VII, 9.215 et sqq.; X
importe d'employer dans l’enseignement de ces diverses matières. Or son avis est qu'il ne suffit pas de réduire le multiple à l'un et de construire ainsi des définitions. 1] faut encore chercher le pourquoi des choses : 1] faut en découvrir la raison dernière; et toute connaissance qui ne s'élève pas jusque-là n'est « qu'une science d’esclave »1. Mais qu'est-ce donc que chercher la raison dernière des choses? sinon faire de la dialectique au sens précis du mot, et remonter peu à peu vers ce soleil des intelligibles d’où procèdent les essences, la vérité, la science et la nature sensible elle-même. Qui ne sent que, si l’auteur en cet endroit laisse ses interlocuteurs au seuil de la théorie des idées, c’est uniquement parce qu'il les sait incapables de la comprendre?
Les œuvres de Platon n’accusent aucune variation fondamentale sur la manière dont il a concu les idées; il les a toujours entendues comme des réalités subsistantes et cependant immanentes à l'intelligence. C'est aussi sous ce double aspect qu’elles nous apparaissent sous la plume du plus grand de ses disciples. Si Aristote avait remarqué chez son maitre quelques indices de conceptualisme, 1l n'eût pas manqué de s’en faire une arme de plus contre sa philosophie, qu'il ἃ combattue avec tant d’acharnement. On ne trouve rien de pareil. D’un bout à l’autre de ses écrits, c’est toujours l'inventeur des « idées » que le Stagirite nous présente et dont il poursuit la critique : il ne
A partir de la page 968 du même livre, Platon parle de la forme qu'il convient de donner à l'enseignement du programme destiné au « conseil nocturne ». Or il affirme, comme dans le Phèdre, que les écrits n'y suffisent pas (9684-<) et que la parole seule est à même de produire une action efficace. C'est pourquoi Mégille finit par s’écrier : « O Clinias, après tout ce qui vient d’être dit, il faut ou renoncer à la fondation de notre État ou ne pas laisser aller cet étranger » (969°). Je ne crois pas, avec M. Brochard (Loc., cit., 9-12), qu'il s'agisse ici de la théorie des idées.
dit jamais, il ne fait jamais pressentir non plus que Platon ait eu quelque envie de convertir ses « essences » en simples modes de la pensée divine ou de l’âme humaine.
Identiques à l'intelligence, les idées sont aussi complètement intelligibles. La pensée divine les possède adéquatement; et nous pouvons les posséder de la même manière, pourvu que nous nous exercions à la dialectique avec vaillance et sagacité?. Il n’y a rien dans la Bonté ni dans la Beauté, rien dans la Blancheur, l’Égal ou l’Inégal, qui soit décidément réfractaire à notre esprit : ainsi de toutes les autres déterminations de « l'être réel ». Le savoir exhaustif et universel ne nous est pas impossible.
Comme les idées sont des réalités parfaites, elles sont “7
« pures » de tout mélange et ne contiennent plus que du « fini ». Or tout ce qui est « fini » est intelligible par nature ὃ: il n’y ἃ que « l'infini », c'est-à-dire l’indéterminé qui résiste aux efforts de la raison 1. Les idées sont essentiellement pensables; elles le sont dans chacun de leurs éléments et jusqu’au fond. Et, d'autre part, nous pouvons toujours les penser, vu que nous les portons au dedans de nous-mêmes et qu'elles restent toujours à notre disposition. Rien ne peut nous arrêter pour de bon dans la conquête de « l'être ». Perspective sublime! s’écrie Platon, espoir enivrant et bien fait pour stimuler notre pa-
1. V. notre Aristote, p. 29 et sqq., et notre article sur La théorie des idées dans les derniers dialogues de Plalon (Rapports et comptes-rendus du Congrès international de Genève, p. 231 et sqq., Genève, 1905).