GRAMINÉES
l'automne, lorsque la température est favorable, conviennent tout particulièrement pour les pâturages car elles résistent au piétinement et fournissent une nourriture verte toute la saison. D'autre part elles ne valent pas grand chose pour faire du foin car la plupart des feuilles sont assez près de terre. Le mil (fiéole des prés) et les herbes de ce genre sont moins bonnes pour les pacages, car leur croissance en touffes et leurs racines traçantes les exposent à être déracinées ou du moins à souffrir du piétinement, mais ce type de graminée fournit un foin excellent.
Le développement et la durée d'une herbe sont également des facteurs importants. Il en est qui se mettent à pousser très tôt au printemps et qui sont précieuses lorsqu'on a besoin de foin ou de pâturage hâtifs. D'autres commencent tard, poussent assez lentement et conviennent pour la production de foin ou de pâturages tardifs. Quelques herbes durent peu et meurent après la première ou la deuxième année: le ray-grass italien, par exemple, peut servir dans un assolement de courte durée, mais il ne vaut rien pour un pâturage permanent. La plupart des herbes vivaces atteignent leur complet développement la deuxième ou la troisième année après avoir été semées et sont utiles lorsqu'on désire établir une prairie ou un herbage permanent.
Il est rare que l'on cultive une variété seule, à moins que ce soit pour la production de la graine, car les mélanges de graminées ou de graminées et de trèfles donnent généralement un rendement plus élevé et de meilleure qualité. Par exemple le dactyle pelotonné est généralement cultivé avec d'autres variétés; cultivé seul, il fournirait un fourrage grossier, peu digestif et peu savoureux. Pour obtenir le plus gros rendement possible de bon fourrage, on emploie donc des mélanges qui donnent la plus grande quantité possible de foin ou d'herbe de la plus haute valeur nutritive.
Pour obtenir un fort rendement, il ne suffit pas de choisir ces herbes qui produisent beaucoup lorsqu'elles sont cultivées seules; il faut encore qu'elles soient adaptées au sol et au climat, qu'elles s'accordent ensemble et qu'elles utilisent au mieux possible chaque pouce de terrain. Quand on désire avoir du foin, la valeur du mélange ne dépend pas seulement de la valeur des herbes prises séparément mais aussi du fait qu'elles mûrissent ensemble. Un mélange idéal se compose d'espèces qui arrivent à floraison en même temps. Pour le foin, on fauche généralement au début de la floraison. Si l'on cultivait ensemble des espèces très hâtives et très tardives, le rendement serait relativement faible et la qualité du foin inféreure. Le sol, la chute de pluie et d'autres facteurs déterminent les sortes que l'on doit employer.
On cultive souvent les trèfles avec les graminées; ce mélange donne une nourriture mieux équilibrée et n'appauvrit pas autant le sol que les graminées seules, qui exigent beaucoup d'engrais. Une tonne de foin de mil contient environ dix-huit livres d'azote, six livres et demie d'acide phosphorique et vingt-huit à trente livres de potasse; c'est là un peu plus que n'apporte à la terre une tonne de fumier de ferme frais ordinaire. Si l'on n'applique pas d'engrais chimiques, il est évident que la culture continue du mil épuisera rapidement le sol; il en est de même, d'une façon générale, des autres graminées. Les plantes légumineuses (voir page 20) sont très précieuses parce qu'elles accumulent l'azote de l'air et améliorent le sol. Les trèfles apportent de l'azote au sol et maintiennent ainsi une partie de sa fertilité.
Ces plantes appartiennent à une nombreuse famille, d'un type distinct, appelée Leguminosœ. Elle comprend les pois, les vesces, les fèves, le trèfle rouge, le trèfle d'alsike et la luzerne, c'est-à-dire les plantes que le cultivateur appelle communément des légumineuses et des trèfles. Dans son acception habituelle, ce terme comprend les trèfle rouge, trèfle d'alsike, trèfle blanc, trèfle incarnat, luzerne, minette, mélilot et autres plantes légumineuses. Mais au point de vue botanique, les quatre premiers seulement sont des trèfles, au vrai sens du mot, c'est-à-dire ils appartiennent au genre Trifolium tandis que la minette, la luzerne et le mélilot appartiennent à un autre genre.
Graine: Quand on fend une fève ou un pois, on constate que les deux moitiés semblent n'être retenues ensemble que par l'enveloppe de la graine. L'une d'elle (fig. 5) ■à^- a une surface lisse, plus ou moins " •^- luisante, sur laquelle aucune texture l- Sùu/. spéciale ne se révèle à l'œil nu. L'autre moitié porte, près de son extrémité supérieure, un organe singulier, composé é^. de deux parties distinctes. La partie de dessus est un bourgeon (fig. 5 B) qui correspond à une formation semblable dans l'embryon des graminées (voir page 8). La partie de dessous, Fig 6. Fève fendue. qui est en contact avec l'enveloppe de
Quatre fois la grosseur naturelle, l^ graine, est épaissie à Un bout (fig. 5 B.— Bourgeon. ft(«<.— Radicule. c^T ^ rr,, xi> ^ l ^ /n r» j \
s<.— Tige. Co/.— Cotylédon. St.) et effilée, à 1 autre bout (fig. 5 Rad.)
Le bout épais est la tige de l'embryon, le bout effilé sa racine ou radicule. Les deux cotylédons de l'embryon remplissent, à eux deux, presque toute la semence. Un embryon de légumineuses a donc deux cotylédons tandis qu'un embryon de graminées n'en a qu'un. Mais une légumineuse n'a pas d'endosperme. La fonction de l'endosperme d'une graine de graminée, comme nous l'avons dit à la page 8, est de fournir de la nourriture à l'embryon pendant la germination.' Dans une plante légumineuse cette fonction est remplie par les deux cotylédons qui sont épais et remplis de nourriture.
Germination: Lorsque la graine d'une plante légumineuse germe, le bourgeon (Fig. 5, B.) se transforme en tige et en feuilles tandis que la radicule (Fig. 5, Rad.) donne naissance à la racine de la plante. La tige de l'embryon (Fig. 5,St.) se comporte de façon différente dans différentes plantes. Dans les haricots, elle se développe en longueur et soulève avec elle, au-dessus du sol, les cotylédons (Fig. 5, Cot.) qui s'aplatissent et s'amincissent graduellement. Dans les pois la tige est courte et les cotylédons restent longtemps cachés dans le sol, entourés de l'enveloppe de la semence.
Racine: Les légumineuses sont annuelles, bisannuelles ou vivaces. Dans les annuelles, comme le trèfle incarnat, ou dans les bisannuelles, comme le mélilot, la racine primaire de l'embryon se développe toujours en une racine pivotante. Dans les légumineuses vivaces, la racine est pivotante ou se compose d'une souche d'où partent des racines secondaires. Ces racines secondaires sont généralement peu profondes et les plantes qui en sont pourvues tirent leur nourriture de la surface. Par contre une racine pivotante descend généralement à une profondeur considérable et la plante tire une bonne partie de sa nourriture du sous-sol. Les racines secondaires, de même que les pivotantes, portent de petits tubercules ou groupes de renflements ou nodosités. Ces tubercules sont importants, nous en reparlerons à la page 20.
Tiges: Les tiges des plantes légumineuses sont en général dressées ou ascendantes. Parfois, mais rarement, elles sont rampantes et émettent des racines secondaires de leurs noeuds. Les plantes de ce type forment des tapis plus ou moins étendus dans lesquels il est difficile de distinguer les plantes isolées. Il en est souvent ainsi lorsque les tiges partent d'une souche très étendue et très rameuse comme dans la gesse des bois. Dans certaines espèces et certains genres comme dans les pois et les vesces, les tiges sont faibles et
s'accrochent, pour ne pas tomber à terre, à des organes spéciaux sur les feuilles, appelés vrilles (voir ci-dessous.)
Feuilles: Les feuilles des légumineuses sont composées, c'està-dire chaque feuille se compose d'un certain nombre de petites feuilles ou folioles, entièrement séparées les unes des autres. Nous en trouvons le type dans le sainfoin — une feuille composée d'un certain nombre de paires de folioles et se terminant par une seule foliole (Planche 23). Toutes les autres sortes ne sont que des modifications de ce type. Ainsi quand les folioles ne sont qu'au nombre de trois comme dans le trèfle rouge, la luzerne, le mélilot et autres, on obtient la feuille trifoliée bien connue. Dans d'autres espèces, comme les vesces (planches 24 et 25) et les pois, les limbes des folioles supérieures ne sont pas développés; il ne reste que leurs nervures qui se transforment en vrilles dont la fonction est de soutenir les tiges faibles.
