‹ PlatonChapitre 127 sur 286 · PLAT., Lois · texte numérisé non relu

PLAT., Lois

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quelles ils aient passé au cours de l'histoire du monde, ces génies bienfaisants ont toujours exercé la mème fonction principale : c’est par eux que nous communiquons avec la divinité, et à l’état de veille, et dans le sommeil : ils sont les intermédiaires de Dieu et des hommes !. Aussi faut-1l leur faire une place d'honneur dans la cité : on leur doit des sacrifices *.

Qu'y a-t-il de philosophique en cette description? Platon lui-même prend soin de nous le faire entendre dans une page célèbre du Timée. Le « démon » réside en chacun de nous et constitue le principe le plus noble de notre nature; c’est la partie divine de notre âme c'est notre raison elle-même”. Par suite, c’est également, et au sens plein du mot, l’homme où la raison, à force de méditer les choses immortelles, ἃ définitivement établi le règne de la justice. Aïnsi le mythisme domine partout dans cet ordre de matière; mais aussi n’est-il vain nulle part : partout 1] garde quelque valeur réelle.

On peut voir maintenant à quoi se résume la philosophie première de Platon.

Il ἃ recours à trois principes pour expliquer l’ensemble des choses : une cause exemplaire quiest le « fini », ou, 51 l’on veut, le monde des idées; une cause matérielle qui est « l'infini »; une cause efficiente directe qui est l’âme du monde et qu'il appelle Dieu. La dernière de ces causes faconne la seconde à l'image de la première; de là résulte l’harmonieuse et mobile nature. Mais tout n'est pas expliqué par ces trois principes; et, en conséquence, rien ne l'est. D'où vient que l'être revêt un en-

. PLAT., Bang., 202-203"; — Phaædr., 247%, 259b-4, . Id., Rep., VII, 540°; — Lois, IV, 717».

. Tim... 902%<.

. Id, Rep:, VII, 540:

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semble de déterminations éternelles et parfaites? Pourquoi se prolonge-t-il en une « âme royale », qui n’a déjà plus la même excellence? Pourquoi cette âme elle-même compose-t-elle le monde de manière à ce qu'il ait le plus de diversité possible dans son unité? Ce qui fait éclore le mal sous toutes ses formes. Voilà ce qu'il faut dire en fin de compte; et Platon l'a vu : c'est pour répondre à ce problème fondamental qu'il introduit son « idée du bien ». « D'où vient, dit Bossuet, que quelque chose est et quil ne se peut pas faire que le rien soit, si ce n’est parce que l'être vaut mieux que le rien!...? » Telle est la pensée qu'a eue Platon tout le premier et que l’évêque de Meaux ne fait que redire en sa belle langue. Le bien est l'ultime raison de l'être et de ses modalités : s'il exis‘e, si la perfection s'épanouit à son sommet, s’il se dégrade ensuite en se multipliant, c'est qu'ainsi l'exige l'idée du meilleur. Et du moment que l’on voit les choses sous un tel jour, le bien n'apparaît plus seulement comme une cause exemplaire; il préside à toutes les déterminations de l'être : il est la première et la plus élevée des causes efficientes. Par là, Platon touche d'assez près à Hégel.

Par ailleurs, il est encore plus près d’Aristote, qui lui a pris le meilleur de sa substance. Il existe, 1l est vrai, des différences notables entre ces deux philosophes, même au point de vue où nous sommes placés ici. Platon tient pour « séparés » et la pensée et les intelligibles. Au regard d’Aristote, il n’y a plus que la pensée qui le soit; les intelligibles deviennent des « puissances » de la matière. De plus, pour Platon, l'âme du monde est « Dieu » lui-même. D'après Aristote, elle n’est plus que « queique chose de divin »; il la conçoit en outre comme identique

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