VII
2. ArIsT., Polit., ©, 1342*, 32-1342", 1-17. — V. notre Arist., p. 285.
disparu sous une couche épaisse de légendes immorales et de superstitions. IL n'est pas permis d'enseigner que les dieux mentent, qu'ils se font la guerre et se dressent des pièges, qu'ils commettent, comme nous, le meurtre, l’adultère et l'inceste; car, outre que ces récits n’ont rien de vrai, ils sont autant de profanations de la divinité et d'encouragements au mal!. Il est également illégitime de se figurer les immortels comme des indigents qui ont besoin, pour leur bonheur, de nos louanges et de nos sacrifices : cette conception de la piété est encore un blasphème. Les dieux sont parfaits; et du même coup ils sont parfaitement heureux : tout le reste leur est inutile?. A plus forte raison ne faut-il pas s'imaginer que l’on peut les corrompre avec des prières, des présents ou des incantations. Car alors 115 seraient comme « des pilotes qui se laissent gagner par des libations et la graisse des victimes, jusqu'à submerger le vaisseau et Les nautoniers » : ou bien encore comme « des chiens qui livrent aux loups le troupeau dontilsont la garde, pour en avoir leur part ». Et qui pourrait supporter la pensée de semblables assimilations “7
Mais si Platon critique la religion traditionnelle, ce n’est point en vue de supprimer la religion. Il la juge individuellement et socialement nécessaire. D’après le fond même de sa pensée, croire en la justice, c'est croire aux sanctions futures ; et ces sanctions supposent les dieux. La morale et la religion sont inséparables : celle-ci accomplit celle-là, et, en l’accomplissant, la rend pratiquement efficace #. Aussi se montre-t-1l d’une singulière
{. V. plus haut, p. 279-280.
2. PLar., Euthyphr., 12° el sqq. — On trouve une pensée analogue dans Bossuer (Élév. à Dieu, p. 332-333, éd. Garnier, Paris); et peut-être n’en a-t-il pas mesuré toutes les conséquences.