JN° II
EXOSTEMA CUSPIDATUM.
EXOSTEMA CUSPIDÉ.
FAMILLE DES BUBIACÉES.
E. foliis magnis j, lanceolato-ovatis , cuspidatis, nervosis, subtus villosis; panicula terminali ; limbo calycino obscure qilinquedentato, ovario longiore; filamentis medio villosis ; stigmate bifido.
Nom vulgaire : Quina do mato.
Description. Tige arborescente, droite, haute de 8 a. io pieds et peut-être davantage. Feuilles opposées, petiolees , longues de q a i5 pouces, lanceolees-ovales , aiguës a la hase, legei ement obtuses à leur sommet, terminées assez brusquement par une pointe aiguë , un peu ondulées sur leurs bords, pubescentes en dessus, velues en dessous : nervure moyenne très-velue, saillante en dessus et en dessous : nervures latérales arquées , ascendantes , également saillantes et velues : veines ne paraissant qu’en dessous et s etendant d une nervure à l’autre : pétiole court, velu, anguleux en dessous, canaliculé en dessus. Stipules caduques. Panicule terminale, plus courte que les feuilles, étalée, velue, blanchâtre, portée par un pédoncule triangulaire et velu , long de 2 à 3 pouces : rameaux de la panicule presque horizontaux, comprimés, divisés, accompagnés, ainsi que leurs divisions, de bractées ovales-aiguës, larges a la base, glabies en dessus, velues en dessous. Fleurs sessiles ou presque sessiles, réunies au nombre d’environ trois a six a 1 extrémité des subdivisions de la panicule et accompagnées de bractéoles d’une forme semblable à celle des bractées. Calice turbiné, velu, blanchâtre; son limbe est sensiblement évasé, plus long que la partie adhérente et à cinq dents peu marquées. Corolle tubulée, 5 — fide, longue de 2 à 4 lignes, blanche , dont le tube est sensiblement plus étroit que le limbe du calice, pubescent par intervalles , et garni à son entrée de poils nom- W III. 1
breux et serrés; dont les divisions sont oblongues, très-obtuses, réfléchies dans leur moitié supérieure et plus longues que le tube. Cinq étamines s’élevant hors de la corolle, alternes avec ses divisions, insérées un peu au-dessus de la moitié du tube : filets barbus au milieu de leur face : anthères linéaires , glabres , bifides à leur base , attachées par le dos un peu au-dessus de cette meme base, biloculaires et s’ouvrant longitudinalement. Style glabre, divisé jusqu’au tiers ou environ en deux branches linéaires -lancéolées, obtuses, épaisses, stigmatiques à la face. Nectaire épigyne déprimé, entourant la base du style sans y adhérer. Ovaire adhérent, biloculaire, polysperme : ovules extrêmement nombreux, attachés dans chaque loge à un placenta proéminent, mais point embriqués. Je n’ai pas vu le fruit.
Localités. Cette plante croît dans les bois vierges du Brésil méridional.
Avec l’espèce précédente on en confond très- aisément une autre qui cependant en est fort distincte et que nous allons décrire ici. Ne pouvant la figurer tout entière, nous donnons cependant le dessin de la fleur et du fruit.
EXOSTEMA AUSTRALE.
EXOSTEMA AUSTRAL.
j E. foliis magnis j ovatis, nervosis , infernè subvillosis ; panicula terminali , sessili , profunde tripartitâ ; limbo calycino ovario multo breviore, quinquelobo ; staminibus glaberrimis; stigmate indiviso.
Description. Tige arborescente. Feuilles ressemblant beaucoup à celles de l’ Exostema cuspidatum , opposées , pétiolées, longues de 12 à i5 pouces, larges de 7 à 8, ovales, aiguës a la base et un peu décurrentes sur le pétiole, obtuses au sommet ou a peine aiguës,
très-lëgèrement sinuées et un peu caleuses sur les bords, à peine pubescentes en dessus, un peu velues inférieurement, munies d’une nervure moyenne velue, saillante en dessus et en dessous, de nervures latérales presque horizontales également saillantes et velues, et enfin de veines qui ne paraissent qu’en dessous et s’étendent d’une nervure à l’autre : pétiole fort court, velu, convexe en dessous, canaliculé en dessus. Stipules persistantes, ovales triangulaires, trèsaiguës, velues en dehors sur le milieu. Panicule terminale, sessile , longue d’environ 7 pouces à un pied, velue , divisée dès la base en trois branches dont les deux intermédiaires plus courtes : rameaux de la panicule opposés, comprimés, divisés et subdivisés en ramilles également comprimés, rarement alternes; les divisions principales de la panicule sont accompagnées de bractées linéaires-subulées, velues en dehors, entre lesquelles se trouvent des stipules triangulaires également velues à l’extérieur. Fleurs longues d’environ 3 lignes, portées par des pédicelles très-courts et glomerulées à l’extrémité des dernières divisions de la panicule. Calice turbiné, velu ; à limbe beaucoup plus court que la partie adhérente , plus étroit qu’elle et quinquélobé. Corolle quinquéfide, dont le tube est plus court que les divisions qui sont ovales , très-obtuses , courbées en dedans, un peu pubescentes à leur base. Étamines au nombre de cinq, parfaitement glabres, plus longues que la corolle, insérées au sommet du tube et entre ses divisions : anthères elliptiques, courtes, ayant la face tournée vers le centre de la fleur. Style velu. Stigmate indivis et eh tète. Nectaire épigyne, très-déprimé. Ovaire biloculaire, polysperme : ovules très-nombreux, attachés dans chaque loge à des placentas charnus , proéminens. Capsule turbinée-ovoïde, terminée par le limbe persistant du calice , velue , biloculaire , polysperme, s’ouvrant en deux valves qui , lors de la déhiscence, partagent dans son épaisseur la cloison dont chaque moitié offre alors une interruption auparavant remplie par les placentas. Semences trèspetites, semblables à de la sciure de bois, comprimées, de forme très - variable , munies d’un bord membraneux, étroit et presque entier.
