barbarisme, dans un passé enveloppé de mythes et de légendes, en sont sorties un jour pour s'avancer lentement vers des ideals plus élevés. Or, toujours ce réveil était associé à un progrès dans la culture du sol. Il est donc exact de dire que l'agriculture est le point de départ des progrès de l'humanité; le degré de perfection qu'elle atteint dans un pays quelconque dépend du climat de ce pays et des facultés naturelles du peuple qui l'habite. C'est principalement à cause des conditions de climat que certaines tribus sont encore nomades et mènent une vie errante, tandis que d'autres se sont établies à demeure. Dans les parties tempérées du globe, où les céréales et autres plantes viennent aisément, l'agriculture est beaucoup plus ancienne que dans les régions reculées vers le nord, moins favorisées au point de vue du climat.

Au début on ne cultivait que ces plantes qui pouvaient servir à la nouiriture de l'homme ; les prairies et les herbages naturels suffisaient aux animaux domestiques. De nos jours même il y a encore de grandes superficies où l'on ne s'exerce aucunement à obtenir des fourrages, mais à mesure que la population devient plus dense, la culture djs céréales pour l'alimentation de l'homme augmente et la valeur de la terre s'accroît. Les herbages naturels disparaissent graduellement et le cultivateur doit se mettre en quête d'autres plantes pour alimenter ses bestiaux pendant les différentes saisons. C'est dans les régions tempérées, où les animaux ne peuvent paître pendant l'hiver, que la culture des plantes fourragères a atteint son plus grand développement.

Les prairies artificielles sont d'origine beaucoup plus récente que la culture des céréales. Les plus anciennes que l'on connaisse nous viennent des Romains. Les trèfles, qui en forment la partie la plus essentielle, ne sont devenus d'emploi général que vers la fin du seizième siècle. Depuis lors l'importance de ces plantes a été de mieux en mieux comprise.

Deux groupes de plantes sont employés dans la production des fourrages et des herbages, savoir: les graminées et les légumineuses, qui représentent deux grandes familles botaniques désignées respectivement sous ces mêmes nom. Toutes les plantes étudiées dans ce volume, à l'exception de la navette, appartiennent à l'une ou à

l'autre de ces familles. La navette appartient à la famille de la moutarde, Crucifère.

GRAMINEES.

Nom: On comprend souvent parmi les graminées certaines plantes comme les laîches et les carex qui, au point de vue botanique, n'ont aucune des caractéristiques des vraies graminées. D'autre part, beaucoup de gens ne considèrent pas que le maïs et le millet sont de vraies graminées. En agriculture, on fait une distinction entre les céréales et les graminées mais en botanique cette distinction ne saurait exister: le seigle, l'orge, l'avoine et le blé sont des graminées tout aussi bien que la fétuque des prés, l'agrostide et le mil (fléole des prés).

Graine: Si nous coupons avec un couteau tranchant un grain de blé d'Inde (maïs) parallèllement à sa surface la plus large, nous trouvons qu'une grande partie de ce grain se compose d'une masse blanche ou jaune, ne contenant aucune structure visible à l'œil nu. La partie du grain qui, dans la figure I, est marquée "End" est appelée endosperme ou albumen; elle fournit de la nourriture à la jeune plante. Le reste du grain est de couleur terne, on y distingue trois sections à l'œil nu. C'est l'embryon ou la jeune plante avant la germination. Il se compose du cotylédon (fîg. I Cot.) qui est situé près de l'endosperme, d'un bourgeon ou "gemmule" (fîg. I. B.) d'où naissent la tige et les feuilles de la plante en germination, et d'une radicule (fîg. I Rad.) d'où part la première racine. La partie située entre la radicule et la gemmule est la tige de l'embryon.

Fig.U

Grain de maïs fendu par le milieu.

Quatre fois la grosseur naturelle.

End. — Endosperme.

C<X.— Cotylédon.

B. — Bourgeon.

Rai. — Radicule.

il passe à l'embryon pernie; il reste caché

Germination: Lorsque le blé d'Inde

germe, le cotylédon fait l'office de suçoir,

la nourriture qui se trouve dans l'endos-

dans le grain pendant la germination.

GUAMINÉES. 9

Les autres parties de l'embryon deviennent bientôt visibles, la radicule se transforme en racine et la gemmule étale bientôt quelques feuilles vertes. La racine primaire meurt peu après; elle est remplacée par des racines secondaires qui naissent des parties basses de la tige. Cette description représente, dans ses lignes principales, la germination de toutes les graminées.

Racine: La plupart des plantes de prairies ou d'herbages sont vivaces, c'est-à-dire leurs parties souterraines survivent d'une année à l'autre. Ces parties qui survivent se composent de tiges souterraines d'où naissent des racines et des tiges aériennes. Parfois ces tiges souterraines courent dans le sol, avec de longs entre-nœuds, alors les tiges aériennes paraissent clairsemées et toute la plante forme un tapis plus ou moins étendu, comme dans le cas de la fétuque rouge. Dans d'autres cas les entre-nœuds sont très courts, les tiges aériennes sont alors très près l'une de l'autre et la plante pousse en touffes, comme la fétuque ovine. Ce type est spécial à certaines espèces, mais il peut être modifié par les conditions du sol. Par exemple, un sol ferme et compact s'oppose au développement des tiges souterraines et la plante pousse plus ou moins en touffes. D'autre part, les plantes qui ont l'habitude de pousser en touffes forment des touffes plus ouvertes dans les sols légers et peu compacts que dans les argiles lourdes.

Tige: Les tiges des graminées, généralement appelées chaumes, sont creuses, à l'exception de celles du blé d'Inde qui sont pleines, mais elles sont bouchées, à intervalles, par des parties renflées, de diverses couleurs, que l'on appelle nœuds ou jointures. La partie de la tige comprise entre deux nœuds est appelée entre-nœud. Immédiatement au-dessus du nœud une petite partie de la tige reste molle et continue à pousser pendant presque toute l'existence de la plante, mais la partie supérieure de l'entre-nœud durcit rapidement et cesse de croître. Cette disposition permet aux tiges encore jeunes de se redresser lorsqu'elles ont versé sous l'effet des pluies et des vents.

Feuilles: Les feuilles se composent de deux parties distinctes. La plus basse entoure les tiges comme un étui, généralement ouvert le long d'un côté; c'est la *gaine'. La partie supérieure, appelée 'limbe' est généralement longue et étroite. Quand les plantes ont une quantité suffisante d'humidité, les limbes sont plats; pendant une sécheresse ils sont souvent enroulés, hérissés, et tournent le dessus vers l'extérieur. La plante peut donc avoir des feuilles roulées pendant une sécheresse excessive et des feuilles plates lorsque l'humidité redevient abondante dans l'air ou le sol. Comme l'humidité obtenue par les racines s'évapore principalement par la surface inférieure des feuilles, cet enroulement des feuilles pendant une sécheresse a pour but de prévenir la perte d'humidité et d'empêcher la plante de mourir de soif. Lorsque le limbe est attaché à la gaine, il y a généralement un appendice mince, membraneux, de forme et de dimension variables, appelé 'ligule' (fig. 2 L.).

Fig. i. — Gaine ou partie inférieure d'une feuille de mil.

Grosseur naturelle.

Page 1