‹ Plantes usuelles des BrasiliensChapitre 7 sur 23 · RUE DE SAVOIE, N · texte numérisé non relu

RUE DE SAVOIE, N

M DCCC XXlY,'

CEPHAELIS IPECACUANHA.

CEPHAELIS IPECACUANHA.

famille des rubiacées.

C. caule simplici j sœpius erecto y foliis lanceolato-ovatis , acutis ,

basi acuminatis , integerrimis , supra scabriusculis , subtus sub-

pubescentibus ; capitulo terminali pedunculato > solitarioj pe~

dunculo pubescente y involucro [{-polyphyllo.

Cephaelis Ipecacuanha. Ri ch. Hist. Tp. p. 21 > t. 1. — Kunth Nov. gen. uij p. 376. — Rœm. et Schult. Syst. p, 210. — Mart, Reis. 1, p. 364-

Ipecacuanha ofilcinalis. Arud. Disc. p. 44-

Cephaelis emetica. P ers. Syn. 1, p. 2o3, ( ex cl. syn. Lin. et TVild. )

Callicocca Ipecacuanha. R rot. A et. Lin. Lond. vi, p. iSy — Rem. Ant. Gom. Mem. Ip. 27., tab. 1. — Mer. Dict.lMed. xxvi, p. 2.

Ipecacuanha. Marc. Rras. 17. — Pis. Rras. 23i.

Noms vulgaires : Poaya j P*aya cio mato; Poaya cia hotica; Ç en France) Ipecacuanha.

Description. Une Souche horizontale cle la grosseur d'une plume de corbeau, produit des racines inférieurement, et des tiges à la partie supérieure. Racines longues de 2 à 6 pouces , grêles à la hase, augmentant ensuite de grosseur, mais atteignant rarement celle d’une plume à écrire, marquées horizontalement cl’anneaux assez épais et irréguliers, blanches en dedans, d’un gris noirâtr&à l’extérieur. Tiges droites ou ascendantes, hautes d'utf demi pied à un pied et demi, simples, quelquefois un peu contournées, arrondies à la base, obscurément tétragones au sommet, glabres inférieurement, pubescentes aux entrenœuds supérieurs. Feuilles au nombre de 4 à 1 2 , opposées , stipulées , portées par un court N° VI. 1

pétiole, longues clun pouce et demi à trois pouces, larges de 12 à i5 lignes, lancéolées-oyales ou simplement obovées; acuminées à la base , un peu aigues au sommet ou terminées par une petite pointe particulière ; très-rarement obtuses , parfaitement entières , un peu rudes au toucher à la surface supérieure, légèrement pubescentes en dessous : nervure moyenne proéminente en dessous ; les latérales au nombre de 8 à 12, parallèles et arquées. Pétiole long de 4 à 5 lignes, légèrement pubescent, canaliculé. Stipules intermédiaires, longues de 3 à 6 lignes, orbiculaires , ou semiovales , divisées jusqu’à moitié en découpures sétacées. Fleurs en tète, au nombre de 20 environ, sessiles sur un réceptacle commun, accompagnées d’un involucre et portées par un pédoncule terminal, long de 8 à 12 lignes et pubescent. Involucre très-variable, composé de 4 à 12 folioles fort inégales, pubescentes en dehors, presque glabres en dedans, disposées sur un seul ou sur deux rangs dont Tintérieur est ordinairement incomplet : 4 ou 5 des folioles, et toujours les extérieures, sont plus grandes, presque orbiculaires ; parmi les autres, il y en a d’ovales rétrécies à leur base, de lancéolées, de linéaires - lancéolées , enfin de linéaires sensiblement plus courtes que les extérieures ; toutes sont accompagnées à leur base de petites stipules, et les plus grandes portent en outre un rang de glandes qui s’étend d’une stipule à l’autre. Souvent les fleurs sont entremêlées de bractées foliacées , semblables aux folioles intérieures de l’involucre. Calice entièrement adhérent, oblong, pubescent; dont le limbe est cupuliforme, obscurément 5-lobé , un peu lacinié, et comme cilié à son bord. Corolle longue d’environ 3 lignes, infondibuliforme , 5-fide; dont le tube est renflé audessous des divisions et velu intérieurement; dont les divisions sont linéaires-lancéolées , aigues , longues comme la moitié du tube. Étamines au nombre de 5, alternes avec les divisions de la corolle, insérées vers la moitié du tube, glabres : filet grêle, attaché au tiers inférieur de la longueur de l’anthère : anthère étroite , linéaire , 2-loculaire, s’ouvrant longitudinalement du côté de l’ovaire. Style sortant, 2-fide; à divisions linéaires-lancéolées, stigmatiques à la

