Id., Lois, XI
Les âmes, au cours de l'éternité, subissent en leur vie terrestre des alternatives de grandeur et décadence.
Le monde, à l’origine, sortit des mains du Démiurge tout rayonnant de science et de justice, de grâce et de bonheur. Mais cette perfection des premiers âges ne pouvait durer à l'infini. La cause en est « dans le principe matériel, enfant de la primitive nature », et qui était plein de confusion avant de recevoir l'empreinte de l’intelligible. Peu à peu le désordre réapparut; 1] grandit avec le temps; et, sur la fin, il acquit de telles proportions qu'il n’y eut plus sur la terre que « très peu de bien mêlé à beaucoup de mal ». Alors, le grand architecte intervint derechef et, rajustant son œuvre, « l’affranchit de la vieillesse et de la mort »'. Voilà ce qui semble avoir eu lieu. Et ce qui s’est déjà produit, se reproduira sans doute dans la suite infinie des siècles ; car la matière, qui en est la cause, gardera toujours sa tendance native à « s’abimer dans la dissemblance » *. La nature est soumise, avec tout ce qu’elle enferme de vivant, à la loi de la veille et du sommeil. Et, quand elle s’est endormie au point que l’idée du meilleur cesse d'y dominer, Dieu par un travail intérieur y ramène l'ordre et lui rend sa jeunesse. La prédominance du bien ne se maintient dans le monde que par une série de rédemp-
tions.
Telle est la théorie platonicienne de Ia vie future. Elle complète les vues de Socrate”; elle les précise et les affer-
1. PLAT., Polit., 273ae; — Lois, IV, 713°-714%. — Cf. Phileb., 16°, et plus haut, p. 52-55. |
2, PLAT., Politl., 273%; — Cf. Thext., 1762-b. Le Timée aussi nous donne la mème idée de la matière, sur laquelle Platon fonde ici la nécessité où se trouve le Démiurge de donner par intervalles une impulsion nouvelle au balancier de son horloge.