ANONE DES MARAIS SALÉS
FAMILLE DES ANONEES.
A. foliis ovato -ellipticis, subcuspidatis ^ basi obtusius culi s ^ glaberrimis, novissimis ferrugineo-villosis : pedunculis extraaxilla- * ribus , solitariis j, i -floris; petalis late ovatis, acutis ^ interioribus dimidio minoribus ; ovariis in massam compactam condu natis ; fructu leviusculo.
A. palustris. Lin. Sp. 7^7 — Mill. Dict. n. f—Swartz Obs. 223. Araticu pana. Pis. Bras. !fò, 70 ic. — Marcg. Bras. 94.
A. americana juxta fluviorum ripas innascens, pyriformi fructu. Pluck. Alm. 32,, t. i!\o3f. 6.
A. aquatica foliis laurinis atro - virentibus , fructu minore conoideo luteo glabro in areolas distincto. Sloan. Jam. 2o5. — Hist. i, p. 169, t. 228 ,f i.
A. uliginosa, foliis nitidis ovatis, fructibus areolatis odoratis. Brown. Jam. 256.
A. palustris et glabra. Dun. Anon. p. 65 et 74- — DC. Sjst. 1, p. 469 et 47 5.
Nom vulgaire ; Araticu do brejo \ Cortissa.
Description. Arbrisseau d'environ 6 à 7 pieds , droit , rameux*, ramules grêles : jeunes bourgeons chargés de poils couleur de rouille. Feuilles alternes, simples , sans stipules , longues de 2 pouces à 4 pouces et demi, larges de 1 à 2, parfaitement glabres, ovales-elliptiques ou très-rarement ovales , un peu obtuses à la base , aiguës au sommet ou plus souvent terminées brusquement par une petite pointe pétiole assez grêle , canaliculé en dessus , convexe en dessous , articulé à la base. Pédoncules assez peu nombreux, extra-
axillaires, solitaires, uniflores , longs d’environ 9 1. , courbés, épaissis de la base au sommet , à peine pubescens, farineux, articulés à la base , chargés au-dessus du milieu dune bractéole semiorbiculaire et concave. Fleurs ayant environ un pouce et demi de diamètre. Calice petit, tripartite, non persistant-, à divisions largement ovales, un peu en cœur, aiguës , concaves, finement ciliées sur les bords. Pétales au nombre de six, insères au-dessous du gynophore et disposés sur deux rangs-, les extérieurs alternes avec^ les divisions du calice ; les intérieurs presque moitié plus courts et munis d’une cote sur le dos; tous largement ovales, aigus, concaves , glabres. Gynophore long de 4 b? épais, hémisphérique inférieurement, conique au sommet. Étamines tres-nomhreuses, attachées sur les côtés de la partie hémisphérique du gynophore, libres, serrées les unes contre les autres, linéaires et un peu en foi me de clou, plus larges à leur sommet, qui est charnu, tronqué et anguleux -, glabres , non persistantes : filamens aplatis , trois fois plus courts que l’anthère : anthères continues, immobiles , presque planes sur le dos , relevées d’une côte sur leur face. Ovaires attachés à la partie conique du gynophore, entièrement soudés en une masse extrêmement compacte, ne pouvant en aucune manière se distinguer les uns des autres ni être séparés sans déchirement. Ovules oblongs, dressés , solitaires dans leurs loges. Styles en nombieégal à celui des loges, libres, aplatis, glabres. Stigmates terminaux, en tête. Baie unique, de la grosseur d’une poire ordinaire, ovoïde, obtuse, presque lisse, remplie de pulpe et polysperme. Semences elliptiques , glabres, d’un roux pâle, chargées dans leur périphérie d’une crête crustacée.
Localités. Cet arbrisseau croît en société dans les lieux inondés par les eaux de la mer, et n’est point rare dans les provinces de Rio de Janeiro , et du Saint-Esprit. Il fleurit vers le mois d’octobre.
