Id., Phileb
L'être n'a de bonté morale que parce qu'il est source de joie et dans la mesure où il l’est. Bien plus, il n'existe au fond que pour cela. Il ne trouve sa raison dernière que dans l'idée du meilleur ; et le meilleur est qu'il enveloppe le plus d'ordre possible afin de produire le plus de bonheur possible 1, Nous retrouvons 101 une pensée que l'on ἃ déjà rencontrée plus haut : le moralisme est le fond du Platonisme.
En définissant le bonheur, nous avons dù parler de la sagesse; et nommer la sagesse, c’est soulever la question de la vertu.
Que la vertu soit une science, Platon l'a toujours enseigné, comme Socrate lui-même ?. C’est une idée de fond qui se maintient chez lui d’un bout à l’autre de sa carrière et qui vient de sa croyance inaltérable en l’hégémonie de la raison >.
1. C’est ce qui ressort principalement du Timée. V. plus haut, p. 119. — On ne peut objecter à cette interprétation le passage du Philèbe où le plaisir nous est représenté comme une γένεσις et par conséquent comme un moyen (53° etsqq.); car il ne s’agit en cet endroit que des plaisirs qui ont un contraire, c'est-à-dire des plaisirs du corps : le contexte l'indique suffisamment. Or il est bien vrai que ces plaisirs sont faits pour la conservation de l'être. Mais l’étre, de son côte, est fait pour produire la fleur exquise du bonheur. — Cf. Protag., 358b-< ; — Gorg., 47722; — Men.,87%-88*; — Lois, ΠΙ, 696°-697C. Sur la valeur morale de l'être, Platon n’a pas plus varié que sur l'identité fondamentale de la sagesse et du bonheur.