‹ Plantes usuelles des Brasiliens (volume 3)Chapitre 29 sur 56 · PL XXVII · texte numérisé non relu

PL XXVII

E . Blanchard

DRYMIS GRANATENSIS ( V . Sylvætica .)

ANONA SYLVATICA.

ANONE DES BOIS.

FAMILLE DES ANONEES,

A. caule arboreo ; foliis magnis , ellipticis , brevissime cuspidatis } basi acutius culis j supra puberulis , subtus pubescentibus , minutissime punctato - pellucidis ; pedunculo fructifero extraaxillari , solitario.

Nom vulgaire : Araticu do mato.

Description. Arbre dont les jeunes rameaux sont pubescens. Feuilles alternes', sans stipules, simples, longues de 5 à 9 pouces, larges de 2 1/2 à 3, elliptiques, un peu aiguës à la base, terminées brusquement par une pointe peu sensible , parfaitement entières , couvertes en dessus de poils très-courts , pubescentes en dessous , marquées de points transparens extrêmement petits que l’on n'aperçoit qu’à la loupe } nervure moyenne roussâtre ; les latérales parallèles et de la même couleur que la moyenne : pétiole long d’environ 4 b? articulé à la base, pubescent, de couleur rousse. Je n’ai pas vu les fleurs. Pédoncule chargé du fruit extraaxillaire , solitaire, long d’environ un pouce, courbé, pubescent. Poils simples. Baie globuleuse, de la grosseur d’une pomme de reinette , très-légèrement pubescente, couverte d’écailles fort aplaties, peu serrées, alongées, obtuses : écorce du fruit épaisse.

Localités. Cet arbre croît dans les forêts de la province des Mines. Ses fruits sont mûrs au mois de mars.

Etymologie. Araticu est un mot radical indien qui s’applique généralement à toutes les Anones indigènes ; et les Brasiliens ajoutent à ce mot les termes portugais do mato ( des bois ) , ou do

campo ( des champs ) , suivant que les espèces qu’ils veulent désigner croissent dans les forêts ou les pays découverts.

TJsa^es. On a souvent demandé si les fruits indigènes du Brésil (,) étaient supérieurs à ceux de l’Europe , ou si ces derniers. méritaient la préférence ; mais cette question , ordinairement mal posée , n’est presque jamais décidée avec justice. Il est incontestable «rue les fruits d’Europe, tels que nous les mangeons aujourd’hui, sont bien plus savoureux que ceux du Brésil ; mais il ne faut point oublier qu’ils sont le résultat d’une culture de plusieurs siècles, tandis que les fruits indigènes du Brésil sont encore presque tous a l’état sauvage. Si l’on veut être juste, on ne comparera donc point ces derniers avec les pommes, les poires et les prunes de nos jardins, mais avec celles qui naissent naturellement dans nos bois; et alors on n’hésitera pas un instant k donner la préférence aux fruits du Brésil. On trouve dans les forêts et dans les savanes de cette belle contrée, une foule de fruits que l’on peut manger avec plaisir, et par conséquent il est à croire qu ils ne resteront point inférieurs aux nôtres, quand on leur donnera quelques soins. Les Jaboticabeiras ( myrtée )> transportés des forêts dans les jardins de St. - Paul et de Tejuco, y ont produit des fruits délicieux, uniquement parce qu ils y ont trouvé un terrain qui leur convenait mieux; que serait-ce si on les eût perfectionnés par des semis faits dans des terres mélangées avec art, et par des greffes répétées plusieurs fois , soit sur b espece même, soit sur des espèces voisines! Je ferai connaître successivement les. fruits indigènes qui méritent les soins des habitans du Brésil , et, parmi eux, je citerai aujourd’hui les Jnones ou Corossols, généralement connus sous le nom à’Araticu. Il en est p usieurs dont le fruit, dans l’état sauvage, n’est point inférieur a ceux des espèces cultivées, telles que Y Anona squamosa (Pinha; Ata ) , et Y Anona reticulata (Fruta de conde; Condessa); et par conséquent il leur deviendrait préférable par la culture. Je ne décrirai pas ici

