‹ Plantes usuelles des Brasiliens (volume 3)Chapitre 24 sur 56 · VIPÉRINE A FEUILLES DE PLANTAIN · texte numérisé non relu

VIPÉRINE A FEUILLES DE PLANTAIN

FAMILLE DES BORRAGINEES.

E. Caule molliter hispido ; foliis radicalibus ovatis oblongisve seu lineari-ob longis; superioribus linearibus , basi cordato -auriculatis ; floralibus cordato - auriculatis falcatis y omnibus villosis i corolla calyce triplo longiore.

E. Plantagineum. Lin. Mant. 202. — Jacq. Hort. I. t. 45.— JVild. Sp. I. p- 786. Plerorumque botanicorum.

E. Violaceum multorum.

E. Bonariense. Voir. Enc. vol. VIII , p. 674*

E. Plantagineum et plantaginoïdes. Rœm. Syst. IV s p. 18 et 19.

Nom vulgaire : Burracha chimarrona.

Description. Tiges hautes chun pied à un pied et demi, herbacées mais dures , simples ou rameuses surtout à la hase, hérissées de poils peu serrés et d’une roideur médiocre qui naissent d’un tubercule. Feuilles radicales, pétiolées, longues de deux pouces à deux pouces et demi, larges de 6 à 12 lignes, ovales ou oblongues , ou bien encore presque oblongues , obtuses et en meme temps terminées par une tres-petite pointe particulière , decurrentes sur le pétiole qui est long d’un à deux pouces; quelques-unes des feuilles inférieures semblables ou à peu près semblables aux radicales ; feuilles caulinaires alternes, sessiles, longues de 2 pouces et demi, larges de 4 à 6 1. et diminuant graduellement de grandeur, linéaires-spatulées ou simplement linéaires, obtuses et en même temps chargées d’une petite pointe; feuilles supérieures sessiles, linéaires, un peu aiguës, auriculées et presque en cœur à leur base.

Les poils des feuilles sont couchés, assez peu serrés, peu rudes , blancs, et naissent d’un très-petit tubercule. Fleurs réunies au sommet des tiges en une grappe composée ou panicule droite, longue de l\ à 6 pouces : rameaux de la grappe naissant chacun à Faisselle d’une feuille florale longue de 6 à 12 lignes, et semblable d’ailleurs aux supérieures déjà décrites *, ces mêmes rameaux sont longs d’environ 1 à 2 pouces , dressés , hérissés , chargés à leur sommet d’un faisceau serré de fleurs et de bractées ( du moins au commencement de la floraison , époque à laquelle j ai observé la plante vivante ) qui sont roulées en spirale de dedans en dehors: bractées, sessiles, linéaires-lancéolées, auriculées ou en cœur à leur base , courbées en faucille , hérissées : pédi— celles fort courts , hérissés , naissant sur le côté des bractées. Calice long d’environ 4F; à 5 divisions légèrement inégales, linéaires, aiguës, relevées d’une côte dans leur milieu. Corolle longue d’environ un pouce, infondïbuli forme , irrégulière, d’un bleu pourpre ; dont le tube qui va en s’élargissant graduellement presque depuis la base jusqu’au sommet, porte souvent quelques poils épars et est velu intérieurement tout-à-fait à sa base; dont le limbe est oblique et à 5 lobes chargés au sommet de poils plus ou moins nombreux. Étamines au nombre de 5 , inégales , insérées sur le tube à des hauteurs différentes ; 3 incluses; 2 sortantes : ûlamens filiformes , aigus, à peine chaigés de quelques poils, d’un pourpre bleu : anthères mobiles, attachées parle dos, tournées du côté de 1 ovaire , oblongues-ellïptiques , obtuses, arquées en arrière, 2 -loculaires , s’ouvrant longitudinalement , insérées sur le gynobase entre les lobes de l’ovaire. Style long d’un pouce, filiforme, sortant, hérissé dans les trois quarts de sa longueur à partir de la base , divisé au sommet en deux branches courtes, grêles et subulées. Stigmates au nombre de deux , fort petits , obtus ; un à 1 extrémité de chacune des deux divisions du style. Gynobase ( axe central ou columelle déprimée) extrêmement court, à peine sensible, s’épanchant extérieurement en une cupule fort courte,