Chacun sait que dans une récolte très épaisse de pois ou de vesces les plantes sont parfois si fermement attachées les unes aux autres qu'en les arrachant au bout d'une longue rangée on fait remuer les plantes à l'autre bout de la rangée. C'est parce que les vrilles s'enroulent autour des tiges et des branches des plantes voisines et les lient ensemble. Ces vrilles sont de merveilleux organes. Frottez-en une ■doucement avec un brin de paille, et elle répondra en se courbant. Donnez-lui l'occasion de saisir la branche d'une plante voisine et elle s'enroulera si étroitement autour de cette branche qu'il sera impossible de l'en détacher sans la rompre. Elle a le sens du toucher et la faculté d'agir. Sa sensibilité est si développée que quelques vrilles peuvent sentir un poids d'un quart de milligramme.
St
Deux appendices, les stipules, sont attachés à la base de la queue de la feuille (Fig. 6, St.) Ils sont généralement étroits, d'asp e c t insignifiant, mais parfois, par exemple chez les pois, ils ont la même forme que les folioles et sont presque aussi gros que celles-ci.
Inflorescence :
Les fleurs des légumineuses sont en groupes, d'aspect 3ifi"érent mais toujours construits d'après le même principe. Parfois ils sont longs et recouverts d'un nombre de fleurs relativement restreint comme dans les vesces (planches 24 et 25). C'est ce que l'on appelle des grappes. Dans d'autres plantes les grappes sont courtes et les fleurs serrées l'une contre l'autre, comme dans les trèfles rouge et d'alsike. Cette inflorescence porte le nom de capitule. Toutefois il est impossible d'établir une distinction bien nette entre un capitule et une grappe. Par exemple, l'inflorescence de la luzerne (pi. 21) et celle du trèfle incarnat (planche 17) ressemblent autant à des grappes courtes qu'à des capitules allongés.
Fig. 6. Feuille de trèfle d'abike.
Grosseur naturelle.
:.— Stipule.
Fleurs: Les fleurs de toutes les légumineuses ont la même structure générale, tout à fait diff^érente des fleurs des autres familles de plantes. La partie inférieure (fig. 7, Sep.) est insignifiante. Elle se
compose de cinq organes verts, en forme de dents, appelés sépales, et reliés à la base. La partie supérieure, appelée communément la fleur, se compose de cinq pétales, la plupart de couleur voyante. L'un de ceux-ci, beaucoup plus gros que les autres, les enveloppe tous dans le bourgeon. C'est l'étendard (fig. 7, S.). Les pétales latérales, de forme irrégulière, sont appelés ailes (fig. 7, W.). Les deux autres poussent ensemble, formant un organe en forme de bateau que l'on
Fig. 7 — Les différentes parties d'une fleur de pois.
Grosseur naturelle.
Sep.— Sépales. IT.— Ailes. S<.— Etamines.
S. — Etendard. K. — Carène. O. — Ovaire du pistil.
P. — Stigmate du pistil.
appelle la carène (fig. 7, K.) qui entoure les étamines et le pistil (fig. 7, St.). Neuf des dix étamines poussent ensemble dans leurs parties inférieures, formant un tube qui enveloppe le pistil. Chaque fleur n'a qu'un pistil, lequel se compose d'une partie inférieure, large, qui est l'ovaire (fig. 7, O.) et d'une partie supérieure, étroite, brusquement courbée à la base, qui se développe au sommet en un stigmate (fig. 7. P.).
Fécondation: Chez les plantes légumineuses la fécondation n'est jamais provoquée par les vents. Dans certains genres, comme les pois et les vesces, les fleurs se fécondent d'elles-mêmes, c'est-à-dire le pollen féconde automatiquement le pistil de sa propre fleur. Mais dans la plupart des plantes légumineuses le pollen est transporté d'une plante à l'autre par des insectes qui visitent les fleurs à tour de rôle pour en extraire le miel emmagasiné à la base. Dans les fleurs grosses et voyantes, l'étendard attire l'insecte, il lui indique où se trouve le miel. Dans d'autres espèces, les fleurs, assez petites, sont très nom-
breuses et se voient de très loin. D'autres encore ont des fleurs très peu voyantes, portées près de terre. Certaines plantes comme le lupin noir, poussant à l'ombre d'autres, plus élevées, sont plus ou moins cachées, mais dans ce cas ces fleurs modestes et cachées ont un parfum prononcé qui attire les insectes. On trouvera une brève description de la fécondation, qui varie dans les différents genres, dans l'étude sur la luzerne, page 125 et sur le trèfle rouge, page 107.
Fruit: Le fruit est une gousse; c'est-à-dire un fruit étroit, à parois de parchemin ou de cuir. Quand elle est mûre et sèche, cette gousse se fend sur toute sa longueur et laisse sortir les semences. Ses deux moitiés se tordent comme un tire-bouchon, parfois avec une telle violence que les graines sont projetées très loin. Dans certaines espèces et certains genres il n'y a qu'une graine, et alors la gousse tombe sans s'ouvrir, mais généralement les graines sont nombreuses.
Valeur agricole: Sur un terrain bien préparé, possédant une bonne quantité de principes fertilisants et surtout de potasse et d'acide phosphorique, les légumineuses donnent de fortes récoltes, très nourrissantes et dont raffolent tous les bestiaux. Sans parler de leur utilité dans la stabulation, les légumineuses peuvent être utilisées avec avantage pour le foin et pour les pâturages. Leur valeur comme fourrage dépend principalement de leur mode de développement. Règle générale, c'est au moment de la floraison ou un peu avant la floraison qu'elles sont le plus nourrissantes. Si l'on veut en faire du foin, il ne faut donc pas les couper trop tard. Il est vrai que parfois on obtient une plus forte récolte en ne fauchant qu'après la floraison, mais alors le foin est grossier et plus ou moins ligneux. Il perd de la succulence et les éléments qui forment le gras et le lait s'y trouvent en moins grande proportion. On a donc plus de foin mais moins de nourriture que si la plante avait été fauchée au bon moment. Enfin une coupe tardive nuit également au regain. Par exemple, quand le trèfle rouge et la luzerne commencent à fleurir, de nouveaux rejetons naissent au collet de la racine; si l'on retarde la coupe jusqu'à ce que ces rejetons soient assez développés pour être rognés par la faucheuse, il est évident que la deuxième pousse en souffrira beaucoup.
Certaines espèces, comme le trèfle blanc, se trouvent bien du piétinement du bétail, qui provoque chez elles une nouvelle végétation. Elles conviennent donc pour les pâturages. D'autres, au contraire, comme le trèfle rouge et la luzerne, dont le collet dépasse
un peu le niveau du sol, souffrent du piétinement, surtout lorsque le sol n'est pas en bon état. Les pâturages de ces plantes exigent des soins particuliers. Comme la nouvelle pousse part du collet, il ne faut pas faire pâturer les plantes trop au ras de terre ni trop tard à l'automne.
On sait que les légumineuses enrichissent le sol; on attribuait autrefois cette faculté au développement de leurs racines. On prétendait que celles-ci allaient chercher dans les profondeurs du soussol une grande quantité de nourriture inaccessible aux racines plus courtes des autres plantes. On disait que les substances ainsi enlevées au sous-sol étaient utilisées dans le développement des racines de surface et des parties aériennes des plantes, qu'elles revenaient au sol de surface quand on enfouissait les tiges à la charrue. Il est très vrai que les légumineuses enlèvent au sous-sol des principes fertilisants qu'elles emmagasinent dans leurs parties supérieures, et cette explication n'est pas à dédaigner. Mais elle ne suffit pas car on observe d'autres phénomènes associés à cet enrichissement du sol par les légumineuses. Généralement la luzerne ne prend pas sur des sols où elle n'a jamais été cultivée auparavant. Bientôt la végétation s'arrête, les plantes jaunissent et finissent par mourir. Mais si l'on épand sur le sol de la terre prise sur une ancienne luzernière on obtient bientôt et sans aucune peine une récolte. Or, si l'on examine les plantes, on constate que les racines de celles qui poussent sur la vieille luzernière sont munies de nombreuses nodosités ou tubercules tandis que les racines des plantes faibles, sur la terre vierge, en sont dépourvues. Ce n'est que tout récemment que l'on a compris l'origine et l'importance de ces tubercules. Il a été démontré que c'est une sorte de gale, produite par certaines bactéries. Ces bactéries vivent dans le sol, attaquent le chevelu des racines, passent au travers de leurs parois minces et s'introduisent dans l'intérieur. Arrivées là, elles se propagent rapidement et forment ces tubercules dans lesquels elles vivent en colonies. Plus tard, la plupart de ces germes se décomposent et sont utilisés par les plantes qui en tirent un supplément de nourriture. Cette nourriture se compose de substances azotées que les bactéries puisent dans l'air passant par le sol poreux. Ainsi, par l'intermédiaire des bactéries, les plantes légumineuses se procurent leur azote de l'air. Elles l'accumulent, pour leurs propres besoins, sans en demander au sol et, quand elles meurent, en laissent une quantité dans la terre pour les récoltes suivantes.
