‹ PlatonChapitre 78 sur 286 · Id., Rep., VI, 504° : ἀτελὲς γὰρ οὐδὲν οὐδενὸς μέτρον · texte numérisé non relu

Id., Rep., VI, 504° : ἀτελὲς γὰρ οὐδὲν οὐδενὸς μέτρον

attention : il est peut-être la plus grande des nombreuses difficultés que présente l'interprétation du Platonisme. « Les Pythagoriciens, dit Aristote, enseignent que les êtres sont une imitation des nombres. Platon emploie le mot participation, qui est de lui. Mais que signifie au juste la participation ou l’imitation? c'est un problème qu'ils ont laissé à débattre !. »

On peut dire d'abord que les idées sont « séparées » des choses sensibles. Si le terme est d’Aristote, la pensée qu'il éveille est de Platon : elle ressort des preuves sur lesquelles il établit la croyance aux idées.

Toute idée est une; tandis que les objets sensibles qui forment sa zone d’extension, sont multiples à l'infini. Toute idée est immuable et dans son essence et dans son existence et dans ses propriétés et dans ses modes, si dérivés qu'ils soient : elle exclut de son être jusqu’à la plus légère atteinte du devenir ; tandis que le propre des objets sensibles, c'est de se modifier à chaque instant et même de naître et de périr. Toute idée est parfaite en son genre; il n'existe, au contraire, dans la nature sensible, que des êtres mélangés et imparfaits. Et dès lors, comment soutenir que l'intelligible est immanent aux données de l’expérience”? Ne serait-ce. pas affirmer du même coup que ce qui est un par essence peut se fragmenter et comme tel, que l’immuable admet le mouvement, et le parfait, l’imperfection ? La transcendance des idées est un corollaire de leur définition.

Il n’est pas même nécessaire de faire 1c1 des inférences. Platon s’est exprimé à ce sujet d’une manière suffisamment formelle. D’après l’Euthydème?, le beau est « à côté » des choses belles. On trouve la même manière de

dire dans le Phédon. L'égal y possède l'existence en dehors de tous les cas d'égalité! ; et le sens de ces paroles est précisé par le contexte : les idées et les êtres sensibles sont entre eux comme des objets à La fois semblables et différents, comme l'original et la copie?. Selon le Banquet* et le Philèbe*, les intelligibles sont « purs » et « n'admettent aucun mélange » ; 1] existe même, dans le premier de ces dialogues, une assertion plus explicite : Diotime y déclare que le beau est « avec soi » et qu'il ne peut « être en autre chose »°. Le Timée reprend la pensée du Banquet et l'étend au monde intelligible tout entier. « L'idée, d'après cet ouvrage, n’admet rien du dehors en elle-même et ne réside pas non plus dans quelque autre réalité » 6 : elle n’est n1 sujet ni attribut. Tous ces textes ont, si 16 ne me trompe, un seul et même sens : ils affirment, sous des formes diverses, la transcendance ou « parousie » des idées à l’égard du monde sensible.

Mais cette affirmation a son antithèse. Les idées ne sont pas absolument étrangères à la nature; elle y participe de quelque manière. C’est la théorie du Banquet? et de la République ὃ, celle aussi du Phédon qui lui donne, je crois, son expression la plus vigoureuse et la plus complète. « Si quelqu'un, dit Platon, vient me demander ce qui fait qu'une chose est belle, ou la vivacité de ses couleurs, ou ses formes et d’autres choses semblables, je laisse de côté toutes les raisons [d'ordre physique], qui ne

1. 74% : φαμέν πού τι εἶναι ἴσον, où ξύλον λέγω ξύλῳ οὐδὲ λίθον λίθῳ οὐδ᾽ ἀλλο τι τῶν τοιγύτων οὐδέν, ἀλλὰ παρὰ ταῦτα πάντα ἕτερόν τι, αὐτὸ τὸ ἴσον.

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