W° VI
bouleverser la nomenclature, on doit encore faire ici une exception à la règle d’ailleurs si nécessaire de l’antériorité.
Quant au nom d’ Ipecacuanha qui s’est introduit parmi les Européens avec les livres de Marcgraff et de Pison, il est inconnu dans toutes les parties du Brésil que j’ai parcourues ; je ne l’ai entendu prononcer que par quelques habitans du district de ISTinas-JS^ ov as 3 sans meme pouvoir découvrir à quelle plante ils l’appliquent, et c’est sous le nom de Poaya que l’on connaît généralement, dans le Brésil méridional , non seulement le Cephaelis Ipecacuanha , mais encore toutes les plantes émétiques que l’on y substitue. Le nom d’ Ipecacuanha dont on n’a pas , jusque ici , donné 1 étymologie exacte (ï) vient des mots indiens ipe écorce , copiante , cua odorante, nha rayé (Écorce de plante odorante et rayee). Je ne dirai pas tout-à-fait avec autant de certitude quelle est 1 origine du mot Poaya; cependant il me paraît très-probable qu il vient d ycipo ^ liane et ayaca panier ( liane à faire des paniers ) , et qu il aura été donné d’abord à une espèce grimpante dont la racine est émétique , et queje ferai connaître parla suite. Ce qui tend a prouver 1 exactitude de cette étymologie , c’est que les Portugais d Europe ne désignent encore chez eux 1’ Ipecacuanha que par le nom de cipb (liane) , dont les Brasiliens auront retranché la première syllabe, comme ils auront supprimé la dernière du mot aj acà.
Usages ; commerce ; culture. Les usages de la plante qui vient d’être décrite sont trop bien connus chez tous les peuples pour que je croie nécessaire d’entrer à ce sujet dans de longs détails. Il n’est personne qui ne sache que l’Ipecacuanha s emploie comme émétique; que, donné par portions , il favorise la transpiration cuta-r née ; qu’il est utile dans les catarrhes chroniques et les coqueluches ; qu’il exerce une action tonique sur les organes digestifs , etqu on peut s’en servir avec le plus grand succès pour la guérison des dissenteries.
L’Ipecacuanha fait, à Rio-de-Janeiro , 1 objet d un petit com-
(i) Celle qui a été rapportée dans l’ouvrage estimable intitulé isoles on Brazil, est éur derument erronée.
merce. Suivant le docteur Antonio Bernardino Gomes, il s’en expédia 432 arobes et demie (1) en 1795, 80 arobes en 1796 , et 3i4 en 1797. Comme les négocians qui reçoivent, de l’intérieur, la racine du Cephaelis Ipecacuanha, savent parfaitement la distinguer, ce qui est extrêmement facile, ils l’ achètent sans mélange, et c’est le seul Ipecacuanha qui s’expédie actuellement de la capitale du Brésil pour l’Europe. Il n’est donc pas vrai , comme l’a déjà observé M. Merat, que l’on trouve, dans l’Ipecacuanha qui vient de Riode-Janeiro, des racines de Y Ionidium Ipecacuanha j et il 1 est encore moins qu’on y mêle celles de Y Ionidium parviflorum qui croit dans un pays fort éloigné des cantons où l’on recueille le Cephaelis Ipecacuanha.
Quoique cette dernière espèce ait été détruite dans les environs de Rio-de-Janeiro , et en général dans ceux des grandes villes, elle est encore fort commune dans beaucoup d’endroits ; cependant comme on l’arracbe sans prévoyance , qu’on n’attend point pour cela la maturité de ses fruits , et que, d’un autre coté, on détruit tous les jours de vastes portions de bois vierges où elle naissait en abondance, il est incontestable qu’elle ne tardera pas à devenir rare, et il serait important que l’on songeât sérieusement à la cultiver. Des essais tentés par plusieurs personnes prouvent qu’elle se reproduit également bien par des semis, et par des boutures. Elle n’exige presque aucun soin, quand on la cultive dans les bois à l’ombre des grands arbres 5 mais , quand on est obligé de la cultiver dans des lieux découverts, il est nécessaire de lui procurer un ombrage artificiel.
Observations botaniques particulières. Le genre Cephaelis ( Tapogomea Aub. ■ — Callicocca Schreb. ) se distingue par des Jleurs en tête accompagnées d un involucre , à 2, 4 ou plusieurs folioles ; un calice adhérent dont le limbe fort court est d 5 divisions plus ou moins prononcées ; une corolle petite , 5 -fide } a peu près infondiluliforrne ; 5 étamines incluses ; un style bifide , dont les divisions sont sligmatiques à la face ; un ovaire bdoculaire qui renferme dans chacune de ses loges un seul ovule ascendant , attaché à la base de la cloison ; un drupe à deux noyaux.
(1) L’arobe est de 32 lignes.