La terre d'une bonne luzernière renferme ces germes, et il suffit, pour rendre propre à la culture de la luzerne un champ jusque là
réfractaire, d'y épandre un peu de cette terre. Il n'en faut pas beaucoup, 200 livres par acre suffisent. On peut aussi, au lieu d'employer de la terre de vieille luzernière, se servir de cultures artificielles de bactéries que l'on peut se procurer à un grand nombre de laboratoires. Ces cultures, avec des instructions pour leur emploi, sont offertes en vente en flacons, à bas prix.
Les bactéries qui forment ces tubercules sont indispensables au développement de toutes les sortes de plantes légumineuses. Mais ceci ne veut pas dire que les bactéries qui servent pour une certaine plante peuvent servir pour une autre. Tout au contraire, il est différentes espèces et différentes races de bactéries et chaque espèce ou chaque race produit des nodosités sur une certaine sorte de légumineuse. Ainsi les bactéries qui opèrent sur les racines de trèfle rouge sont différentes de celles qui produisent des tubercules sur les racines de la luzerne, et ne peuvent faire aucun bien à cette dernière plante. Quand on emploie des cultures artificielles de bactéries il faut donc avoir soin de choisir la sorte convenable.
La preparation du sol, avant l'engazonnement, se fait principalement en vue des exigences de la plante qui doit abriter les herbes et les trèfles. Il faut que le sol de surface soit bien ameubli, bien émietté, bien égoutté, et qu'il soit riche en matières végétales en décomposition. Les jeunes herbes délicates exigent beaucoup d'humidité mais elles souffrent d'un excès de fraîcheur. Si le sol manque d'humus et qu'une croûte dure se forme à la surface, la végétation s'arrête et les jeunes plantes souffrent, même si la sécheresse ne devait durer que quelques jours.
Les semis d'herbes devraient être faits après une récolte nettoyante qui a été bien entretenue et bien binée. Avant d'établir une prairie, il faut, tout d'abord, détruire les mauvaises herbes vivaces. Les pentes de collines formées d'un sol argileux, exposé à durcir après de fortes pluies, profitent beaucoup d'une légère application de fumier bien pourri que l'on incorpore au sol à la herse. Les terres basses et humides doivent être égouttées aussi parfaitement que possible, même pour les herbes qui aiment beaucoup l'humidité. Sur les sols de prairie, plus secs, il faut rouler le sous-sol afin de faire monter l'eau près de la surface jusqu'à ce que les jeunes plantes soient devenues assez robustes.
Plantes-abris: Le but principal des plantes-abris est de protéger la jeune herbe. On doit se servir d'une plante-abri lorsqu'il n'est pas nécessaire de réserver toute l'humidité du sol pour la prairie naissante. Elle protège les jeunes plantes contre la chaleur brûlante du soleil. Elle tient les mauvaises herbes en échec jusqu'à ce que les bonnes aient acquis assez de vigueur pour leur tenir tête. Enfin, elle permet d'obtenir une récolte tandis que la prairie se forme. On considère généralement que le blé ou l'orge font la plante-abri la plus satisfaisante. L'avoine, même semée claire, donne trop d'ombrage et mûrit trop tard. Dans une céréale ensemencée d'herbes on devrait toujours pouvoir voir la jeune herbe, à n'importe quel moment de la végétation, à dix ou douze pieds de l'endroit où l'on se tient. La plante-abri devrait être prête à être récoltée dès que les herbes commencent à taller et que les trèfles ou autres légumineuses commencent à émettre de nouveaux rejetons du collet.
Dans les districts où la chute de pluie n'atteint pas trente pouces de hauteur ou n'est pas bien répartie pendant la saison de végétation, il peut arriver que la plante-abri prive la jeune herbe de l'humidité nécessaire. En certaines saisons il est difficile d'obtenir une bonne levée de trèfle rouge, un peu à cause du manque d'humus dans la terre mais aussi parce que la plante-abri — généralement l'avoine — enlève l'humidité dont les jeunes plantes auraient besoin pour se développer. Dans ce cas, si l'on attache plus d'importance à obtenir une prairie qu'une céréale, on fera bien, en saison sèche, de se passer de cette dernière, ou, si elle a été semée, de la couper pour en faire du fourrage avant que l'herbe meure de soif.
La profondeur des semis dépend de la sorte de graine employée, du caractère et de l'état du sol et de l'humidité. On dit que la graine ne devrait pas être semée à une profondeur de plus de quatre fois son diamètre. Les plantes de prairies et d'herbages qui poussent à l'état sauvage laissent tomber leurs graines mûres qui germent à la surface du sol ou très près de la surface. Mais le cultivateur ne saurait être aussi prodigue que la nature; il doit fournir les meilleures conditions possibles pour assurer une végétation parfaite.
Mode de semis: Quand le sol est très ferme, comme lorsqu'on sème au printemps dans un champ de blé d'automne, on peut, si la terre est raisonnablement sèche, semer à la volée puis herser; la terre traitée de cette façon est bien ameublie, la graine d'herbe bien recouverte et le blé en profite également. Quand on sème après ameublissement profond au printemps, on peut répandre la graine
ÉTABLISSEMENT DES PRAIRIES ET DES pAtURAGES. 23
d'herbe au semoir devant les tuyaux à grain, puis on roule et on passe la désherbeuse (weeder). Si la surface est bien ameublie et la couche au-dessous bien rassise, il suffira, après le semoir, de faire passer la désherbeuse qui aplanira le sol et redistribuera les graines qui auraient pu tomber ensemble entre les rangs. Si la température est favorable on obtient parfois de bons résultats en épandant la graine à la volée, après que la plante-abri a été semée, et en comptant sur la pluie pour la recouvrir et la protéger pendant la germination, mais cette pratique n'est pas à recommander. Il vaut toujours mieux adopter une méthode qui assure une distribution parfaite de la graine et la laisse recouverte d'un demi-pouce de terre. Les graines laissées non recouvertes, dans les sillons et les fossés, sont exposées à être enlevées par une forte pluie. De même, bien des sortes de graines d'herbe qui mettent deux ou trois semaines à germer peuvent être détruites lorsqu'elles sont exposées à la surface. Sur les sols de prairie on recommande d'enterrer les graines de luzerne et des autres plantes fourragères à un pouce ou un pouce et demi de profondeur. Dans les districts semi-arides et quand on cultive la luzerne pour sa graine, il vaut mieux semer clair, en rangs de vingt à trente pouces d'écartement. Si la terre est très sèche, la végétation sera lente, mais les racines profondes de la plante lui permettront de se procurer assez d'humidité pour produire une récolte passable de bonne graine.
Machines: Il existe des instruments spéciaux pour semer les graines d'herbe et de trèfle. La plupart des semoirs à grain sont pourvus d'une boîte qui s'ajuste parfois devant les tuyaux, parfois derrière, et qui sert à semer la graine d'herbe. Sur une surface bien ameublie, où l'on fait suivre le semoir d'une herse légère afin d'aplanir le sol, les graines fines, semées de cette façon ne sont jamais couvertes trop profondément; mais sur une terre argileuse, prise en mottes, elles le sont fréquemment. Le semoir à main, à disques rotatifs pour éparpiller la semence, donne de bons résultats avec la plupart des graines d'herbe et de trèfle; il est généralement employé. Toutefois, quand on sème des mélanges, l'emploi de cet instrument présente les mêmes inconvénients que l'épandage à la main ; la graine de trèfle, plus lourde, est projetée beaucoup plus loin que celle des herbes plus fines, et la distribution est inégale.
Les semis épais sont généralement recommandés par les grainetiers et les cultivateurs expérimentés, surtout lorsque la prairie doit être de peu de durée. Règle générale, la récolte n'est pas plus forte que lorsque l'on sème clair, mais la qualité du foin est meilleure. Dans des conditions favorables de sol et de température, on peut
obtenir un gazon bien fourni en semant un mélange de quatre livres de mil, trois livres de trèfle d'alsike et six livres de trèfle rouge à l'acre. Mais en semant six livres de mil, quatre livres de trèfle d'alsike et dix livres de trèfle rouge, on est plus sûr d'obtenir une récolte serrée, les mauvaises herbes sont moins nombreuses et l'on a une forte récolte de foin de bonne qualité. Le surcroît de dépense occasionné par l'augmentation dans la qualité de graine est, en somme, une assurance peu coûteuse. D'autre part, les semis épais ne sont pas à recommander lorsqu'on cultive une plante fourragère pour sa graine, car une récolte très serrée donne moins de graine, et une graine de moins bonne qualité.
