CONSERVATION DES BETTERAVES. J
Plus les caves sont profondes, mieux les racines y sont à l'abri de la gelée. Pendant les grands fri)ids, on tient toutes les ouvertures hermétiquement closes, et on les calfeutre à l'extérieur avec des bottes de paille. On ne doit rentrer les racines dans les caves que lorsqu'elles'sontbien ressuyées et alors que la température n'est pas trop élevée. 11 suffît de quelques tombereaux de racines humides pour former un foyer de feraienlation qui altère toute la masse. Les racines qui ne sont pas suffisamment ressuyées peuvent être mises en silos, ou bien on les place temporairement dans un maga^n, en couches peu épaisses où elles se dessi^chent. On entasse les i-acines dans -les caves sur une épaisseur de deux ou troi» mètres, en réservant de distance en distance des allées qui vont jusqu'au mur, depuis le passage de service. Quand les tas sont très considér^les, on établit de distance en distance des cheminées d'aération. A cet elfet on a disposé préalablement des rangs de fascines sur le sol, et avec d'autres fagots, placésverticalement sur les premières, on aménage desconduils l>our la circulation des gaz.
Dans les grandes fermes, dans celles où il e.xiste des distilleries, on conserve ks Tucines pendant toute la durée du travail d'hiver dans des m'iijasini qui oifrent beaucoup plus de commodité que les autres procédés. Les murailles de ce^ locaux doivent avoir assez d'épaisseur pour empêcher la gelée de pénétrer ; le plafond est généralement formé par de légères voûtes en briques tout & fait surbtùssées et appuyées sur des poutres en fer à double T. Le jour n'y pénètre que par quelques lucarnes vitrées suftisanles pour l'aération et l'éclairagi^ des ouvriers. On y entasse les racines sur trois ou quati')t mètres de hauteur. C'est surtout ici qu'il faut ménager des cheminées d'aération en fascines, pour éviter une élévation de température trop considérable. Il faut ménager un couloir de service tout le long du magasin, pour permetti'i^ d'y entamer la masse au point oil la fermcnlation se développerait.
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POHUe DE TERRE.
POMME DE TERRE {Solanum tuberosum).
te précieux tubei-cule, qui rend, sous les formes les plus variées, les services les plus signalés à l'alimen talion de l'homme el des animaux ainsi qu'à l'industrie, n'était pas connu des anciens. C'est une conquête moderne. La pomme do terre en effet est originaire des Andes de la Colombie et ilu Pérou. Elle fut d'aboi-d introduite dans la Galicie et les anciens auteurs castillans Zarota et Acosta en ont laissé la description. De là elle passa en Italie, où elle était déjà connue vers le commencement du ivi' siècle. Elle se répandit ensuite en Allemagne, où son nom Kartoffeln, dérivé sans conteste du mot Tartuffoli, atteste son origine.
D'autre part, John Hawkins la transportail de Colombie en Irlande dès 1545 ; mais, dans ce pays, dont elle devait faire plus tard la nourriture presque exclusive, elle fut l'objet de peu d'attention. Bien qu'en 1686, l'amiral Drake en ait remis au botaniste anglais Géi-ard des tubercules qu'il cultiva à Londres, elle ne commença à être sérieusement cultivée en Irlande qu'en 1623, après y avoir été réintroduite par Walter llaleigh.
En Allemagne, négligée d'abord, la famine de mo la Ut admettre dans la grande culture.
La France ne la i-eçut que plus tard, et c'est seulement «ous le régne de Louis XV qu'elle commence à être cultivée en Poitou el en Limousin. Mais elle avait été introduite en Lorraine vers 166S, elle y était suffisamment cultivée pour que le 21 juin 1715 le Parlement de Nancy décidât que la dime serait payée pour les pommes de terre comme pour les autres récoltes régulières.