Étymologie. On appelle cette plante Araticu do brejo (Anone
des marais ), à cause des lieux où elle se trouve, et Cortissa ( liège ), à cause de F emploi qu’on en fait.
Usages. La racine de Y Anona palustris est spongieuse , molle, légère, et, suivant Marcgraff, les Indiens s’en formaient autrefois des boucliers. Les habitans peu aisés de la côte s’en servent aujourd’hui pour faire des bouchons (ï); mais, comme elle s’imbibe avec une extrême facilité , elle ne peut retenir les liquides que momentanément, et l’on renoncerait certainement à l’employer à cet usage si les bouchons de liège étaient plus communs.
La vigne réussit parfaitement dans plusieurs parties du Brésil; celle qu’on cultive dans les contrées chaudes produit des fruits deux fois l’année, et les raisins qui mûrissent pendant les mois de sécheresse sont souvent plus délicieux que les variétés les plus vantées des jardins de l’Europe. On a fait des essais pour en obtenir du vin; mais ils ont assez généralement mal réussi, parce qu’ils ont été tentés sur de trop petites quantités , et par des hommes généralement peu instruits des procédés qu’il fallait suivre. Ces essais, cependant, devaient être protégés; mais les Brasiliens eux-mêmes ont trop souvent découragé ceux qui s’y livraient, en les tournant en ridicule et en leur opposant sans cesse les vins généreux du Tage et duDouro: comme si l’on ne pouvait pas espérer que celui qui commence se perfectionnera par de nouveaux efforts; comme si tout le vin que l’on recueille dans le monde devait être méprisé parce qu’il n’est pas semblable à celui du Portugal ; comme si les moindres vins n’étaient pas encore préférables, surtout pour l’homme qui travaille, à de l’eau pure ou à de mauvaise eau-de-vie de sucre. Il est impossible qu’il ne vienne pas un temps où les habitans du Brésil cesseront de repousser les bienfaits que leur a prodigués la miture ; les environs de Sahara, de Meïaponte^ de Curitiba, ae Rio Pardo (2), deviendront un jour de rians vignobles, et l’empire bra-
(1) Du temps de Brow ou en tirait le même parti à la Jamaïque.
(2) Ce sont les lieux où la vigne réussit le mieux aujourd’hui.
silien s’affranchira d’un des tributs les plus onéreux qu’il paie à l’Europe.
Lorsque les Brasiliens' recueilleront du vin sur leur propre sol, ils auront besoin d’une substance qui puisse faire l’office de notre liège. J’ai fait voir que la racine de 1’ Anona palustris ne saurait être d’utilité bien réelle. Il existe dans le district desDiamans,et surtout dans les déserts du Rio de St. -Francisco, plusieurs écorces subéreuses dont on pourrait tirer parti ) cependant je crois qu’aucune n’aura cette élasticité qui rend le véritable liège si précieux pour l’usage auquel on l’emploie. Mais rien n’empêche les Brasiliens d’acclimater chez eux l’arbre qui le produit. Cet arbre trouverait dans le midi de la province de Saint -Paul et dans celle de Rio- Grande-do-Sul , une température et des localités qui lui conviendraient parfaitement ; et, une fois planté, il n est pas douteux qu’il ne se ressemât de lui-même comme ceux de nos forêts.
Observations botaniques. — § I. Comparaison des ovaires et du fruit des Anones. — Le plus ou moins de soudure dans l’enserflble des ovaires détermine dans la baie formée de leur réunion des écailles ou des pointes plus ou moins sensibles, et chaque pointe ou écaille n’est même que la partie libre ou distincte des ovaires. Dans X Anona palustris les ovaires ne sont nullement distinctes et ne se reconnaissent que par l’existence des loges: donc il ne faut pas s’étonner que la baie y soit lisse ou presque lisse. De tout ceci, il résulte que, lorsqu’on a étudié avec soin les ovaires d’une Anone , on peut dire avec certitude si son fruit sera lisse ou tuberculeux ; et de même l’inspection du fruit suffira pour indiquer à peu près le degré de soudure qu’avaient déjà les ovaires dans la fleur.