La qualité de la graine est un facteur important dans la formation d'une prairie. Le loyer de la terre, les frais de préparation sont beaucoup plus élevés que le prix de la graine, or si le pourcentage de la graine qui peut germer est faible et, en outre, si cette graine viable n'est pas conforme au type ou si elle est remplie de semences de mauvaises herbes dangereuses, le tout peut se chiffrer par une perte ou, ce qui est encore pire, résulter en un dommage sérieux.
L'origine des graines de graminées et de trèfles est souvent la cause de différences aussi sensibles entre ces graines que celles qui existent entre les variétés, surtout au point de vue de la rusticité. Les graines produites sous un climat chaud donnent des plantes peu résistantes à l'hiver ; celles produites sous un climat humide et tempéré sont plus susceptibles à la sécheresse que les plantes parfaitement acclimatées. Des essais de culture de luzerne faits à Guelph ont permis de constater que la graine produite dans le nord, et surtout celle provenant d'anciennes luzernières du district, est plus rustique que la graine provenant de climats plus secs et plus chauds. De même, la graine Je trèfle rouge venant du sud de l'Europe ou du Chili ne résiste pas aussi bien à l'hiver canadien que celle produite au pays. Les bons grainetiers devraient connaître l'origine des graines de graminées et de trèfles qu'ils vendent et les acheteurs devraient insister pour avoir des graines produites dans le nord, et, de préférence, dans la localité.
Variétés: Peu de cultivateurs canadiens établissent de diff^érence entre les variétés d'herbes et de trèfles communs. En fait, on connaît peu les variétés de mil, de dactyle pelotonné, de ray-grass de l'Ouest, de trèfle rouge hâtif, de trèfle d'alsike et de luzerne; du reste, hors quelques espèces de luzerne, ces variétés ne se trouvent pas dans le commerce. Elles existent depuis peu, mais elles présentent de remarquables difi^érences au point de vue de la précocité, du rendementet de la qualité générale. Dès que l'on pourra se procurer de la bonne
graine des meilleures variétés, les cultivateurs trouveront avantageux de s'en servir au lieu d'employer de la graine ordinaire de commerce.
Le pourcentage de vitalité dans la graine de graminées et de trèfles est un facteur important et qui exige une attention toute spéciale surtout dans les graminées d'espèce plus fine. Au moins quatre-vingtquinze pour cent des graines de plantes fourragères employées au Canada se composent de mil, de dactyle pelotonné, brome inerme, raygrass de l'Ouest, trèfle rouge, trèfle d'alsike et luzerne, et à l'exception de celle du brome inerme la graine de ces espèces que l'on trouve dans le commerce est généralement douée d'une forte vitalité. La bonne semence de brome inerme, de pâturin, de fétuque et des autres herbes plus fines devrait germer dans la proportion de quatre -vingt pour cent au plus mais les échantillons de commerce contiennent souvent moins de cinquante pour cent de semence viable. La graine qui germe dans la proportion de quatre-vingt pour cent revient moins cher en réalité à trente cents la livre que la graine qui se vend la moitié de ce prix et dont le pourcentage de germination est proportionnellement plus faible. Les bons grainetiers connaissent la vitalité de leurs graines mais les acheteurs de plantes plus fines devraient faire leurs achats au moins un mois avant l'époque des semis et essayer leurs graines. Voici la façon de procéder : on sème deux cent graines moyennes de chaque espèce dans un pot de fleurs, rempli d'une terre légère, et on les tient légèrement humides à la température d'une chambre d'habitation, près d'une fenêtre ensoleillée, pendant environ trois semaines.
Pureté: La valeur des graines de graminées et de trèfles se ressent principalement de la nature et de la quantité des impuretés qu'elles renferment. Malheureusement il est difficile d'obtenir des graines qui ne contiennent aucune semence de mauvaise herbe. Or cent graines de mauvaises herbes peuvent fort bien passer inaperçues dans une once de graine d'herbe ou de trèfle mais il en est tout autrement dans la récolte qui lève. Il est rare que l'on apprécie entièrement tous les mauvais effets que ces herbes peuvent exercer sur le bétail. Dans tous les cas, c'est faire preuve d'un grand manque de jugement que d'acheter de la graine de qualité inférieure. La meilleure graine revient toujours le moins cher à la longue.
Le moyen le plus efiicace et le plus économique de détruire les mauvaises herbes dans la prairie est de bien préparer la terre avant d'enherber. Les herbes vivaces comme la grande marguerite, le chardon, la silène et le chiendent tendent à se propager dans les prairies. Dans un climat humide on peut, en laissant la terre en gazon
pendant cinq ans ou plus, empêcher certaines herbes annuelles ou bisannuelles comme la folle avoine et la vipérine de monter à graine. Dans un climat sec, les graines de mauvaises herbes enfouies dans le sol conservent leur vitalité plus longtemps. On peut réduire le nombre des moutardes, des herbes à poux et autres annuelles en laissant la terre en prairie ou pâturage pendant un certain nombre d'années, mais il est bien difficile d'empêcher des plantes isolées de produire quelques graines tous les ans.
Dans une terre assez propre que l'on veut mettre en prairie, l'emploi d'une céréale comme plante-abri retarde généralement la végétation des mauvaises herbes et les empêche de mûrir avant la récolte. Il faut pour cela que la plante-abri soit prête à être récoltée ou à être coupée comme fourrage dans un délai de trois mois ou au plus de trois mois et demi après les semis. Si les mauvaises herbes ne sont pas très nombreuses lorsqu'on récolte la plante-abri, il vaut mieux, pour protéger les jeunes herbes, laisser un chaume de quatre à cinq pouces de hauteur. On enlève ainsi les tiges à graines des mauvaises herbes les plus élevées et les plus vigoureuses, et on permet aux jeunes plantes fourragères, encore délicates, de s'adapter graduellement au changement de conditions. On peut empêcher les mauvaises herbes d'automne de répandre leurs graines en coupant avec une faucheuse un mois environ après que la plante-abri a été récoltée. Cette précaution est spécialement à recommander dans le cas d'une terre infestée d'herbe à poux.
Dans le développement d'une prairie il arrive fréquemment que la jeune herbe souffre beaucoup de la mauvaise température, de l'irrégularité des semis, de l'humidité ou de la sécheresse trop grande de certaines parties du champ, ou encore de la verse partielle d'une plante-abri trop serrée. Souvent de petites superficies sont détruites. Dès que les pluies de l'automne commencent, ou, si le sol est suffisamment humide, dès que les chaleurs de l'été sont passées, il est bon de resemer ces parcelles en mettant beaucoup de graine. On applique, s'il est nécessaire, une mince couche de fumier pourri pour recouvrir les graines, retenir l'humidité et provoquer une vigoureuse germination d'automne. Si les superficies détruites sont considérables, il est parfois bon, avant de semer, de passer une herse pointue pour préparer la terre à recevoir la graine. Si la fin de l'automne est favorable et que les parcelles resemées soient bien protégées pendant l'hiver, la pousse sera bonne, même pour la première coupe, et les récoltes suivantes dédommageront amplement du travail et des frais.
Mais il ne suffit pas d'extirper les mauvaises herbes, il faut aussi stimuler la pousse des bonnes; un bon moyen de le faire est de couper la jeune herbe à la faucheuse vers la troisième semaine de septembre au plus tard, soit environ un mois après que la plante-abri a été récoltée. Cette opération encourage les trèfles et les graminées à taller et à ramifier, et la récolte est plus épaisse et la végétation plus uniforme le printemps suivant. En enlevant le chaume de la plante-abri et les mauvaises herbes qui ont poussé en automne, on obtient, à la première coupe, du foin plus propre et de meilleure qualité. Mais il importe que l'on passe la faucheuse aussi tôt que possible afin que les plantes aient le temps de faire une pousse suffisante pour protéger leurs racines pendant l'hiver. Pour la luzerne, la dernière coupe ne devrait pas être faite plus tard que la troisième semaine d'août. On ne devrait jamais faire pâturer les jeunes prairies après cette coupe d'automne. Au début du printemps suivant, si la terre est suffisamment égouttée, il est souvent avantageux de passer un lourd rouleau.
