‹ PlatonChapitre 198 sur 286 · Id., Gorg., 477%-479° ; — Cf. plus haut, p · texte numérisé non relu

Id., Gorg., 477%-479° ; — Cf. plus haut, p

Au point de vue social, il y a deux sortes de justices « qui se ressemblent pour le nom, mais qui sont très différentes pour la chose ». L'une consiste à traiter les citoyens comme des unités abstraites et par là même à les armer tous de droits politiques rigoureusement égaux : c’est la justice arithmétique. L'autre « donne plus à celui qui est plus grand, moins à celui qui est moindre, à l’un et à l’autre dans la mesure de sa valeur; proportionnant ainsi les honneurs au mérite, elle confère les plus importants à ceux qui ont plus de vertu et d’éducation, les moindres à ceux qui sont inférieurs sous ce rapport, et à tous selon la raison » : c’est ce qu'on peut appeler la justice géométrique. De ces deux formes de la justice, la seconde seule est digne de son nom, vu que seule elle rend à chacun ce qui lui est αὐ. Il ny a qu'elle aussi dont les effets soient vraiment salutaires. Les États ne se conservent et ne fleurissent que dans la mesure où l’on en tient compte. L'univers lui doit « son nom de Cosmos » : c’est elle qui, par la ressemblance dans l'inégalité, y fait éclore la sympathie, ce principe essentiel d'accord, de mesure et de beauté'. Quant à la première espèce de justice, on est contraint de lui faire sa part, « pour éviter [65 séditions » d’une foule incapable d'entendre son propre bien. Mais elle n’est par nature qu'un principe de désordre; et, quand elle règne toute seule, « 1] ne reste qu'à prier les dieux et la bonne fortune de diriger les décisions du sort vers ce qu’il y ἃ de plus juste »?,

On pressent déjà que les quatre vertus cardinales ne se présentent pas sur le même plan. De fait, elles forment

1. Voir, dans le Banquet, le développement de cette pensée (discours d'Éryximaque, 1862 et sqq.

2. PLAT., Gorg., 5082; — Lois, V, 7440; VI, 756°-758*. — Même théorie

dans Aristote, exposée d’une facon plus technique, mais non plus forte (V. notre Aristote, p. 324, notes 1, 2, 3).

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comme « un chœur » divin que préside la science ou sagesse. C'est la sagesse qui nous indique la mesure à laquelle 1] convient de ramener « le cœur » et « l'appétit » pour obtenir le plus d'ordre et de bonheur possible. Et, cette mesure une fois définie, c'est aussi la sagesse qui nous révèle que notre intérêt véritable consiste à l’ériger en loi et qui du même coup l'introduit dans notre activité comme un principe dominateur. Cette vertu toute faite de lumière est la forme du courage et de la tempérance; et, par suite, elle est aussi la forme de la justice!.

Ainsi s'éclaire la question de l'unité des vertus, que Platon a posée à différentes reprises, et jusques dans les Lois*®. Cette question, il la résout en définitive d’une manière toute socratique. Les vertus ne sont point isolées les unes des autres : elles ont un caractère commun. Et ce caractère ne vient pas de leurs sujets qui sont essentiellement multiples; il réside dans la science qui est leur cause formelle à toutes.

Platon élève encore plus haut l’hégémonie de la sagesse, tant sa confiance en la raison est pleine et surabondante ! Il y a des gens auxquels tout réussit comme par miracle; et l’on dit qu'ils ont une bonne étoile. Il y en a d’autres, au contraire, qui font échouer tout ce qu'ils touchent, si bien qu'ils prennent leurs mesures; et l’on dit que leur étoile est mauvaise. Rien de plus curieux que cette série de coïncidences qui nous vaut la fortune et les honneurs ou nous refoule impitoyablement dans l'obscurité, suivant qu’elle est heureuse ou malheureuse. Ce fait qu'on appelle la chance, les Grecs l'avaient remarqué de bonne heure et s’escrimaient à le rendre intelligible. D'après l'Evthydème, le propre de la sagesse est de tout pénétrer,

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