mince , libre au sommet , aclnée par sa base à celle des lobes de F ovaire. Ovaire 4~Partite dont les divisions ou coques sont rapprochées , mais parfaitement distinctes , chargées de quelques poils roides , très - courtes , fort obtuses, convexes au dos, planes sur les côtés, uniloculaires, ï - spermes. Ovules globuleux , attachés entre le gynobase et le péricarpe au bas de l’angle de celui-ci qui est le plus voisin du style : cordon ombilical court, adhérant peut-être un peu par sa base avec celle du péricarpe. Je n’ai point vu le fruit.

Localités. Cette plante n’est point naturelle à l’Amérique ; elle appartient à la Flore européenne et naît dans le midi de la France, en Italie , en Espagne , aux Canaries et dans le nord de l’Afrique. Probablement transportée dans les campagnes du Rio de la Plata, avec des semences de légumes ou de céréales , elle ne croissait encore du temps du Commerson (ï 767), qu’entre les pierres qui sont auprès de Monte-Video (1). Comme une foule d’autres plantes européennes, elle s’est bientôt multipliée d’une manière surprenante. On la retrouve aujourd’hui jusqu’au fort de Sainte-Thérèse, vers les anciennes frontières des possessions brasiliennes ; elle vit en société; et, dans la province Cisplatine, ses tiges serrées étalent sur le bord des chemins deux larges bandes de fleurs d’un bleu pourpre (2). Cette Borraginée fleurit en Amérique, dans les mois d’octobre, novembre et décembre.

Usages , étymologie. On sait que les Borraginées à fruits secs sont en général mucilagineuses , douces et émollientes. Les cultivateurs de la province Cisplatine retrouvant ces propriétés dans l’espèce que je signale ici, l’emploient avec raison dans les cas où en Europe l’on prescrit la Bourrache officinale , et ils lui donnent meme le nom de Bourrache sauvage {Burracha chmiarona. ) Comme aucune plante du meme groupe ne croît na-

(1) Voyez mon introduction aux Plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay.

(2) C’est du moins ce qu’on peut conclure des notes de ce voyageur.

turell ement clans les parties du Brésil situées entre les tropiques (ï), les habitans de ces contrées pourraient tirer de Monte-Video des graines du Burracha chimarona. Cette espèce réussirait chez eux probablement mieux que toute autre Borraginée, puisque déjà naturalisée en Amérique, elle commence à s’étendre cl’ ellemême assez loin vers le nord.

Observations botaniques. — Synonymie. — Plus les contrastes sont sensibles , moins on fait d’attention à des nuances légères. Lorsque après avoir observé pendant plusieurs années des plantes entièrement étrangères à notre Flore, je retrouvai quelques espèces européennes, je fus uniquement frappé de la différence qui existe entre celles-ci et les premières ; les modifications de détail disparurent à mes yeux pour un instant, et c’est ainsi que j’appliquai à VEchium dont je viens de donner la description, le nom de l’espece que j’avais rencontrée le plus souvent dans ma patrie. A peine arrivé en France, je m’empressai de rédiger un aperçu de mon voyage {Mém. mus . vol. IA), et en citant mon Echium, je le désignai sous le nom que je m’étais accoutumé à lui donner, celui X Echium vulgare. Ayant depuis retrouvé dans l’herbier de TVL de Jussieu quelques échantillons de mon espèce avec des étiquettes qui portent le nom cYE. maritimum insularum Stœchadum fore maximo cœruleo , et qui ont été écrites par plusieurs botanistes connus contemporains de Tournefort, je crus avec rillustre auteur du Genera , que celte même espèce était VE. maritimum de Wildnow, identique, suivant ce dernier auteur, avec VEchium insularum Stœchadum de Tournefort. Ce fut donc sous le nom Echium maritimum que , dans mon Histoire des plantes les plus remarquables, j’indiquai la Borraginée du Rio de la Flata. Lorsqu ensuite j’ai voulu décrire ma plante avec détail, je l’ai comparée avec les echanti - Ions mêmes de l’herbier de Tournefort, et je me suis bientôt convaincu que VE. maritimum insularum StœchaclumJIore maximo cœruleo n était point mon espèce. Il était de mon devoir d’étudier la synonymie de cette dernière avec d’autant plus de scrupule que j’avais deux erreurs à réparer. J ai consacre a ce travail un temps peut-être beaucoup trop considérable ; j ai consu le soigneusement les livres et les herbiers, et ce n’est qu’après bien des hésitations que je suis parvenu à fixer mes idées sur quelques points. Je ne terai pas suivre au lecteur la route fastidieuse que j’ai parcourue; je me conten-