Sur les sols plus secs des prairies, où l'on ne peut se servir de plante-abri, deux ou trois fauchages feront disparaître les mauvaises herbes et conserveront l'humidité, mais il ne faut pas faucher après le milieu d'août.
Le manque de protection en hiver pour les jeunes prairies est la cause la plus commune des pauvres rendements et de la mauvaise qualité du foin. Pendant la saison sèche, lorsque les pâturages naturels et les récoltes fourragères sont maigres, il semble parfois que l'on ne puisse se dispenser de faire usage, dès l'enlèvement de la plante-abri, des prairies nouvellement semées, même lorsque les jeunes plantes luttent encore pour l'existence et sortent affaiblies de leur lutte avec la plante-abri qui les a dépouillées d'humidité plutôt qu'elle ne les a protégées. C'est justement dans des conditions de ce genre que la paissance est désastreuse. Pour chaque livre de fourrage tirée des jeunes plantes, on perd plus de dix livres dans la récolte de foin; la récolte est moins épaisse et la qualité du foin plus pauvre. Les jeunes plantes devraient complètement recouvrir le sol et avoir une hauteur de six pouces ou plus avant la fin de l'automne. Le seul avantage qu'il puisse y avoir à faire paître une jeune prairie la première année est lorsqu'il y a danger qu'une épaisse végétation de trèfle n'étoufi^e la récolte, mais ce cas se voit rarement.
Il faut couper les graminées et autres plantes fourragères
lorsque la récolte a atteint son maximum de valeur en rendement et en qualité. L'eflfet de l'époque de la coupe sur le regain ou sur les récoltes
suivantes est également à considérer. La fonction principale d'une plante est de se reproduire. Jusqu'à ce que ses organes porteurs de semence aient été fécondés, elle ramasse de la nourriture et l'emmagasine dans ses tissus pour former et mûrir ses graines. Dès que la fleur est fécondée, les graines tirent sur la provision de nourriture que contiennent les tiges et les feuilles et la plante commence à durcir. Chez quelques espèces de plantes fourragères, telles que le pâturin, qui comptent principalement sur leurs racines pour se reproduire et qui ne portent que quelques graines, ce durcissement de la plante n'est pas aussi prononcé, mais dans presque toutes les espèces les plus précieuses, le changement de tissus succulents et souples en tissus cassants et ligneux est rapide et marqué. Même avant la fécondation, beaucoup de plantes fourragères comme la luzerne, le ray-grass de l'Ouest et le mil commencent à durcir.
Si l'on coupe avant que les fleurs soient prêtes à être fécondées, les plantes font de nouveaux efforts pour se reproduire et le regain n'en est que plus épais. Si l'on retarde la coupe jusqu'à ce que les graines aient commencé à se développer, la tendance naturelle des plantes fourragères bisannuelles et du trèfle rouge en particulier est de mourir; dans le mil et les autres graminées l'effet est apparent, non seulement dans leur regain, mais aussi dans la récolte de l'année suivante. Dans les champs laissés à eux-mêmes la récolte de l'année suivante ne se composerait en partie que de jeunes plantes provenant de graines qui, dans la culture, se forment assez souvent mais n'ont pas le temps de mûrir.
Au point de vue de la qualité du foin il y a beaucoup à perdre et rien à gagner à retarder la coupe jusqu'à ce que la floraison soit bien avancée. Le rendement par acre augmente un peu dans les quelques jours qui se passent entre les premières et les dernières fleurs, mais cette petite augmentation est obtenue aux dépens d'une dépréciation sensible de qualité; d'autre part, si l'on considère le regain et les récoltes suivantes, le rendement total est en réalité réduit.
Dans un pré formé d'un mélange de plantes fourragères qui fleurissent à époques différentes, comme par exemple le trèfle rouge hâtif et le mil, le moment le plus propice pour faire la première coupe dépend de la proportion de chaque plante dans la récolte totale. On trouvera généralement avantageux, et, à la longue, plus économique, de couper dans les deux ou trois jours qui suivent le moment où le trèfle a atteint cette phase de son développement qui permet d'en' tirer le meilleur foin. Par une température chaude et sèche, l'herbe mûrit rapidement et un délai de quelques jours peut causer
tout autant de mal qu'une période beaucoup plus longue par un temps frais et sur un sol humide.
Pour le foin il vaut mieux couper à la faucheuse ; pour une récolte de graine on emploie généralement la moissonneuse; on assemble les gerbes en petites moyettes pour que la graine sèche et finisse de mûrir.
On recommande de couper le foin au ras du sol. Lorsque la récolte se compose principalement de trèfle, qu'elle est très forte et versée par endroits, il faut ajuster la faux de façon à couper au bas des tiges; sinon le chaume restant constituerait un danger pour les faneuses mécaniques et les râteaux qui vont suivre et ne laisserait qu'un fourrage sans valeur à récolter avec le regain. C'est lorsqu'il faut couper une forte récolte de trèfle très versée que l'on apprécie l'avantage d'avoir une surface bien unie, produite par l'emploi d'une herse souple après les semis et d'un rouleau en travers des raies au printemps.
On fauche généralement pendant la partie du jour où la rosée empêche de faner et de charroyer. Mais lorsque la récolte de foin est très forte, qu'elle est humide de rosée et qu'elle colle sur la faux, il vaut mieux couper vers la fin de l'après-midi. Le fanage, c'est-àdire le retournement de l'herbe verte, devrait être commencé immédiatement après la coupe. Si la récolte est forte, on doit continuer à faner par intervalles jusqu'à ce que le fourrage soit assez sec pour pouvoir être râtelé en rangs et mis en petites veillottes. On devrait, autant que possible, faire ces opérations le jour même où le foin est coupé ou le jour suivant, s'il est coupé dans l'après-midi. Le fourrage vert, coupé au moment le plus propice pour la fenaison, contient généralement environ quatre-vingt p.c. d'eau. Si le temps est beau il suffit d'un jour pour sécher une récolte de trèfle suffisamment pour qu'elle puisse être mise en veillottes, dans lesquelles l'herbe achève de se faner.
La proportion d'eau dans le foin prêt à engranger varie généralement de douze à quinze pour cent. Un foin plus humide serait exposé à ressuer et à chauffer dans les tasseries. Une bonne méthode est de couper jusqu'à neuf heures du matin, puis de mettre un homme à faner et à râteler pour le reste du jour. Les charroyages et l'engrangement se font à partir de neuf heures du matin jusqu'à quatre heures ou quatre heures et demie de l'après-midi. On emploie les deux heures qui restent à mettre en veillottes le foin qui vient ■d'être fané. Parfois, cependant, les dispositions prises sont déran-
gées par les orages qui augmentent le travail et sont souvent plus désastreux à la qualité du foin que les chaleurs excessives.
Même pendant les longues pluies il est bon de secouer le foin à moitié fané en le retournant à la fourche ou à la faneuse afin de l'empêcher de se tasser et de se remplir d'eau. Le foin est plus exposé à perdre son goût et sa valeur nutritive s'il repose en une masse humide et compacte que s'il est tenu lâche, quand bien même il est mouillé. Par une journée sèche et chaude, il importe de couper et de faner promptement. Le foin séché au grand soleil est exposé à perdre beaucoup de sa qualité, il est meilleur lorsqu'il est fané sous un vent léger. Par un temps chaud et sec, il est bon d'employer la faneuse immédiatement après la coupe et à intervalles fréquents, et de râteler et de mettre en veillottes lorsque le fourrage est encore très humide. Lorsque la maturation se fait rapidement, il vaut souvent mieux remettre les charroyages pour faucher et faner. On met alors le foin en grosses veillottes.
Les méthodes de fanage et de charroyage se sont modifiées à mesure que la main d'œuvre se faisait plus rare et plus chère. On ne met plus le foin en veillottes depuis que l'on emploie la chargeuse. On charge du rouleau même, dès que le foin est assez fané; cette méthode donne de bons résultats.
La fenaison n'est plus un travail pénible de nos jours, bien différent de celui auquel étaient astreints les premiers colons qui coupaient l'herbe à la faucille, retournaient le foin à la fourche, le râtelaient avec des râteaux en bois et le chargeaient et le déchargeaient à la main. Dix acres en foin représentaient une entreprise assez considérable pour le pionnier; aujourd'hui son petit-fils avec moins d'aide mais plus de machines, récolte facilement cinq fois cette superficie. Les souches et les pierres ne gênent plus le passage de ses machines; son grand-père en a fait des clôtures. Assis sur sa faneuse mécanique il peut retourner autant de foin en une heure que son arrière grand'mère aidée de ses filles pouvait faire en un jour. Aujourd'hui le râtelage, le chargement et le déchargement se font presque entièrement avec le cheval.