face. Nectaire épigyne, cylindrique, très-visible, percé d’un trou pour le passage du style auquel il n’adhère pas. Ovaire oblong , biloculaire, disperme : ovules oblongs, ascendans , attachés dans chaque loge à la base de la cloison. Le fruit est un drupe à deux noyaux lisses ( ex auct. ).

Localités. Cette plante croît dans les forets humides et ombragées des provinces de Fernambouc, Bahia , des Mines, du Saint- Esprit, de Rio-de-Janeiro, et s’étend vers le Sud, jusqu’aux environs de Guaratingueta , dans la province de Saint-Paul, environ par le 22 7 d. lat. s. Elle est surtout abondante dans les îles du P arahyba 3 et sur les bords des rivières appelées Rio-Xipoto et Pomba , d’où il s’en fait des envois considérables à Rio-de-Janeiro.

Histoire abrégée ; nomenclature y étymologie . La découverte de Flpecacuanha est due aux Brasiliens indigènes. Marcgraff et Pison furent les premiers qui le firent connaître en Europe, et l’expérience confirma bientôt les éloges qu’ils avaient donnés à ce précieux remède. Cependant comme leur description étoit fort incomplète, on se servit, pendant de longues années, de l’Ipecacuanha, sans savoir à quelle plante il fallait le rapporter. Enfin en 1800, le docteur Antonio Bernardino Gomes en montra en Europe des échantillons chargés de fleurs; Brotero les décrivit, et les figura dans les actes de la Société Linnéenne de Londres , et mit ainsi un terme aux incertitudes des médecins et des naturalistes.

Le professeur de Coîmbre avait appelé la plante du Brésil Calli cocca Ipecacuanha ; cependant comme le nom de Cephaelis avait été donné, avant celui de Callicocca 3 au genre auquel appartient Flpecacuanha, M. Richard a cru devoir appeler Cephaelis Ipéca c uanha l’espèce qui nous occupe. Si l’on voulait s’en tenir strictement à l’antériorité, ce serait le nom de Tapogomea qu’il faudrait préférer, puisqu’il avait été proposé par Auhlet, avant que Swartz eût imaginé celui de Cephaelis ; mais, comme ce dernier a été adopté dans les ouvrages les plus importans, il est clair que , pour ne pas

bouleverser la nomenclature , on doit encore faire ici une exception à la règle d'ailleurs si nécessaire de l' antériorité.

Quant au nom d Ipecacuanha qui s’est introduit parmi les Européens avec les livres de Marcgraff et de Pison, il est inconnu dans toutes les parties du Brésil que j’ai parcourues ; je ne l’ai entendu prononcer que par quelques habitans du district de Minas-Novas ^ sans meme pouvoir découvrir à quelle plante ils l’appliquent, et c’est sous le nom de Poaya que l’on connaît généralement, dans le Brésil méridional , non seulement le Cepliaelh Ipecacucmha , mais encore toutes les plantes émétiques que l’on y substitue. Le nom d’ Ipecacuanha dont on n’a pas , jusque ici , donné l’étymologie exacte (i) vient des mots indiens ipe écorce , copiante , cua odorante, nlia rayé (Écorce de plante odorante et rayée). Je ne dirai pas tout-à-fait avec autant de certitude quelle est l’origine du mot Poaya; cependant il me paraît très-probable qu’il vient d ’ycipo j liane et ayaca panier ( liane à faire des paniers ) , et qu’il aura été donné d’abord à une espèce grimpante dont la racine est émétique , et que je ferai connaître par la suite. Ce qui tend éprouver l’exactitude de cette étymologie, c’est que les Portugais d’Europe ne désignent encore chez eux l’ Ipecacuanha que par le nom de cipb (liane) , dont les Brasiliens auront retranché la première syllabe, comme ils auront supprimé la dernière du mot ctyaca.

