QUINQUINA COULEUR DE ROUILLE
FAMILLE DES RUBIÀCÉES.
C. frutescente j gracili > vix ramoso ; foliis oblongo-lanceolatis > sub an gusti s , margine revolutis superne profunde sulcatis , coriaceis j racemis elongatis > interruptis.
Macrocnemum foliis oblongo-lanceolatis, coriaceis, integerrimis. Veli, in Vand. Lus. et Bras. p. il±. — Rcem. etSchult vol. v, p. 16.
Cinchona ferruginea. Aug. de S. Hil. App. Voj. p. 8.
Noms vulgaires : Quina da Serra ; Quina de Remijo.
Description. Arbrisseau de 4 à 5 pieds, plus rarement davantage; à tige grêle, droite, simple ou peu rameuse, trigone ou tétragone à son sommet, suivant que les feuilles sont ternées ou opposées. A l’exception du bas de la tige et de la surface supérieure des feuilles qui y est glabre ou simplement pubescente , du moins quand elles sont adultes , toutes les parties extérieures de la plante sont chargées de poils couleur de rouille, plus abondans et plus serrés sur les pédoncules, l’axe des grappes, les bractées et le calice. Feuilles opposées ou plus souvent ternées, pétiolées, longues de 5 à 8 pouces, larges d’un pouce et demi à 2 pouces, oblongues-lancéolées, un peu étroites , aiguës aux deux extrémités , quelquefois un peu acuminées au sommet, entières, repliées en dessous en leurs bords, coriaces, relevées inférieurement de nervures très - saillantes, creusées à la surface supérieure d’un sillon longitudinal qui répond à la nervure moyenne , et de sillons latéraux arqués et profonds qui correspondent aux nervures latérales : pétiole court, velu, convexe en dessous , canaliculé en dessus. Stipules placées entre les feuilles, soudées à la base, longues d’un demi-pouce, élargies, linéaires-lancéolées, aiguës, caduques. Grappes axillaires , plus ou moins longuement pé- N° II. ï
donculées, dressées ou ascendantes, composées de quatre à sept paires écartées dans le bas, de rameaux simples, généralement assez courts, nuis ou presque nuis à l’extrémité de la grappe : pédoncule long, comprimé : rameaux de la panicule comprimés, ascendans , accompagnés de deux bractées opposées , linéaires-aiguës , entre lesquelles sont autant de stipules larges à la base, demi-ovales, aiguës. Fleurs sessiles à l’extrémité de la grappe ou de ses rameaux et entremêlées de bractées linéaires-aiguës. Calice adhérent, à peu près turbiné , dont le limbe est à cinq dents profondes, aiguës et inégales. Corolle tubuleuse infondibuliforme , longue de 6 à 8 lignes, légèrement courbée, couleur de chair 5 à limbe quinquéparti *, dont les divisions sont linéaires-aiguës, charnues, triangulaires dans leur circonférence , avec l’angle interne obliquement tronqué à sa base. Cinq étamines incluses, glabres, insérées au-dessous du milieu du tube de la corolle, mais à des hauteurs inégales, quoique aboutissant toutes au meme niveau : filets aplatis, très-inégaux; deux presque nuis , le troisième ayant environ le cinquième de la longueur de l’anthère, le quatrième un peu plus du tiers, et le cinquième environ les deux tiers : anthères linéaires, étroites, biïoculaires, s’ouvrant longitudinalement. Style inclus , glabre, ayant deux fois la longueur du calice, divisé au sommet en deux branches linéaires-aiguës, épaisses, stigmatiques à la face. Nectaire épigyne, presque cylindrique, entourant la base du style sans y adhérer. Ovaire biloculaire, à loges polyspermes : ovules nombreux, déprimés, presque orbiculaires, ascendans, embriqués , attachés dans chaque loge à un placenta alongé , charnu, semi- cylindrique, porté par la cloison. Capsule longue de 6 à 10 lignes, ovoïde-elliptique, comprimée, creusée d’un sillon sur le milieu de chaque face, dure, presque ligneuse, divisée en deux loges et dans le sens le plus étroit par les valves rentrantes, s’ouvrant en deux valves par le milieu de la cloison dont chaque moitié présente alors dans son milieu une interruption linéaire (déhiscence loculicide). Semences nombreuses, embriquées, peltées , très-aplaties, déprimées, munies d’un large bord membra-
* Le limbe de la corolle est quelquefois à six divisions , et porte alors six e'tamines.
neux, ayant avec ce bord la longueur d’environ trois lignes et une forme ovale-elliptique irrégulière. Ombilic placé un peu au-dessous du milieu de la face de la semence.
Avec cette plante, les habitans du pays en confondent deux autres qui , malgré la différence de forme que présentent leurs feuilles , pourraient être considérées comme des variétés avec d’autant moins d’invraisemblance, que les feuilles des Cinchona sont en général très-sujettes à varier. Ces deux plantes sont :
2° CINCHONA VELLOZII.
QUINQUINA DE VELLOZO.
C. caule frutescente j gracili, vix ramoso ; foliis ovatis , utrinque acuminatis , margine revolutis , superne profunde sulcatis , coriaceis ; racemis axillaribus , interruptis.