Localités. Cette plante croît dans les bois vierges du Brésil méridional : on la trouve jusque dans les environs de S. Paul.
Usages. D ans plusieurs parties du Brésil, on se vante de posséder les Quinc/uina du Pérou ; mais le plus souvent on a donné le nom de Quina à des plantes qui n’appartiennent point aux vrais Cinchona. Celles dont je viens de donner la description sont de ce nombre. A la vérité elles se rapportent à un genre très-voisin, l’ Exostema , qui fournit les écorces vulgairement connues sous les noms de Quinc/uina Piton j Quinquina des Antilles j etc. ; mais quoique ces écorces soient fébrifuges, l’on n’y a trouvé ni quinine, ni cinchonine, et leurs propriétés sont beaucoup moins actives que celles des véritables Quinquina. L’écorce des Exostema cuspidatum et australe peut également être employée dans les fièvres intermittentes à défaut de médicamens plus efficaces; cependant beaucoup plus aqueuse, moins astringente et même moins amère que celles des Cinchona ferrugineaEellozii et Remijiana j elle paraît leur être fort inférieure en qualité , et elle confirme par conséquent ce qui avait été observé dans les autres espèces congénères *.
Observations botaniques. Le genre Exostema n’est qu’un démembrement des Cinchona, et, quoiqu’il ait été formé de nos jours, les auteurs ont déjà beaucoup varié sur ses caractères. Voici ceux qu’ils lui ont le plus généralement attribués : une corolle glabre à tube fort long; des étamines se montrant en dehors , qui , suivant les uns, sont insérées au bas du tube, et suivant les autres, le sont à son sommet ; un stigmate en tête ; des semences peu nombreuses , munies d’un bord entier. Mais, i° la corolle est glabre dans beaucoup de véritables Cinchona ; d’un autre côté, elle est soyeuse dans VE. Peruvianum (KunlhNov. Gen. vol. ni), et elîeale tube pubescent par intervalles dans VE. cuspidatum; 2° le tube est assez court dans cette dernière plante et l’^C. aus-
* On trouve dans les Mémoires de l’Académie de Lisbonne ( vol. ui, 2e part. , pag. 96} , une analyse chimique très-soignée d’une écorce envoyée de Rio-de- Janeiro sous le nom de Quina; mais cette analyse est presque sans utilité, parce qu’on n’y a pas joint la description de l’arbre qui avait fourni l’écorce analysée, et qu’on ne peut dire avec une entière certitude à quelle espèce il appartenait. Cela seul prouverait la nécessité de joindre des descriptions botaniques aux observations que l’on fait sur les principes et les propriétés des plantes.
traie, beaucoup plus court même que dans une foule de vrais Cinchona, et pourtant il est impossible de ne pas faire entrer ces deux espèces dans le genre Exostema , puisqu’elles ont des étamines sortan tes ; 3° les organes mâles sont insérés au sommet du tube dans les E. Peruvianum et australe , au fond du tube dans les espèces indiquées par Rœmer et Schultes, enfin un peu au dessous du milieu dans YE. cuspidatum ; ainsi la position des étamines ne fournit point ici de bons caractères; 4° on n en Peut Pas tirer de meilleurs du stigmate; en effet il est bilobé dans YE. Peruvianum ; on l’indique comme bilamellé dans YE. Philippinum ; ses divisions très-apparentes dans YE. cuspidatum y ont au moins le cinquième de la longueur du style, et enfin il est entier dans Y E xostema australe si voisin du cuspidatum ; 5° je trouve dans 1 E . australe , comme M. Kunth dans le Peruvianum , des semences à bords fort étroits et presque entiers; mais on n’a pas étudié ce caractère dans toutes les espèces, et ainsi l’on ne peut assurer qu’il soit général. Le seul donc qui sépare clairement les Exostema des Cinchona se trouve dans les étamines qui, chez ces derniers , sont renfermées dans le tube , tandis que celles des Exostema sortent en dehors. Cette différence facile à saisir semble d’abord artificielle ; cependant elle paraît avoir ici une haute importance , puisqu’elle coïncide avec les principes mêmes des plantes qui nous occupent, et que des étamines incluses indiquent, dans les Cinchona, des propriétés plus héroïques, tandis que des étamines sortantes sont, dans les Exostema , l’indice de l’absence de la quinine et de la cinchonine et en même temps celui de vertus moins efficaces.
EXPLICATION DES FIGURES
A. Exostema cuspidatum. — ï . Rameau réduit au quart de sa grandeur naturelle. — 2. Fleur grossie. — 3. Intérieur de la corolle. — 4- Style et stigmate. — 5. Calice adhérent très-grossi. — ~ B. Exostema australe. — ï. Fleur très-grossie. — 2. Capsule de grandeur naturelle. — 3. Capsule très-grossie. — 4- Une des deux valves de la capsule montrant que la déhiscence est loculicide. — 5. Semence grossie, munie d’un bord étroit et membraneux.