(0 Je ne parle point ici des Heliotropium qui font le passage des Borraginées proprement dites aux Sébenestiers , et qui , probablement, sont beaucoup moins mucrlagmeuses

que la Bourrache , la Buglose, etc.

lerai d’indiquer les résultats que j’ai obtenus. i° Mon Echium est absolument semblable à celui que Commerson recueillit près de Monte-Video en 1767, et que Poiret a décrit depuis sous le nom d E. Bonariense. 2° La plante du Rio de la Plata est plus ou moins identique avec une espèce dont on trouve des échantillons dans tous les herbiers, et qui croît dans le midi de l’Europe , les Canaries et le nord de l’Afrique. 3° Si ces échantillons sont quelquefois plus rameux et plus diffus que les miens , s’ils ont des feuilles plus grandes ou plus petites , plus dures ou plus molles , des poils plus ou moins blancs , plus ou moins rudes au toucher, il est évident que ces modifications peu importantes tiennent aux difiërences du sol et du climat et à celle des époques où la plante a été recueillie. 4° Ces mêmes échantillons sont indiqués dans les herbiers quelquefois sous les noms à'E. maritimum ou gran< diflorum, Desf. , plus souvent sous ceux de plantagineum et violaceum (1). 5° La comparaison de ma plante avec celle de l’herbier de Tournefort m’a démontré, comme je l’ai dit, que le nom de maritimum ne convenait pas à l’espèce du Rio de la Plata. 6° Après avoir comparé cette espèce avec le grandiflorum de Desfontaines, j’ai également reconnu qu’il n’j avait nulle identité. 70 Quoiqu’un grand nombre de botanistes aient pris la plante dont il s’agit pour VE. violaceum, il ne paraît pas qu’on puisse la rapporter au violaceum de Linnée. 8° Mes recherches m’ont conduit à penser quelle n’était autre chose que VE. plantagineum de cet auteur, de Wildnow et de beaucoup d’autres botanistes, dont les descriptions sont cependant presque toutes vagues ou incomplètes. 90 La plante qne M. Jacquin a figurée dans Y Hortus Vindebonensis sous le nom à' Echium plantagineum , diffère à la vérité de quelques-uns de mes échantillons , parce que les feuilles sont oblongues, au lieu d’être ovales; mais d’autres échantillons que j’ai cueillis au milieu des premiers, et qui d’ailleurs n’en diffèrent point, ont des feuilles oblongues ou même linéaires -oblongues ; donc la différence, sur laquelle le laborieux Rœmer a fondé son E. planta ginoïde s est de nulle valeur. Les autres modifications fort légères indiquées par Jacquin sont évidemment le résultat de la culture , et cet Echium plantaginoïdes dont on ignore la patrie , doit disparaître des catalogues. Si M. Rœmer eût vu comme moi les échantillons mêmes de l’herbier de M. Desfontaines , il n’aurait pas trouvé sans

(ï) Dans riierbier cle Ventenat , par exemple , cette même espèce était indiquée sous les quatre noms de Bonariense , maritimum, violaceum et plantagineum. Les E. violaceum et plantagineum de l’herbier de France de M. de Candole , conservé au Muséum de Paris, paraissent appartenir à la même espèce ; mais l’un des deux échantillons aura été probablement recueilli à la campagne et l’autre dans un jardin.

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