Macrocnemum foliis ternis, lato-lanceolatis , undatis , integerrimis, coriaceis. Veli. in V and. Lus. et Bras. 1 4- — Veli, in Script. Lus. 88. — Rœm. et Schult. vol. v, p. 6.
Cet arbrisseau diffère du précédent par ses feuilles ovales, acuminées aux deux bouts , larges de 3 à 4 pouces ; par ses pédoncules ordinairement plus courts \ ses bractées moins linéaires ; ses fleurs plus longues et plus nombreuses.
3° CINCHONA REMIJIANA.
QUINQUINA DE REMIJO.
C. caule frutescente j gracili , vix ramoso ; foliis late ellipticis , obtusis , cuspidatis j in summum petiolum sub de currentibus , margine revolutis , superne profunde sulcatis, coriaceis; racemis axillaribus, interruptis.
Cette espèce offre à peu près tous les caractères du C. ferruginea.
Cependant elle s’en distingue par ses feuilles larges d’environ 3 à 4 pouces, elliptiques, obtuses, un peu decurrentes sur le pétiole et terminées par une pointe courte.
Localités. J’ai trouvé les Cincliona ferruginea , V ellozii et Remijiana entre les 2i° 45' de lat. sud et les if 5o'. Ils croissent à la hauteur de deux à quatre mille pieds au-dessus du niveau de la mer, sur les sommets arides et découverts de cette chaîne de montagnes qui s’étend du sud au nord dans la province de JMinas , et qui forme la limite des bois vierges et des pays découverts. Ces trois plantes sont un indice à peu près certain de la présence du fer. On les trouve, entre autres, dans le voisinage de S. Joao-del-Rey , les alentours de Uilla-Rica, la Serra-dos-Pûoes près S. Miguelde-Mato-D entro , Penha dans le termo de Minas-Novas , etc.
Étymologie. Ces plantes ont été appelées par les habitans du pays Quina da Serra, parce quelles croissent dans les montagnes, et Quina de Remijo , parce quun chirurgien de ce nom fut le premier qui en indiqua l’usage. J’ai appelé la première des trois espèces C . ferruginea j à cause de sa couleur ; la seconde C. V ellozii , enl’honneur de l’abbé Vellozo de Villa-Rica qui l’avait distinguée comme moi , et qui l’a brièvement indiquée dans le Florce Lusitaniccc et Brasiliensis specimen de Vandelli ; et eniin la troisième C. Remijiana , afin de conserver le souvenir de celui auquel on est redevable de l’application de ces plantes comme fébrifuges.
Usages. Au milieu de tant de plantes auxquelles les Brasiliens donnent à tort le nom de Quina, les Cincliona ferruginea, Felloziiet Remijiana doivent être distingués comme de véritables quinquinas. Leur écorce amère et astringente ressemble singulièrement, pour la saveur, à celles du quinquina de l’Amérique espagnole; je ne doute pas quelle n’ offrît les mêmes principes, et elle a été employée avec succès comme fébrifuge par les habitans des pays où on la trouve. 11 faut avouer cependant quelle ne paraît pas produire des résultats tout-à-fait aussi heureux que le quinquina du Pérou et le Strychnos
pseudoquina. Mais comme on ne rencontre pas cette dernière plante dans les lieux où croissent les trois quinquinas dont il s’agit ici, ils peuvent être employés comme d’utiles succédanées.
Observations botaniques . On sait que le genre Cinchona se distingue par un calice adhérent, 5 — denté ; une corolle infondibuliforme a limbe quinquéparti , cinq étamines incluses ; un ovaire a deux loges poljspermes ; une capsule à deux valves qui s’ ouvrent par le milieu des cloisons ( déhiscence septicide) ; des semences embriquées bordées d’une membrane irrégulière. Les trois espèces décrites plus haut, présentant tous ces caractères , n’appartiennent évidemment point au genre Macrocnemurn , comme l’avait cru Vellozo. Ce qui au reste rend très-excusable l’erreur du botaniste brasilien, c’est que, pendant longtemps, les caractères de ce dernier genre ont été tracés d’une manière extrêmement vague, et de nos jours seulement on a reconnu qu’il se distinguait essentiellement du Cinchona par sa déhiscence loculicide. ( V. Kunth Nov. gen. in, p. 5g8. ) Quoi qu’il en soit, on ne saurait nier que les C. ferruginea , Vellozii et Remijiana ne diffèrent beaucoup par leur aspect des autres Cinchona , et ils pourraient former, dans ce genre, une section bien caractérisée par l’inflorescence et la structure très-remarquable des feuilles.
i . Fleur très-grossie. — 2. Sommet de la corolle fendue et étalée pour montrer l’insertion des étamines. «.Tube. b. Étamines, c. Style.. — 3. Calice avec l’ovaire adhérent, a. Bractées. — 4. Coupe verticale de l’ovaire, a. Nectaire épigyne avec la base du style, b. Ovules. — 5, Coupe horizontale de l’ovaire. — 6. Capsule de grandeur naturelle. — 7. Graine grossie.