(,) En disant les fruits indigènes, je ne .eux point parler par conséquent de la mangue, de l’orange, etc.

toutes les espèces à’ Arati eu qui réclament l’attention des Rrasiliens ; je me contenterai d’en avoir indiqué une. Quand on aura planté 1’ Anona sylvatica dans une terre choisie, son fruit déjà trèsagréable acquerra certainement plus de saveur ; je ne doute pas non plus qu’on n’en obtienne de bonnes variétés par des semis, et il est à croire qu’on le rendrait meilleur encore en essayant des greffes sur Y Anona squamosa „ ou suvY Anona reticulata.

Ce n est pas seulement par son fruit que Y Anona sylvatica peut devenir utile : le bois de cet arbre est blanc et tout à la fois compact, tendre et leger < Il serait donc très-propre aux ouvrages de sculpture , et remplacerait avec avantage le Tilleul d’Europe. Si , comme cela est vraisemblable, on établit un jour au Brésil des manufactures d indiennes, on fera bien de donner la préférence au bois de Y Anona sylvatica > pour faire les planches à imprimer.

Observations botaniques . § I. Caractères du genre Anona. — Ils doivent être tracés de la manière suivante : Calice 3- partite ou quelquefois trilobé , non persistant. Pétales au nombre de six } insérés sous le gynophore , et disposés sur deux rangs ; trois extérieurs plus grands alternes avec les divisions du calice, et trois intérieurs alternes avec les extérieurs ; tous parfaitement entiers, coriaces, non persistans. Gynophore très-épais, conique au sommet, le plus souvent hémisphérique inférieurement. Étamines très-nombreuses , attachées sur les cotés du gynophore , libres , serrées les unes contre les autres , linéaires et un peu enforme de clou , plus larges à leur sommet, qui est charnu , tronque et anguleux, non persistantes : filamens fort courts , aplatis : anthères continues , immobiles , presque planes sur le dos , relevées d'une côte au milieu de la face. Ovaires nombreux , attachés au sommet du gynophore , uniloculaires , monospermes , le plus souvent soudés. Ovule dressé. Styles en nombre égal à celui des ovaires , continus avec eux, le plus souvent libres, quelquefois nuis. Stigmates terminaux simples , capités ou continus avec les styles, quelquefois sessiles. Baie unique , formée par la soudure des ovaires . remplie de pulpe intérieurement , poly sperme , ordinairement grande : écorce de la baie épaisse , chargée de pointes ou d’ écailles , plus rarement lisse. Semences ovales ou elliptiques, glabres. Tégument propre simple , épais , crustacé-coriace , s’étendant en lames qui s’enfoncent entre les rides du périsperme. Ombilic un peu latéral

a V extrémité la plus étroite de la semence. Périsperme grand , charnu, ridé transversalement ou quelquefois percé de trous nombreux et contigus. Embryon droit , fort petit , placé dans la base du périsperme ; radicule inférieure , atteignant presque l'ombilic.

§ II. Du genre auquel doit être rapporté V Anona sylvatica. — Comme je n’ai pas vu îalïeur de celte espèce, je ne saurais démontrer qu’elle n’appartient point au genre Rollinia qui , avec une corolle si différente de celle des A nones , présente un fruit semblable au leur. Cependant le faciès de ma plante me paraît être celui des véritables Anones, et d’ailleurs les Rollinia du Brésil et de Cayenne croissent sur le littoral, tandis que je n’ai trouvé l’espèce décrite ici que dans les forêts de l’intérieur.

§ III. Affinités spécifiques. — U Anona syhatica a par ses feuilles les plus grands rapports avec le cherimolia ; mais elles ne sont pas, comme celles de ce dernier, entièrement ovales et très -obtuses a leur base, et Ion y découvre de petits points transparens.

§ IV. Synonymie. — Marcgraff et Pison parlent d’un Araticu do mata ; mais ils ne s’étendent pas assez sur ses caractères pour que j’ose l’indiquer comme étant identique avec ma plante.

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