§ II. Affinités botaniques. — L’ Anona palustris a les rapports les plus sensibles avec X Anona australis Aug. de St.-Hil., qui croit sur les bords de la mer, dans la province de Ste. - Catherine. Ce dernier se distingue cependant par setsM>fêuilles , bien plus grandes, simplement ovales et très-obtuses à leur base.
§ Y. Synonymie ; Observations sur V Anona glabra .— L identité de 1 Anona palustris et de XAraticu pana de Marcgraff et de Pison, nest point douteux. Les synonymes de Plukenet et de Brown sont également exacts. Miller est très-
vague , cependant il ne dit rien qui doive faire penser que ce n’est pas ie véritable Anôna palustris qu’il a eu en vue. Quant à la phrase de Sloane que les auteurs ont rapportée à cette espèce , il ne me paraît pas bien absolument certain qu’elle lui soit applicable : car Sloane attribue à sa plante une hauteur de 3o à 4o pieds, et Swartz ainsi que moi nous lui avons trouvé des dimensions fort différentes. Aux synonymes de X Anona palustris , il faut encore ajouter X Anona glabra de M. de Candolle: car nous nous sommes convaincus par la comparaison, M. Desfontaines et moi, que l’échantillon de l’herbier du Muséum étiqueté A. glabra , indiqué comme recueilli aux Antilles, et décrit par l’illustre auteur du Sjstema , est absolument semblable à celui que le même savant rapporte à X Anona palustris et qu’il a vu dans l’herbier de M. Desfontaines ( Fojez Systema vegetabilium, i, p. 469 et 475). L’ Anona glabra est donc encore une espèce aussi peu connue que du temps de Linné. Cet immortel naturaliste, ne cite d’autre synonyme à sa plante que la phrase et la figure de Catesby, dans l’ouvrage duquel on ne peut puiser sur l’espèce dont il s’agit que des notions fort vagues. Lamark, en copiant Catesby, a ajouté à la description de cet auteur des traits empruntés à d’autres espèces. Quant à Willdenow, il n’a fait non plus que copier Linné, et s’est contenté de joindre au synonyme de Catesby un autre synonyme emprunté à Duroi. Cependant il est à croire qu’il n’avait pas eu le temps de lire le texte du Harbkesche Baumzucht , car l’auteur dit qu’il fait sa description de X Anona glabra sur un jeune pied envoyé d’Angleterre sous ce nom , mais dont il n’a vu ni les fleurs ni les fruits; et, comme il ajoute que cet arbre naissant contenu dans un pot avait les feuilles dentées , on doit croire que ce n’était pas même un Anona. On sent parfaitement que, si Willdenow s’était donné la peine de lire toutes les descriptions qu’il cite, il ne serait jamais arrivé à la fin de son premier volume ; et cette impossibilité où l'on est de vérifier tant de synonymes obscurs montre combien il serait nécessaire que les botanistes s’affranchissent enfin de l’obligation de les citer. Les indiquer sans examen , c’est multiplier et perpétuer les erreurs ; les vérifier, c’est consumer péniblement et sans fruit un temps qu’on emploierait plus utilement à observer.
§ VL De la patrie de I’ Anona squamosa. — J’ai dit (N°XXIX), que les Brasiliens désignaient toutes les Anones véritablement indigènes par le mot araticu qui appartient à la langue guarani. Quant à X Anona squamosa que j’ai toujours vu cultivé et que Vellozo indique aussi dans ses manuscrits comme n’étant point naturel au pays, il est connu sous les noms de Pinha ou Ata. Le premier de ces termes vient certainement de la ressem-