‹ PlatonChapitre 206 sur 286 · V. plus haut, p. 264, note · texte numérisé non relu

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rentes reprises. Il la met tour à tour sur les lèvres de Calliclès', de Thrasymaque ?, de Glaucon *, d'Adimante“; 1] y revient dans les Lois 5. Grande est d’ailleurs la puissance avec laquelle 1] sait la dépeindre : 1] lui donne un relief et un éclat saisissants. Mais 51] met tant de soin à la faire connaître, c’est afin d’avoir l’occasion d’en fournir une critique plus radicale.

Il n'y ἃ pas d’autre droit que celui du plus fort, disent les sophistes. Aïnsi le veut la nature ; et son instinct est irrésistible : d’une façon plus ou moins franche, tout le monde s’y conforme. « Donnons au juste lui-même un pouvoir illimité d'action »; « et suivons-le ensuite. Bientôt nous le surprendrons s’engageant dans la même route que le méchant, emporté comme lui par le désir d’avoir toujours davantage ». Le juste aussi finit à la longue par faire de sa force la mesure de son droit. Et si telle est la conduite habituelle des hommes, la justice ne devient-elle pas la plus funeste des « niaiseries » ? A quoi peut-elle servir? si ce n’est à multiplier les esclaves et les victimes ? Imaginez un juste qui n’ait que la justice pour toute défense : « 1l sera fouetté, mis sur la roue, chargé de fers ; on lui brülera les yeux; à la fin, après avoir souffert tous les maux, 1] sera cloué sur un gibet ». Au contraire, l’homme injuste qui connaït son art, celui dont l'esprit fertile en projets ne se laisse pas arrêter par de vains scrupules, « l'emporte sur ses rivaux et attire tout à lui ». Il devient riche et puissant, il vit dans la magnificence, entouré d'admiration autant que de crainte : on le proclame heureux; « d’où l’on peut con-

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