Quoi qu'il en soit, c'est aux efforts de Parmentier, vers 1786, et au commencement du iix* siècle, qu'on doit l'extension de sa culture et son admission dans le régime alimentaire. " Avant rinlroduction de la pomme de terre, dit le fondateur de rinslitut agronomique de Veisailles, M. de Gasparin, les populations de l'Europe étaient affligées de famines presque périodiques. Toutes comptaient pour se nourrir sur les
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récoltes de céréales. En Allemagne, le seigle ; en Irlande et en Ecosse, le gruau d'avoine ; en Angleterre et en France, le Troment étaient la seule base de la nourriture ; le succès de toutes C£S récolles dépendait de l'état atmosphérique des mêmes saisons ; les orages, les brouillards, une longue succession de pluies ou de sécheresse étendaient-ils leur influence sur une grande partie de l'Europe, la disette frappait k la fois une grande étendue de pays et décimait la population pauvre. Introduire comme supplément une plante dont la végétation a lieu dans d'autres circonstances, qui cache ses produits sous la terre, brave les brouillaids et la grêle, végHe avec vigueur sous l'influence d'un printemps humide, offrait une garantie précieuse contre le retour de ces calamités ; c'était la plus grande découverte que put recevoir l'état social.
Tel a été le bienfait auquel Parmentier a attaché son nom parmi nous, et si ce nom n'a pu lutter contre les effets de l'habitude, si la Parmentière n'a pu conserver ce baptême de ta reconnaissance, l'histoire de notre agriculture dira du moins t'influence que cet homme bienfaisant a eue sur l'avenir de nos générations.
Mode de végilalioii. — La pomme de terre développée présente des tiges de deux espèces : des tiges herbacées, rameuses, naissant au-dessus du sol, portant des feuilles bien développées, des fleurs et des fruits (baies renfermant la semence) ; des liges souterraines ou rhizomes, blanches, terminées par un groupe de bourgeons, qui bientôt se tuméfient et constituent les tubercules. Donc une pomme de terre n'est autre chose qu'une tige renflée, portant des bourgeons à l'aisselle de feuilles avortées.
On voit quelquefois se développer k l'aisselle des rameaux aériens, par les temps humides, des tubercules analogues à ceux que produisent les rhizomes de la pomme de terre. L'action de la lumière les a verdis et ion y voit de véritables feuilles développées, à l'aisselle desquelles sont placés des yeux ou boulions. Il n'y a donc pas de doute sui- la nature du tubercule amylacé qui nous occupe, c'est bien un axe renflé, ce n'est pas une racine.
Ces bourgeons situés sur les tubercules, séparés ou non les
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uns des autres, p&r la fragmea talion de ce dernier, servent habituellement à sa reproduction.
Dans la pomme de lerre, comme dans tous les végétaux, ce sont les extrémités des tiges et des rameaux, les bourgeons renfermant le végétal en miniature, qui possèdent la plus grande vilalité ; c'est généralement par là que commence la végétation printanière. Les bourgeons situés au sommet du tubercule, ou partie la plus éloignée de la naissance de la tige, sont aussi ceux qui se développent les premiers, quelquefois quinze jours avant ceux de la base. Aussi dans une touffe de pomme de terre, provenant d'un tubercule entier, on peut trouver des tiges qui poussent, fleurissent et meurent les unes après les autres; et, plus tard, des tubercules à tous les degrés de développement, selon qu'ils proviennent des premières ou des dernières pousses. En ne plantant d'une manière continue que le sommet des tubei-cules, on peut obtenir des pommes de terre plus hâtives.
Quand on place un tubercule dans le sol, chaque oeil donne naissance h un ou plusieurs axes qui, en se développant, forment les tiges de la plante. De la base de celles-ci partent de nombreuses racines llbrenses. Les tiges, dans leur partie enterrée, produisent des branches souterraines, écailleuses, qui, à leur tour, émettent des rameaux : ce sont là de véritables rhizomes qui se développent dans l'intérieur du sol et qui, se gonflant de distance en distance, et surtout à leur extrémité, donnent naissance aux tubercules. La tige pnmitive qui fournit les rameaux aériens continue À se développer et donne des fleurs et des baies l'emplies de semences-
Lorsque les baies sont mûres, les liges aériennes se dessèchent et meurent. Mais les tubercules restent vivants. C'est cette é|ioque que l'on considère comme celle de la maturité de la pomme de terre.
