Loc. cit., p. 616, note
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l'âme humaine, Platon résume ce qui reste à faire et s'exprime ainsi : « À mon sens, si l’examen de toutes les sciences dont nous venons de parler, portait sur leur fond commun et leurs analogies et les comprenait dans leurs rapports généraux, 1] serait utile à notre fin et vaudraït la peine que l’on s'en occupât; sinon, il ne nous servirait de rien {. » Il s’agit ici de la dialectique; et sa marche nous est présentée comme un passage du multiple à l’un. L'impression qui se dégage, c'est qu'on la peut considérer comme une sorte de méthode à deux tranchants, où l’analyse et l'induction s’emploient à tour de rôle, suivant le cas. Elle a pourtant sa physionomie spéciale, qui est d'aller du conditionnel vers l'absolu, de porter uniquement sur l’intelligible et de n’admettre d’autre agent que l’âme elle-même “.
L’induction et l'analyse sont des procédés directs. Il en est un autre qui consiste à prendre les questions comme de biais et qui n'en présente pas moins de réels avantages : c'est ce que l’on appelle la méthode hypothétique.
Le géomètre a-t-il un problème à résoudre? Veut-1l savoir, par exemple, si, dans un cercle donné, l’on peut inscrire tel triangle, il se dit à lui-même : supposons la question résolue par l'affirmative et voyons ce qui s’ensuit; ou bien encore : supposons-la résolue par la négative, et regardons derechef aux conséquences *.
Le philosophe peut raisonner de la même manière, non seulement pour contrôler les résultats obtenus, mais encore pour en obtenir de nouveaux. Est-il question de chercher si la vertu est une science? on admet provisoirement qu’elle en est une #; et l’on conclut de là qu'elle
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. Id., Ibid., VI, 510°, 5119<; VII, ΘΖ ΒΡ.
. Id., Men., 865-875.
. Id., Ibid., 87b-<.
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doit être enseignable. Mais que l’on vienne ensuite à démontrer qu'elle ne peut l'être, il se trouve prouvé par là même que l’idée érigée en prémisse est fausse et que la vertu n’est pas une science. S'agit-il de la participation des êtres sensibles aux idées? On suppose pour un moment qu il n’en existe d'aucune sorte. Puis, l’on s'aperçoit que d’une pareille hypothèse résulte une conséquence inadmissible, que, dans ce cas, la mesure et l'harmonie qui dominent partout dans la nature ne trouvent plus aucune explication; et l’on passe à la contradictoire en affirmant qu'il y ἃ une certaine participation du devenir à l'être 1.
Mais, si la méthode hypothétique peut établir la fausseté d’une supposition, elle ne suffit pas à en révéler la justesse; car il arrive parfois que de prémisses erronées découlent des conséquences qui sont vraies. C’est une règle de logique qu’Aristote ἃ formulée dans ses Analytiques ? et 1] en donne un exemple assez curieux : toute pierre, dit-1l, est un animal; or l’homme est une pierre; donc τ est un animal. Cette règle, le maître l’a vue avant le disciple; elle est énoncée d’une façon très claire dans le Cratyles.
En outre, Platon a signalé avec force les principaux inconvénients de la méthode hypothétique. Outre qu’elle contraint bien plus qu'elle n’éclaire, elle incline l'esprit à soutenir le pour et le contre avec une égale complaisance et engendre ainsi la plus funeste des éristiques. I] faut donc en user avec prudence, si l’on ne veut « tout brouiller », comme le fait ce peuple de sophistes qu’a produit la Grèce et dont la ville d'Athènes est devenue le rendez-vous. La méthode mégarique est bonne, mais non pour celui qui la met au service de sa vanité, à
1. PLAT., Phæd., 1014; — V. aussi Rep., IV, 437". 2. Anal. Pr., B, 2, 53°, 26-35; 15, 64b, 7-9. 3. 4365 ἃ,
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l'exemple des Euthydème et des Dionysodore : elle ne devient un auxiliaire de la science qu’autant qu’elle trouve sa mesure dans l’amour de la sagesse.
Aussi longtemps que l’on se meut dans la région des idées, on se meut dans la pleine lumière. Considérées en elles-mêmes, elles sont pures de tout mélange et n’opposent aucune résistance à la pensée, qui est de leur famille ? ; envisagées dans leurs relations réciproques, elles présentent des points d'attache éternellement invariables, De là tout un système de propositions à la fois distinctes et universelles qui va se développant de plus en plus jusqu’à ce qu'il s'achève dans l'intuition de l'être inconditionnel # : la science se fait.
A ce long échafaudage d'intelligibles qui s'élève de la terre au ciel et le dépasse pour se suspendre au principe suprême des choses, ne faut-il pas un point de départ dans le sensible et comme une sorte de base expérimentale ? Sans nul doute; et c’est ce que suppose la première ascension de l’âme qui est l'induction. Mais ce serait une erreur de croire que les données empiriques peuvent devenir un objet de science. Nos sensations contiennent un certain résidu d’indétermination, elles sont mélangées « d'infini »; et, par suite, elles ont toujours quelque chose
1. PLAT., Phæd., 1015; — V. aussi l'Euthydème ; ce dialogue est fait surtout pour mettre en relief l'abus de la méthode hypothétique, où l'on avait glissé depuis Zenon.
2. Id., Rep., V, 477" : ... τὸ μὲν παντελῶς ὃν παντελῶς γνωστόν; — Soph., 253°-254* : ... ὁ dé ye φιλόσοφος, τῇ τοῦ ὄντος ἀεὶ διὰ λογισμῶν roocxeimevoc ἰδέα, διὰ τὸ λαμπρὸν αὖ τῆς χώρας οὐδαμῶς εὐπετὴς ὀφθῆναι" τὰ γὰρ τῆς τῶν πολλῶν Ψυχῆς ὄμματα χαρτερεῖν πρὸς τὸ θεῖον ἀφορῶντα ἀδύνατα ; — Phileb., 52°-53°.
3. Id., Lach., 1988:, — Men., 815, 97-98? ; — Phæd., 103°-104° ; — Phi-
leb., 154-165.