‹ PlatonChapitre 158 sur 286 · Id, Rep., IX · texte numérisé non relu

Id, Rep., IX

id, Ibid., 588°.

arbre qui porte trop de fruits, éprouve à chaque instant de grandes douleurs et d’indicibles plaisirs dans ses passions et dans leurs effets, insensé pendant presque toute sa vie à cause des jouissances et des peines excessives qu'il ressent ! ». « La partie animale » est plus « féroce » encore pendant le demi-sommeil, « lorsqu'on l’a excitée par le vin et la bonne chère ». « Elle ose tout alors, comme si elle avait secoué et rejeté toute honte et toute retenue. L'inceste avec une mère ne l’arrête pas; elle ne distingue ni dieu, ni homme, ni bête; aucun meurtre, aucun aliment ne lui fait horreur. Il n’est point d'infamie, point d'extravagance dont elle ne soit capable? ». Cette intensité du plaisir sensible ne tient pas seulement à ce qu'il est « infini 5. » par nature; elle résulte aussi de son intime union avec l'organisme. « Le goût effréné des jouissances de l'amour provient de ce que la semence se répand dans le corps à travers les os avec trop d’abondance et produit ainsi une maladie de l'âme * » : 1] dépend d'un état physiologique. On n'en peut dire autant des autres formes que revêt le goût du plaisir, à cette différence près qu'elles ne s'élèvent pas d'ordinaire au même degré de violence. Ce genre de passions ἃ d’ailleurs une autre cause. Il s’accroit très vite par l'exercice et prend à la longue une prédominance qui rend toute résistance impossible : nous finissons par en devenir les esclaves; et l’un des principaux soucis de l’'éducateur doit être d'éviter ce funeste résultat ©.

Que le désir relève de la pensée ou des sens, qu'il

1. PLAT., Tim., 86c-d, 2. Id., Rep., IX, 571c-4, — Montaigne a une pensée analogue (4p. de Raimond de Sebond, 1, p.537, éd. Garnier, Paris). . Id., Gorg., 493%-494°; — Iois, V, 736°; VIII, 8310; 1X, 870%. . Id., Tim... 86°.

. Id., Ibid., 865-87",

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s'appelle amour du bien ou goût du plaisir, il se meut nécessairement vers une fin!. Mais cette fin n’est pas toujours explicitement connue. Il y a des appétitions qui s’exercent d’abord en l'absence de toute image; on éprouve le besoin de boire avant de savoir ce que l’on boira, on aime avant d’avoir découvert l’objet de son amour. Et ces appétitions sourdes sont primordiales elles constituent le fond de la vie?.

Quand nos désirs s’accompagnent d’une image, ils n'y trouvent pas leur fin proprement dite; vu que l’on ne désire plus ce que l’on possède déjà. Par suite, ce n’est jamais sur une sensation actuellement donnée que portent nos convoitises ; mais sur les états faibles qu’elle éveille en nous et dont la réalisation nous paraît avantageuse ou nuisible *. Le désir est une « opinion » qui regarde l’avenir : c'est « une attente ». Si cette attente se rapporte à quelque bien, 1] s'appelle l'espoir, si elle se rapporte à quelque mal, il prend le nom de crainte *. De ces deux phénomènes, qui ont eux-mèmes leur racine dans le désir, résulte à son tour l’ensemble complexe, mobile et multiforme des passions qui agitent l'âme humaine.

On sent partout, dans ce que l’on ἃ vu jusqu'ici, comme l’approche du plaisir; et sa présence s’accuse de plus en plus, à mesure que l’on va de la « raison » au « cœur » et du « cœur » aux appétits sensibles. Il est donc temps

1. PLaT., Bang., 201%-205* (il s’agit de l’analyse de l’écws) ; — Phileb., 35° : 6 γ᾽ ἐπιθυμῶν τινὸς ἐπιθυμεῖ.

2. Id., Bang., discours d’Aristophane (l’homme y apparaît comme aimant dans la femme, et sans le savoir, la moitié de lui-même, violemment séparée de son tout par la hache de Jupiter); — Rep., IV, 437ν-489υ. — Phaædr., 249% et sqq. — Cette vue sur les désirs sourds est très profonde.

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