‹ PlatonChapitre 261 sur 286 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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l'homme qu'un instrument politique. D'où vient, dans le fond, cette singulière antinomie? La démocratie illimitée lui fait peur; la constitution lacédémonienne, au contraire, le rassure. Cela s'entend. Mais pourquoi pousset-il son aversion contre la première et sa sympathie pour la seconde, au point de se mettre en contradiction flagrante avec lui-même? C'est ce qui ne peut s'expliquer que par un mobile d'ordre intérieur. Si Platon, comme grec, aime la liberté, 1] est en même temps un aristocrate qui ἃ l'instinct dominateur de sa caste.

Au volontarisme de Platon s'allie un certain fond de mysticisme. Il parle de l’amour des idées, de « l’enthousiasme ineffable » qu'elles produisaient dans les âmes avant leur chute. Le but de la vie, le vrai bonheur consiste à reconquérir, par le retour au même spectacle, le même enchantement divin : retrouver les idées et s’y laisser séduire pour jamais, telle est la destinée du « philosophe ». Assurément, la contemplation a chez Platon quelque chose de moins éthéré, de plus émotif et de plus profond que chez Aristote. Mais 1] faudrait se garder de la confondre avec l’extase, que prôneront plus tard les Alexandrins et dont l’idée viendra de l'orient bien plus que de l’auteur du Phèdre. Au regard du fondateur de l’Académie, la contemplation n'exclut pas la maitrise de soi : ce n’est point l'absorption, mais le plein épanouissement de la personnalité !.

Un dernier trait du génie de Platon consiste en une certaine recherche de la forme énigmatique. Que l’on examine, par exemple, la manière dont il décrit dans le Timée la composition de l’âme du monde, ou les termes qu'il emploie au huitième livre de la République pour expliquer les nombres qui président à la durée des êtres;

1. Cf. plus haut, p. 243-244, ce que l'on ἃ dit de l’individualité des âmes. V. aussi H. GuyoT, L'infinilé divine, p. 233-245, Paris, 1906.

on sentira qu il se préoccupe peut-être encore plus de se faire deviner que de s'exprimer. Toutes ses œuvres sont d'ailleurs émaillées de sous-entendus, de réticences et de formules mystérieuses ; c'est une des difficultés auxquelles on se heurte quand 1] s’agit de définir sa doctrine. Dans le 7#mée surtout, le mythe et la philosophie se mêlent d'une facon étrange et cependant voulue. Or 1] y ἃ là, je crois, plus que des jeux d'esprit. Bien que souverainement ami de la lumière, Platon garde quelque chose d'hiérophantique, qui lui vient du Pythagorisme, et sans doute aussi des traditions orphiques si familières à sa pensée.

L'enseignement de Platon eut un succès considérable; la renommée s’en répandit dans toute la Grèce et au delà. Athènes, Chalcédoine, Amphipolis, Lampsaque, Cysique, Pont, Héraclée, Bzyance, Oponte, Samos, et Phasélis; Mantinée, Syracuse, Locres; Pellène; Cnide, OEnos, Ma-

gnésie, Chypre et la Perse elle-même : autant de villes”

ou contrées qui fournirent des recrues à l’Académie! et souvent des plus brillantes par la naissance et la richesse, autant que par le talent. Nombreuse fut l'élite des jeunes gens qui vinrent se gouper autour du maitre incomparable.

Après Platon, l’Académie n'eut point la fécondité que l’on pouvait attendre de tant d'idées répandues comme à profusion et si puissamment organisées. Ses disciples conservèrent d'abord, mais sans grand éclat, l'esprit et le fond de sa doctrine. Puis, elle ne tarda pas à glisser de la spéculation dans la pratique et de son haut dogmatisme vers la philosophie de la vraisemblance “.

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