‹ PlatonChapitre 233 sur 286 · CAE PAS DE PLAQUE · texte numérisé non relu

CAE PAS DE PLAQUE

L'été Δ απ À vd À 4 τῇς

qu'autant qu’il concourt à l’intérèt social. L'État qui est sa règle, est aussi sa fin". |

Tels sont Les principes qui dominent la question. Reste à savoir comment 1] convient de les appliquer.

Civilement, le mariage est obligatoire : c’est La loi. Et quiconque y sera rebelle, paiera chaque année telle ou telle somme, « afin qu'il ne s’imagine pas que le célibat soit un état commode et avantageux ». De plus, « 1] n'aura aucune part aux honneurs que la jeunesse rend chez nous à ceux d’un âge plus avancé » : « personne ne lui témoignera le moindre respect ni la moindre déférence » *.

Le mariage doit se faire, pour les hommes, de trente à trente-cinq ans et, pour les filles, de seize à vingt ans’.

Il y aura des divertissements et des danses où les garcons et les jeunes filles pourront « se voir et laisser voir dans toute la nudité que permet une sage pudeur », «et sous la surveillance des chorèges* » : c’est ainsi qu'ils trouveront l’occasion de se connaître les uns les autres. Mais ces précautions ne suffisent pas, puisque le mariage se fait principalement « en vue de l'utilité publique ». [Il faut associer les modérés aux violents, afin d'obtenir cet heureux tempérament de douceur et de hardiesse qui est la disposition la plus favorable à la vertu’. IL faut surtout écarter les faibles et les maladifs, et n’accepter que les forts; car la faiblesse et la maladie se transmettent avec le sang et vont se multipliant à l’indéfini, tandis que le but de l’État est de se créer une race de‘plus

1. PLAT., Rep., V, 459%; — Lois, VI, 773b-C : xai κατὰ παντὸς εἷς ἔστω υὖθος γάμου " τὸν γὰρ τῇ πόλει δεῖ συμφέροντα μνηστεύειν γάμον ἕχαστον, οὐ τὸν ἥδιστον αὑτῷ... ; — 16ὲα., 783d-e,

21d., Lois ἘΝ λίπα VI, 77480.

3. Id., Ibid., IV, 721°; NI, 772°, 7850: — Cf. Rep., V, 460°-461*.

"Ὁ. Id., Politic., 310; — Lois, VI, 7785.

en plus saine et vigoureuse. On pratique la sélection dans l'élevage des chiens et des chevaux; elle s'impose quand il s’agit de l’homme : c’est alors surtout qu'il convient, pour protéger l'espèce, d'être impitoyable à l'individu".

Le mariage lui-même revêt deux aspects très distincts, suivant qu'il est question de la République ou des Lois. Dans le premier de ces deux dialogues, Platon admet une certaine communauté des femmes?. Les unions sont faites par les chefs de l'État et ne persistent que dans la mesure où 1] le faut pour qu'elles soient fécondes. Le succès obtenu, les deux conjoints redeviennent étrangers l’un à l’autre comme si rien n’avait eu lieu. Bien plus, tout est disposé de facon qu'ils ne reconnaissent jamais leurs enfants. À peine ont-ils vu 16 jour qu’on les enlève pour les porter dans une crèche publique lorsqu'ils sont bien faits, ou pour les étouffer secrètement lorsqu'ils sont difformes. On n'’imagine rien de plus violemment contraire aux sentiments les plus profonds de la nature humaine; et cependant Platon est en plein dans la logique de son sujet. Pour que l’État produise le bonheur, il faut qu'il soit bien ordonné; il a d’autant plus d'ordre qu'il est plus un; il est d'autant plus un qu'il renferme moins de principes de discorde. Et le vrai principe de discorde est dans le mien et le tien ; 1l est dans la propriété, celle de la femme surtout, à laquelle nous tenons par tant d’attraits divers et si puissants‘. C'est en poussant sa généreuse pensée jusqu’au bout, que l’'Homère de la sagesse arrive à la plus triste des utopies.

Les Lois sont plus humaines et plus gaies. Le mariage

. PLaT., Rep., V, 459%,

. Id., I1bid., IV, 423°-424°; V, 449c4, 450bc; VIII, 5432b. . Id., Rep., V, 459°-460°, 461c-.

. Id., Ibid., 4625 et sqq., 466c-d, 471°.