Usages ; commerce ; culture. Les usages de la plante qui vient d’être décrite sont trop bien connus chez tous les peuples pour que je croie nécessaire d’entrer à ce sujet dans de longs détails. 11 n’est personne qui ne sache que flpecacuanha s'emploie comme émétique ; que , donné par portions , il favorise la transpiration cutanée ; qu’il est utile dans les catarrhes chroniques et les coqueluches *, qu’il exerce une action tonique sur les organes digestifs , et qu’on peut s’en servir avec le plus grand succès pour la guérison des dissenteries.

L’Ipecacuanha fait, à Bio-de-Janeiro , l’objet d’un petit com-

(i) Celle qui a été rapportée dans l’ouvrage estimable intitulé Noies on Brazil, est évidemment erronée.

merce. Suivant le docteur Antonio Bernardino Gomes, il s’en expédia 432 arobes et demie (1) en 179$, 80 arobes en 1796 , et 3i/f en 1797. Comme les négocians qui reçoivent, de l’intérieur, la racine du Cephaelis Ipecacuanha > savent parfaitement la distinguer, ce qui est extrêmement facile, ils l’achètent sans mélange, et c’est le seul Ipecacuanha qui s’expédie actuellement de la capitale du Brésil pour l’Europe. Il n’est donc pas vrai , comme l’a déjà observé M. Merat, que l’on trouve, dans l’Ipecacuanha qui vient de Riode-Janeiro, des racines de Y lonidium Ipecacuanha j et il l’est encore moins qu’on y mêle celles de Y lonidium parviflorum } qui croît dans un pays fort éloigné des cantons où T on recueille le Cephaelis Ipecacuanha.

Quoique cette dernière espèce ait été détruite dans les environs de Rio-de-Janeiro , et en général dans ceux des grandes villes, elle est encore fort commune dans beaucoup d’endroits ; cependant comme on l’arrache sans prévoyance , qu’on n’attend point pour cela la maturité de ses fruits , et que, d’un autre coté, on détruit tous les jours de vastes portions de bois vierges où elle naissait en abondance , il est incontestable qu’elle ne tardera pas à devenir rare , et il serait important que l’on songeât sérieusement à la cultiver. Des essais tentés par plusieurs personnes prouvent qu’elle se reproduit également bien par des semis, et par des boutures. Elle n’exige presque aucun soin, quand on la cultive dans les bois à l’ombre des grands arbres; mais , quand on est obligé de la cultiver dans des lieux découverts, il est nécessaire de lui procurer un ombrage artificiel.

Observations botaniques particulières. Le genre Cephaelis ( Tapogomea Aub. - — Callicocca Schreb. ) se distingue par des fleurs en tête accompagnées d’un involucre , a 2, 4 ou plusieurs folioles ; un calice adhérent dont le limbe fort court est a 5 divisions plus ou moins prononcées ; une corolle petite , 5 -fide , a peu près infondibuliforme ; 5 étamines incluses ; un style bifide , dont les divisions sont sligmatiques a la face ; un ovaire biloculaire qui renferme dans chacune de ses loges un seul ovule ascendant , attaché a la base de la cloison ; un drupe a deux noyaux.

(1) L’arobe est de 32 lignes.

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