L'efifet des graines de mauvaises herbes: Avec l'évolution des machines et des moyens de transport sont venues les mauvaises herbes qui se sont répandues partout. Peu de gens se rendent compte des pertes que causent les mauvaises herbes dans nos cultures fourragères: On apprécie facilement la dépréciation qui résulte de leur présence dans un champ de grain, il n'en est pas de même dans le
foin dont le rendement total peut être réellement augmenté par leur présence.
C'est dans les pâturages infestés que l'on peut le mieux étudier les mauvaises herbes. On remarquera que plusieurs espèces, évitées par le bétail paraissent moins répugnantes aux chevaux et sont même parfois recherchées par les moutons. Il en est de très vénéneuses, comme le panais d'eau, d'autres, comme les moutardes, les marguerites et les bardanes, ne deviennent dangereuses que lorsqu'elles sont consommées en quantités considérables ou pendant une longue période. On s'aperçoit de leur nature vénéneuse par la mauvaise santé persistante des animaux. Dans un pâturage, il est rare que les bestiaux consomment assez de mauvaises herbes pour devenir malades, à moins que les bonnes ne fassent complètement défaut. Quand on les laisse fourrager dans le champ, les animaux, et particulièrement les bêtes à cornes, se portent généralement mieux que lorsqu'on les rationne à l'étable, même avec une nourriture plus nutritive.
Personne n'ignore la saveur acre du sysimbre officinal, de la cameline, de la bourse à pasteur et d'autres membres de la famille des moutardes, ces plantes contiennent un violent irritant; ceux qui connaissent la sensation causée par un cataplasme de moutarde n'auront pas de peine à comprendre les effets que ces plantes peuvent produire lorsqu'elles sont consommées en quantité avec des fourrages hachés. Données pendant longtemps et avec du foin ou du grain, leurs effets sont moins prononcés. On les remarque tout d'abord dans l'urine; puis des ulcères profonds se forment sur l'animal, semblables parfois à ceux produits par des applications prolongées de cataplasmes de moutarde et qui se guérissent difficilement.
La plupart des membres de la famille des lychnides contiennent de la saponine qui est nettement vénéneuse. Les animaux qui mangent du foin infesté de lychnide ne meurent pas, car la proportion de saponine n'est pas suffisante pour les tuer, mais ils sont en mauvais état de santé, la digestion est imparfaite, l'appétit mauvais, ils sont faibles, la peau est brûlante et ils maigrissent graduellement.
Les boutons d'or sont très acres et causent des plaies dans la bouche des animaux ; les bestiaux ne veulent pas paître dans les prairies qui en sont infestées. Consommés en grande quantité ou pendant longtemps, les boutons d'or causeraient, dit-on, l'avortement chez les vaches.
Plusieurs membres de la famille des tournesols ne sont pas sains et quelques-uns d'entre eux sont tout à fait vénéneux. L'herbe à
poux est un irritant ; on croit que son pollen cause la fièvre des foins. L'herbe de St. -Jacques {Senecio Jacobœa), commune dans certaines parties des provinces de l'Atlantique, est également la cause de la maladie du bétail de Pictou. Cette herbe, semblable en cela à beaucoup d'autres plantes, qui sont vénéneuses pour certains bestiaux et sans danger pour d'autres, ne fait aucun mal aux moutons.
Les animaux à l'étable auxquels on donne du foin rempli de mauvaises herbes et qui n'ont pas d'autre alternative que de le manger ou mourir de faim, le fouillent généralement et ne mangent que la partie savoureuse. Pour prévenir cette perte on hache leurs fourrages. Ce foin haché est souvent malsain à cause des mauvaises herbes qu'il renferme. Les vaches laitières ne le mangent que poussées par la faim et ne donnent souvent qu'un gallon de lait d'odeur désagréable au lieu de trois gallons de bon lait qu'elles pourraient donner par jour. Sur une ferme infestée de mauvaises herbes les bestiaux, et particulièrement les bêtes à cornes, sont dans un état chronique de mauvaise santé et de maigreur. Les mauvaises herbes diminuent donc beaucoup la valeur d'une récolte fourragère quand elles ne la détruisent pas entièrement. En établissant une prairie, il est donc très important de faire disparaître les mauvaises herbes dangereuses avant de semer la graine d'herbe.
La durée des prairies et des pâturages dépend du mode d'exploitation adopté, de la nature du sol et du drainage. Pour les terres élevées à bon égouttement naturel et soumises à une culture mixte, on recommande de courtes rotations qui comportent deux ans en gazon de trèfle rouge et de graminées. Immédiatement après avoir enlevé la récolte de foin de la deuxième année, on peut labourer la prairie et la mettre en jachère pour le reste de l'année afin d'extirper les mauvaises herbes. Une application de fumier de ferme, incorporée au sol par un labour mince ou un hersage, devrait mettre le terrain en état de porter une culture sarclée l'année suivante; cette culture sera suivie, l'année d'après, par une céréale dans laquelle on sèmera de nouveau du trèfle rouge et des graminées qui resteront deux ans sur le sol.
La rareté de la main-d'œuvre a fait adopter une culture moins intensive dans certains districts. La luzerne donne de plus forts rendements et exige beaucoup moins de travail. Il existe des espèces rustiques, notamment de la luzerne rustique ou moyenne, et les cultivateurs qui se procurent des semences appartenant aux meilleures espèces, produites dans le nord, peuvent compter obtenir des récoltes satisfaisantes plusieurs années de suite, pourvu que la terre soit bien égouttée et qu'elle ne soit pas infestée de mauvaises herbes vivaces.
Dans les districts où la neige recouvre la terre et protège la récolte, l'hiver est moins à craindre. Dans la péninsule de Niagara on voit des luzernières de luzerne rustique de plus de trente ans qui produisent encore beaucoup de fourrage. La luzerne qui n'est pas bien protégée est exposée à être détruite par les hivers rigoureux, et peu de champs continuent à donner de bonnes récoltes pendant plus de cinq ou six ans.
Dans les sols argileux et humides, les bords de rivières, il est souvent nécessaire ou il peut être plus commode de laisser la terre en prairie ou en pâturage permanent pendant de longues périodes. Il est difficile, au commencement du printemps, de préparer des fonds humides à la culture des céréales et les bords de rivières qui ne sont pas enherbés sont exposés à être inondés et creusés par l'eau. Le sédiment déposé par les inondations de printemps entretient généralement la fertilité de ces terres, et si l'on réussit à y établir les herbes les plus convenables, on peut en attendre de forts rendements de bon foin pendant bien des années.
L'engraissement des prairies de longue durée se pratique généralement en Europe. Il se fait un peu dans les provinces de l'Est du Canada mais très peu à l'intérieur du pays. Une application de fumier de ferme, bien pourri, épandu tous les deux ou trois ans, au commencement du printemps, fait beaucoup de bien. C'est le meilleur moyen de tenir une prairie en bon état. Le fumier en décomposition, épandu à la surface, forme un paillis qui retient l'humidité. Les trèfles sont souvent avantagés par l'apport de potasse, de chaux, sous forme de plâtre, etc., mais ils répondent peu aux fumures azotées. Les vieilles prairies répondent rapidement quand on leur applique, au commencement de la saison, du nitrate de soude à raison de cent livres par acre. Sur les terres basses, naturellement humides, on peut obtenir de bons rendements en semant, tous les deux ou trois ans, trois cents ou quatre cents livres, par acre, d'un engrais mélangé ou de poudre d'os riche en azote.
Comparés aux sols bien cultivés et soumis à un assolement régulier, les pâturages permanents ne donnent qu'un bien faible revenu. Dix acres de bonne luzernière coupés en vert produiraient autant de fourrage nutritif que quarante acres de pâturage permanent. Les pertes résultant du piétinement des animaux sont beaucoup plus fortes dans les prairies temporaires de trèfle et de mil que dans les prairies permanentes, composées d'un mélange d'herbes, mais le rendement des premières est généralement beaucoup plus élevé et le fourrage plus accessible au bétail. Les pâturages permanents sont surtout utiles pour les moutons. On ne les recommande pas pour
les bêtes à cornes sur les terres faciles à cultiver, à moins qu'il ne soit impossible de se procurer la main-d'œuvre nécessaire.