DR... nds ns à. Δ. ώ

TN ITS De TT ΦΦἜΝ

traditionnel et la famille s’y trouvent rétablis. Mais c’est comme à contre-cœur ; c'est parce’ que, dans cet ouvrage, l’auteur parle pour de simples hommes, non plus pour des « dieux ou des enfants de dieux ». Au fond, le mème esprit demeure : on y sent le même besoin de tout immoler à l'État, afin d'obtenir une harmonie plus forte et plus durable’. La justice, la justice : voilà ce qu'il faut conquérir, voilà ce qu'il faut affermir; et, pour cela, en vue de ce bien suprème, toute marque d’individualisme doit disparaitre à jamais.

C'est ce que l’on voit sous un autre jour, lorsqu'on passe de la question du mariage à celle de l'éducation.

Le but de l'éducation est d'obtenir le développement harmonieux de toutes nos facultés, c'est de « donner au corps et à l'âme le plus de beauté et de perfection possible » : elle enveloppe notre nature entière et l'élève dans l’eurythmie jusqu'à son achèvement?. L'idée que Platon s’en fait n'a donc rien d’ascétique; elle n’a rien non plus de ce qu'on appelle aujourd'hui l’anglo-saxonisme, cette sorte d'ivresse d'énergie brutale. Si la pensée y domine, c’est simplement parce qu'elle contient à la fois l'idéal et le principe de tout ordre; et si l’organisme y prend place, c’est dans la mesure où 1] est l'instrument et le resplendissement sensible de l’âme : Platon conçoit l’homme parfait à la manière dont Phidias comprenait ses statues. Mais l’on se tromperait de beaucoup, si l’on venait à se figurer qu'il s’agit 101 de l’homme, ou même

1. PLaT., Lois, IV, 72124; VI, 7719-776; IX, 855%; V, 740b-c; VIII, 841d-e: IX, 874-c; XI, 929°-930*. Ces différents passages représentent la manière dont Platon comprend, dans les Lois, l'institution du mariage, sa stabilité et les cas de divorce; on y voit aussi combien il est préoccupé de tout subordonner à l'intérêt de l’État. Cf. A. Boxcer, Précis des instil…., p.70, Paris, 1903.

2. Id., Rep., IX, 590°; — Lois, 11, 653b-c; VII, 788°; — Cf. Tim., 47%e, 87*-90°.

"Lt

du Grec, considéré en général; il s'agit de l’habitant de telle ville : 1] est question du citoyen!.

A l’œuvre de l'éducation président certaines idées directrices, qui en sont pour ainsi dire la forme.

Il faut s'y prendre de bonne heure. Car l'âme des enfants est comme de la cire : les impressions 50 graventen empreintes indélébiles et tendent à orienter dans leur sens le reste de la vie?. Il convient donc que l’âge Le plus tendre soit à l'abri de toute sensation malsaine, de tout plaisir et de toute douleur exagérés*. Il est même bon que les femmes, pendant leur grossesse, évitent avec soin les émotions trop vives; car ces secousses pénètrent jusqu’au fruit qu'elles portent dans leurs entrailles et s’y traduisent sous forme d'affections durables#. Dès que le sens moral s’éveille, il devient opportun d’en commencer la culture. Celui qui veut être un habile architecte « s’amuse, dès ses premiers ans, à bâtir de petits châteaux » : et celui qui veut être un bon laboureur, à remuer la terre. Ainsi de l’enfant pour ce qui concerne l'acquisition de la justice. IL faut, par une discipline bien entendue, l'y dresser avec persévérance, à partir du moment où ses facultés permettent un travail de ce genre ὅ.

Telle est la première règle à suivre. Une autre, qui n’a guère moins d'importance, consiste à ne pas rebuter l’enfant. Ce qu'il doit acquérir avant tout, c'est l'amour du bien. Il n’acquiert ce sentiment que dans la mesure où il s'intéresse à son auguste objet; 1] ne s'y intéresse qu'autant qu'on sait le lui rendre agréable. La douceur,

1. PLar., Lois, 1, 643°-644* : .… τὴν δὲ πρὸς ἀρετὴν Ex παίδων παιδείαν, ποιοῦσαν ἐπιθυμητήν τε χαὶ ἐραστὴν τοῦ πολίτην γενέσθαι τέλεον, ἄρχειν τε χαὶ ἄρχεσθαι ἐπιστάμενον μετὰ δίχης...

2. Id., Rep., I, 8770 :1Π|, 4085; — Lois, IL, 653»; VII, 802.-ἁ͵

Page 1