Si les tubercules sont placés dans une cave chaude et humide, ils produisent des tiges blanches, étiolées, qui ne donnent pas de tubercules, ou n'en produisent que de rudimentaiies. Si l'on a eu soin de peser le tubercule avant son développement dans l'obscurité, et qu'on le pèse après son développement avec tous ses produits étiolés, on constate une
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importante perte de substance. C'est que, en l'absence de la lumière, la plante contioue bien k vivre el ix s'oi^aniser à l'aide des matériaux organiques qui étaient emmagasinés dans le tubercule, mais qu'en méine temps elle bnUe du carbone pour sa respiration, qu'elle est d'autre part dans l'impossibUilé absolue d'assimiler quoi que ce soit du dehors.
Quand on sème des graines mûres, on obtient des plantes qui produisent de très petites tubercules. En replantant ceuxci plusieurs années de suite, on arrive à former des variétés nouvelles.
Comme pourles fruits, les variétés de pommes de terre ne se reproduisent pas d« semis. Le bouturage seul des tubercules ou des tiges permet la multiplication dans l'espace et dans le temps des variétés d'élite. Nous ferons observer en passant que la greffe n'est en réalité qu'une bouture placée dans des conditions particulières.
Exigences olimatériques.
Comme les autres végétaux, la solanée qui nous occupe exige pour arriver à sa maturité un ensemble de conditions climatériques et agrologiques déterminées. M. Boussingault, en étudiant sa végégalion en Europe et dans son pays d'origine, a constaté que pour mûrir, la pomme de lerrc a besoin de recevoir environ 3000 degrés de chaleur moyenne. Hais si l'on'considère les nombreuses variétés que nous possédons, on constate que la quantité de chaleur nécessaire varie beaucoup suivant leur h&tivité. Nous avons pu, pendant deux années de suite, étudier sous ce rapport H2 des meilleures variétés connues et nous avons constaté que tandis que certaines espèces exigent seulement 1500° pour mûrir, d'autres en demandent jusqu'à 2500°. La moyenne de toutes nos observalions est voisine de 2 300°.
En ne considérant que les variétés principales (Chardon, Van der Weer, Farineuse rouge, Chave, Blanchard, E^rly rose, Seguin, Quarantaine violette, Zélande, Saucisse, Magnum honum) nous avons remarqué que les variétés hÂtives de grande culture exigent en moyenne 2 100" de chaleur, tandis
que les lanlives en demandent jusqu'à -2500° et plus. De U plantation ù la lovée, nous avons compté 410° ; de la levée à la floraison, 625°; el de la floraison & la maturité, 1306" : soit en somme 2341°.
La pomme de leire Richter's Imperator, variété très tardive, (|ue nous cultivions déjà en.tSSO, mais qui depuis a été améliorée h un haut degré ot vulgarisée par Aimé Girard, a exigé à Archeviliiers, prfs Chartres, en 1890, une somme de chaleur de 2900°. Il faut donc la planter de très bonne heure chez nous, dès la tin de mars, pour qu'elle ait le temps de mûrir el d'acquérir tout son développement avant l'aiTachage qu'on ne peut guèi'e reculer après la mi-oclobre.
Mais la chaleur seule n'est pas suflisante. Nous avons déjà dit que sans le secours de la lumière, ta plante ne peut rien assimiler. Pour la variété extra-taidive et productive que nous venons de signaler, nous avons observé une somme de degrés acii nom étriqués horaires «le 7485°, avec une durée de radiation solaire s'élevant environ à 1 732 heures. L'action de la radiation solaire directe a été mise en évidence par M. Pagnoul, directeur de la Station agronomique d'Arras, et, en 1890, nous avons nous-mème fait ressortir cette influence en donnant le rendemeJil de pommes de terre poussées à l'ombre d'un blé élevé et de pommes de terre venues en plein soleil. Les pi-emières n'ont rendu que 34000 kilc^rammes à l'hectare, tandis que les dernières en donnaient 41 100 kilogrammes. Cette ditrérem-e de 7 000 kilogrammes ne laisse aucun doute sur l'importance de l'action des radiations solaires sur le rendt'nieni de la pomme de terre.
Condrtions agrologiques.
Dans des sols également riches en pi'incipes alimentai l'es, le succès de la culture de la pomme de teri'O est en raison directe de la fraîcheur du sol et en raison inverse de la ténacité. La pomme de terre donne surtout des résultats satisfaisants dans les sols légei-s et frais, c'est-à-dire qui contiennent à 0",30de profondeur de IS à 18 p. 100 d'eau. (ïette proportion peut diminuer un peu dans les climats humides et augmenter