Il est rarement nécessaire de réensemencer ou de renouveler une prairie qui est bien entretenue et bien protégée en hiver. Toutefois on constate, sur certains sols, que lorsque l'on sème plusieurs sortes de graminées et de trèfles une ou deux espèces dominent à l'exclusion des autres. Si l'on a besoin d'une prairie ou d'un pâturage permanent de longue durée, il peut être nécessaire de semer d'autres graminées pour compléter celles qui ont déjà pris racine. Il faut les choisir avec soin et dans un but bien arrêté; par exemple, l'agrostide pourra êtrfe choisie pour les fonds ou les terres humides, où toutes les autres espèces, à l'exception du mil, ont été détruites. On sème au début du printemps et si la terre est assez sèche on peut passer une herse pointue suivie d'un lourd rouleau pour recouvrir la graine et obtenir une surface lisse.
Les pentes de collines et les endroits exposés dans les prairies nouvellement formées, de même que dans les prairies et les pâturages de longue durée, ont souvent besoin d'être renouvelés et réensemencés après un hiver rigoureux. L'épandage d'une bonne quantité de semence, suivi de la herse ou du rouleau, ou des deux, donne généralement de bons résultats. Si la terre est sujette à durcir ou à se prendre en croûtes sur les superficies réensemencées, on fera bien de mettre une légère application de fumier d'étable bien pourri en couverture.
L'emploi du rouleau au printemps est bon, aussi bien pour les prairies nouvelles que pour les vieilles prairies, surtout celles qui ont gelé et dégelé à plusieurs reprises au commencement du printemps.
LE BLÊ D'INDE (Zea Mays L).
Autres noms français: Maïs, blé de Turquie, blé d'Espagne, gros millet.
Noms anglais: Corn, Indian Corn, Maize.
Description botanique : Le blé d'Inde ou maïs est une des graminées annuelles les plus élevées et les plus vigoureuses. Les tiges, dont la hauteur varie dans les divers types et variétés, sont pleines, tandis que celles de la plupart des autres graminées sont creuses. Les feuilles, longues, larges, ondulées, se terminent gra-
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duellement en pointe à l'extrémité. Au sommet de la tige se trouve une forte panicule, à rameaux étalés et chaque rameau porte de nombreuses fleurs. Ces fleurs ne contiennent que les étamines ou organes mâles et ne peuvent normalement former de graines. Les fleurs femelles, qui ne contiennent que des pistils, ou organes femelles, sont disposées en rangs sur des épis charnus, à l'aisselle des feuilles moyennes. C'est sur ces épis que se forment les graines. Au début les épis naissants sont enveloppés d'une gaine ou spathe de larges feuilles et les fleurs sont invisibles. Au moment de la floraison, une houppe de fils soyeux, longs et minces, d'un vert jaunâtre ou rougeâtre, sort du bout de l'épi. Ces fils, appelés les 'soies' sont les extrémités des fleurs femelles; ils attrapent le pollen poussiéreux qui se forme dans les fleurs mâles et que le vent dissémine. De même que dans les autres inflorescences de graminées, l'épi commence à se développer à la base et croît en montant. Aussi les premières soies visibles appartiennent aux fleurs les plus basses ; dans des conditions normales, celles-ci sont donc fécondées avant les fleurs supérieures. Si, pendant la dernière partie de la floraison, la température est défavorable, le pollen n'est pas transporté et déposé sur les soies, et la partie supérieure de l'épi reste partiellement ou entièrement stérile car les graines ne peuvent se former si les fleurs ne sont fécondées.
Historique et distribution géographique: Le blé d'Inde est évidemment d'origine américaine. Les Indiens le cultivaient bien avant la découverte de l'Amérique. On dit que les Incas du Pérou construisaient de grands entrepôts pour en faire des provisions en cas de famine. Les premiers explorateurs du Canada l'ont rencontré jusque dans la vallée du Saint-Laurent. On trouve souvent des épis de blé d'Inde dans les vieux sépulcres indiens. Ils ont été déposés là avec les morts, comme provision pour le long voyage aux heureux terrains de chasse.
On ne sait au juste où et quand il a été cultivé en premier lieu ni de quelle plante sauvage il descend. On croit généralement que sa culture a pris naissance dans le centre de l'Amérique et s'est propagée au nord et au sud. On n'en a jamais trouvé à l'état sauvage. On peut en conclure que le maïs sauvage avait disparu avant que les botanistes en aient fait la recherche, ou que c'est une plante si différente de l'espèce cultivée qu'il est impossible de l'en distinguer aujourd'hui. Cette dernière supposition est la plus généralement adoptée et la plante mentionnée comme l'espèce primitive probable est le Téosinte mexicain (Euchlaena mexicana Schrad.). Quoique
très différent du blé d'Inde au point de vue de l'apparence générale le Téosinte s'en rapproche cependant beaucoup. Les hybrides obtenus par le croisement des deux espèces produisent des graines germables. Ce n'est pas là, à vrai dire, une preuve concluante que le blé d'Inde descend du Téosinte, mais c'est une indication, car dans tous les autres cas connus les hybrides des espèces distinctes de graminées sont stériles.
Climat: Le blé d'Inde vient du sud; il exige donc un climat chaud et humide. Dans le nord, où les saisons sont courtes et la température relativement fraîche, il n'y a que les variétés les plus hâtives qui puissent arriver à maturité dans des conditions ordinaires.
Sol: Il exige un sol fertile et chaud et donne ses meilleures récoltes sur une terre franche, grasse, riche, profonde, bien égouttée, mais contenant une quantité abondante d'eau. Une bonne provision de matière organique, qui fournit des principes nutritifs facilement assimilables, augmente beaucoup le rendement. Les sols sablonneux, pauvres, ou ceux dont le niveau d'eau est très près de la surface, ne permettent pas aux racines de recueillir assez de nourriture. Dans les argiles lourdes ou dans les terrains qui reposent sur un sous-sol imperméable, la végétation est lente et le rendement peu sûr, principalement pendant les sécheresses.
Variétés: Il y a des centaines de variétés agricoles de blé d'Inde. Cette abondance de variétés s'explique par la promptitude avec laquelle les croisements se produisent entre les sujets des divers types. Certaines espèces sont naines n'ayant pas plus de dix-huit pouces de hauteur, d'autres sont géantes, atteignant une hauteur de vingt à vingt-cinq pieds. Dans quelques-unes, les épis n'ont qu'un pouce ou deux de longueur; dans d'autres ils ont jusqu'à seize pouces. Le nombre de rangs de grains, qui est toujours pair, varie de huit à vingt-quatre au plus, suivant la variété. Dans certaines espèces on rencontre des épis anormaux qui n'ont que quatre rangs, tandis que d'autres, plus développés, en ont jusqu'à quarante-huit. La grosseur des grains, leur forme, couleur, composition chimique, etc., sont extrêmement variables. D'après le Dr. E. L. Sturtevant, les variétés peuvent être classées en sept groupes principaux que voici :
I. Les blés d'Inde à gousse {pod corn) où chaque grain est tenu dans une gousse ou petite spathe et où l'épi est également enveloppé
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de spathes. Dans tous les autres groupes les grains sont nus dans les spathes. On doute cependant que les blés d'Inde à gousses forment un groupe naturel. Peut-être les spathes qui entourent les épis sont anormales et pourraient se rencontrer dans tous les groupes principaux. Cette opinion s'appuie sur le fait que la structure du grain varie dans les blés d'Inde à gousse.
2. Les blés d'Inde soufflés {pop corn) se caractérisent par une proportion excessive de l'endosperme corné, c'est-à-dire la matière nutritive qui forme la plus grande partie du grain et qui est emmagasinée pour servir aux germes; elle contient peu d'amidon. Dans ce groupe les grains et les épis sont petits. La faculté qu'ils possèdent d'éclater quand on les met sur le feu, c'est-à-dire de se retourner complètement, le dedans en dehors, sous l'explosion de l'eau qu'ils renferment, est plus prononcée dans les variétés qui ont un endosperme corné sur toute leur surface et il est moins prononcé dans celles qui contiennent un pourcentage plus élevé d'amidon.
3. Les blés d'Inde vitreux {flint corn) chez lesquels la partie centrale de l'endosperme est féculeuse et complètement entourée d'une enveloppe cornée dont l'épaisseur varie suivant les variétés. Jacques Cartier a trouvé des variétés de ce groupe dans le voisinage de Montréal.
4. Les blés d'Inde cochés {dent corn) chez lesquels la partie féculeuse centrale de l'endosperme est entourée d'une couche cornée sur les côtés du grain seulement. L'endosperme féculeux se prolonge ainsi jusqu'au sommet de l'épi. Lorsque cet endosperme sèche et se retire, il se produit des creux ou "coches" sur le sommet du grain. Les blés d'Inde cochés sont très cultivés aux Etats-Unis. Le nombre de variétés de ce groupe dépasse celui de toutes les autres variétés ensemble.
