Id., Phileb
5. Id., Ibid., 46°, 469-475, 47c-e, 504; — Cf. Phxdr., 258°. Cette classification est loin d’être unique dans le Philèbe : il en contient plusieurs; et chacune d'elles y prend du relief ou s’efface suivant le besoin du moment. Nous choisissons pour règle celle qui nous paraît la plus commode, comme le faisait Platon lui-même.
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tence, c'est-à-dire de la fin, on obtient une classification binaire : 1l y ἃ d'une part les plaisirs nécessaires, tels que ceux de boire et de manger; de l’autre, les plaisirs superflus, tels que ceux du luxe, des honneurs et de la gloire !. De ces deux classifications, la seconde n'intéresse guère que l'éthique. L'autre, au contraire, bien qu'également inspirée par une intention morale, prend une portée principalement psychologique; et, partant, c’est celle-là que l'on va suivre, en l’appliquant d’abord aux plaisirs imparfaits, puis à ceux qui n admettent plus d’imperfection. Tous les mouvements corporels ne se terminent pas par une sensation; ils ne produisent cet effet que lorsqu'ils ont une certaine force, proportionnelle d’ailleurs à la mobilité de l'organe affecté. A leur tour, toutes les sensations ne s'épanouissent pas en émotion; il leur faut, pour acquérir cette modalité, le choc d’un ébranlement notable?. La sensation requiert, dans sa cause, un degré appréciable d'intensité; et l'émotion, un degré de plus. D'autre part, l’ébranlement notable qui produit ce dernier phénomène, peut avoir deux résultats différents, suivant qu'il est conforme ou contraire à la nature : dans
le premier cas, il détermine le plaisir; et dans le se- :
cond, la douleur*.
Ainsi, bien que les jouissances corporelles soient « infinies » de leur chef et ne contiennent par elles-mêmes que de la quantité, elles trouvent déjà dans leurs antécédents physiques comme un commencement de mesure et de
proportion : elles participent de l'harmonie qui règne
dans leur cause et prennent de la sorte un caractère qualitatif. Platon s'éloigne d’Aristippe, tout en s'inspirant de sa doctrine. ἃ son tour, Aristote s’éloignera de Platon
1. PLAT., Rep., VIII, 558-559; IX, 571° et sqq.; — Phileb., 62°. 2. Id., Phileb., 43b-<; — Tim., 644, 3. Id., Phileb., 31»-32», 39°, 42%; — Tim., 64%.65r, 81°.
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sur un autre aspect du problème; il regardera le plaisir comme inhérent à toute sensation, quel que puisse être son degré d'intensité.
Si des conditions du plaisir corporel, on passe à sa nature intime, c’est de toutes parts et sous toutes les formes qu'il accuse son essentielle infirmité.
Le plaisir corporel est une « naissance ». Or tout ce qui naît périt et sans cesse; tout ce qui périt se dissout dans la même mesure; et la dissolution, c’est la douleur!. « Singulière chose, mes amis, que ce que les hommes appellent plaisir! comme 1] ἃ d’étranges rapports avec la souffrance que l’on tient pour son contraire! » « À peine l’un est-il venu, que l'on voit apparaître son compagnon ?. » Ainsi le veut pourtant l’inévitable réalité ; et les | dieux eux-mêmes n’y peuvent rien.
Non seulement les plaisirs corporels appellent la douleur; mais aussi la plupart d’entre eux l’enveloppent : elle les compénètre, elle fait partie de leur essence. Le plaisir de manger disparait, dès qu'on n’a plus faim; et celui de boire, dès que l’on n’a plus soif; ainsi des jouissances de l'amour elles-mêmes, dès que la nature s'est délivrée du sentiment de réplétion qui les provoque et les attise. Tous ces plaisirs décroissent proportionnellement au besoin qu'ils tendent à supprimer et s’évanouissent avec lui : ce ne sont que des apaisements de souffrance ; ce ne sont que des cessations de douleur”. Antisthènes peut être considéré comme «un devin » : appliquée aux plaisirs d'ordre physique, sa doctrine demeure vraie aux trois quarts“. Encore n’a-t-il pas épuisé le principe dont il est parti : à certains égards, « ses oracles » sont plus
. PLAT., Phileb., 55*.
. Id., Phæd., 60b-c.
. Id., Gorg., 495-497", — Phileb., 46c-4.
. Id., Phileb., 4ic-e.
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PRE EAN PTS Di A Ύ ΠῚ 228 PLATON.
- fondés en raison qu'il ne le pense. Outre que les plaisirs
2 du corps peuvent acquérir une violence où l'être s’en-
gouffre tout entier et qui se traduit d'elle-même par d’in- | dicibles douleurs, ils croissent en intensité à mesure que | les personnes qui les ressentent se trouvent dans un état | plus maladif : c'est dans la fièvre, la guérison de la gale par la friction et les excès de l’intempérant qu'ils acquièrent le plus de véhémence; car alors plus vif est Le besoin, et plus vive aussi par là même la jouissance qui s'attache à son apaisement. Le plaisir, en ces rencontres, peut «jeter l'homme dans un état de stupeur et lui arracher de grands cris comme à un furieux »; « il va jusqu'à lui faire dire de lui-même et faire dire aux autres qu'il se meurt en quelque sorte au milieu de ces voluptés ! ». C’est d'une « mauvaise disposition » que résultent les plus grands plaisirs corporels : ce genre d’émotions se repait principalement de désordre; il faut donc qu'il ait lui-même quelque chose de désordonné et de pervers!.
Dire que les plaisirs du corps sont susceptibles d’acquérir une telle intensité, c'est affirmer qu'ils peuvent dépasser la valeur de leur cause, c’est affirmer qu'ils peuvent devenir partiellement irréels. Cette irréalité s’accuse encore d’une manière plus sensible en certains cas; elle y devient radicale. Entre les ébranlements notables qui provoquent le plaisir et les ébranlements plus notables qui provoquent la douleur, se situe un troisième état. Dans ce troisième état, l'écoulement universel persiste et continue à se traduire en nous par une série de changements, mais qui sont trop faibles pour se terminer en émotion : entre le plaisir et la douleur, 1] y ἃ une situation neutre ou d’apathie*. Or d’aucuns pensent qu'ils jouissent