5. Les blés d'Inde mous {soft corn) qui n'ont pas d'endosperme corné et chez lesquels le retrait, au cours de la maturation, est uniforme dans toutes les parties du grain. A ce groupe appartiennent les blés d'Inde momies du Pérou et du Chili.
6. Les blés d'Inde sucrés, {sweet corn) qui sont caractérisés par des épis translucides, cornés, et une surface plus ou moins plissée, ridée ou fanée. Ils sont très cultivés pour les conserves, surtout dans les parties est du nord de l'Amérique.
7. Les blés d'Inde sucrés féculeux (starchy- sweet corn) chez lesquels la partie inférieure du grain est féculeuse tandis que la partie supérieure est cornée et translucide. Ce groupe est peu connu.
Valeur agricole: Lorsque Christophe Colomb débarqua aux Antilles on lui présenta une sorte de pain fait avec un grain que les indigènes appelaient 'mahiz'. C'est de ce mot que viennent les noms français 'maïs', et anglais 'maize', sous lesquels la plante est connue en Europe. Colomb remporta du maïs avec lui en son pays mais on fût lent à apprécier la plante en dehors de l'Espagne et du Portugal. On la cultive maintenant dans toute l'Europe, surtout en Italie, où le gruau de blé d'Inde (polenta) est la nourriture habituelle du travailleur; en Espagne où les gâteaux de farine de blé d'Inde (tortellas) sont très importants, et dans les pays situés le long du bas Danube. Plus tard sa culture s'est répandue dans toute l'Europe, l'Inde et toute l'Afrique. Toutefois elle n'a pas dans ces pays la même importance qu'en Amérique. Dans l'Amérique du Sud et du centre et dans les Etats-Unis le blé d'Inde est cultivé pour la production du grain et du fourrage. Son importance comme plante fourragère croît à mesure que l'on avance vers le nord. Vers les limites de la zone à blé d'Inde, il est cultivé principalement pour la production du fourrage.
Fourrage: On donne généralement le blé d'Inde vert pour suppléer au manque de pâturage vers la fin de l'été ou en automne. Tous les bestiaux en sont friands, mais particulièrement les bovins. Parfois on le coupe en vert et on le fait faner mais il retient beaucoup d'humidité et se conserve difficilement pour l'alimentation d'hiver.
Quand on le cultive pour la production du grain, le fourrage sec dont on a enlevé le grain mûr est dur et ligneux. On peut le hacher, l'humecter et le laisser en tas jusqu'à ce qu'il commence à fermenter, alors il devient plus succulent et forme une nourriture économique et saine pour les bêtes de rente. Toutefois il n'a pas la valeur nutritive du blé d'Inde coupé deux semaines plus tôt et que l'on ensile avec le grain.
Au Canada le blé d'Inde est cultivé comme plante d'ensilage presqu'à l'exclusion de toutes les autres plantes. Même aux limites nord de la zone à blé d'Inde, les variétés hâtives *Flint' naines telles que le jaune à huit rangs, donnent plus de nourriture par acre que toute autfe plante fourragère. Dans une localité quelconque, le type et la variété les plus propres à la production de l'ensilage varient suivant
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la durée de la saison de végétation et la chaleur naturelle du sol. C'est le blé d'Inde qui arrive à l'état lustré, c'est-à-dire à cette phase de la maturation ou le grain commence à se recouvrir d'une croûte dure à la surface, qui fournit le plus de nourriture à la tonne. C'est ce blé d'Inde qui renferme le plus de protéine, l'élément formateur de chair et la protéine de la meilleure qualité. Au début de la maturation, les éléments azotés dont cette protéine est formée se trouvent sous forme liquide et n'ont qu'une faible valeur nutritive. L'ensilage fait avec du blé d'Inde qui n'a pas dépassé le début de l'état laiteux est généralement sur, et, malgré sa succulence, c'est une pauvre nourriture pour le bétail, bien inférieure au blé d'Inde qui a presque atteint la maturité.
Il est donc très important de choisir une variété de blé d'Inde qui arrive à l'état lustré même dans des conditions légèrement défavorables de température et assez tôt pour qu'il n'y ait rien à craindre des gelées. C'est là la première considération dans le choix d'une espèce. La quantité de tiges et de grain produite vient ensuite par ordre d'importance. Règle générale, la variété la plus avantageuse que l'on puisse cultiver pour l'ensilage sur un sol ordinaire, c'est-à-dire la variété qui donne le plus de nourriture à l'acre, est celle qui mûrit parfaitement sur un sol plus chaud de la même localité où sur un sol semblable à quarante ou cinquante milles plus au sud.
L'expérience démontre invariablement qu'il est sage, pour la production de l'ensilage, de choisir des variétés hâtives plutôt que des variétés tardives à gros rendement.
Pour la production du fourrage on plante généralement le blé d'Inde en rangs, à raison de douze à vingt pintes de bonne semence à l'acre. L'écartement entre les rangs ne doit jamais être de moins de trente-six pouces pour les variétés hâtives et courtes, et de quarantedeux pouces pour les variétés tardives et élevées.
Quand on plante deux ou plusieurs variétés de blé d'Inde pour l'ensilage, il est bon de les planter séparément, surtout si l'une des espèces est plus élevée ou fleurit plus tard que l'autre. Quand les variétés plus petites et plus hâtives sont plantées en mélange avec les espèces plus développées et plus tardives, les premières sont généralement mal fécondées et leur rendement de grain en souffre.
Semence: Il faut s'attacher à prévenir les croisements entre les variétés. Le vent transporte le pollen à de longues distances et les semences de variétés cultivées dans un rayon de 400 verges l'une de l'autre sont sujettes à être plus ou moins impures.
Le blé d'Inde égrené, de même que le blé d'Inde en épis, retient beaucoup d'humidité; à moins que l'on ait pris des soins tout spéciaux pour faire sécher la semence avant de l'emmagasiner, sa vitalité peut souffrir beaucoup d'une forte chaleur ou d'une forte gelée. Le blé d'Inde tout à fait mûr et destiné à la production de la semence devrait être coupé et séché sur la tige avant d'être épluché, c'est-à-diie dépouillé de ses spathes. Si le temps est humide, peu favorable au fanage, il faut employer des moyens artificiels pour faire sécher la semence sur l'épi. On doit la protéger contre la gelée jusqu'à ce que la rafle (coton) soit tout à fait séchée et cassante. Un germe noir, à enveloppe ridée, indique que la graine a souffert de la gelée.
MILLETS.
Les millets comptent parmi les plantes les plus anciennes en agriculture. On les cultive depuis un temps immémorial en Asie et dans certaines parties de l'Europe, où la graine sert principalement à l'alimentation de l'homme. En Amérique ils servent à la production du fourrage. Au Canada ils sont rarement employés dans les assolements réguliers mais on les utilise comme cultures dérobées.
Tous les millets exigent une terre franche, riche, contenant beaucoup de principes fertilisants, près de la surface, et une bonne quantité d'eau. Dans des conditions favorables la végétation est rapide et l'on obtient une récolte serrée en peu de temps. La récolte peut être utilisée sous forme de foin, de pâturage ou d'ensilage. Les nombreuses variétés cultivées au Canada et aux Etats-Unis appartiennent à quatre espèces très différentes d'aspect général.
Quelle est la première chose? Bien cultiver. Quelle est la seconde? Bien labourer. Quelle est la troisième? Fumer. — Un champ, s'il n'est pas fumé se refroidit; si on le fume trop, il est brûlé; il vaut mieux fumer souvent qu'avec excès. — Pline, Histoire naturelle, 23-79 AC.
Apprenez qu'il n'y a qu'une chose en culture. — Avec elle tout vient et sans elle on n'a rien
Qu'est-ce que c'est, demandent-ils? . . Du fumier, répond Liset . . C'est le maître laboureur, c'est le grand cultivateur. Dans la plaine, on croit s'enrichir avec du grain, on sème toujours. Qu'arrive-t'il?
Le fumier manque, la terre se lasse et le laboureur se ruine en travaillant Apprenez-le, tous et chacun,
le fumier est la richesse du fermier. Voulez-vous savoir une autre chose, la voilà: La terre ne s'améliore que par le fumage et le labourage; clouez cà dans votre caboche. — Bujault.
Qtt'est-ce que bien cultiver? i* labourer, 2° labourer, 3* fumer. C'est aussi employer de la bonne semence, semer copieusement et enlever toutes les mauvaises herbes qui peuvent pousser pendant la saison. — Caton, 9S-46 a.J.C.
Planche I