‹ PlatonChapitre 94 sur 286 · PLAT., Tim., 5489, 3. Id., Ibid., 55b · texte numérisé non relu

PLAT., Tim., 5489, 3. Id., Ibid., 55b

RE de Là bé,

." Le ΕΝ Δ TR A UT et PE D DT τ Ἄν ἐλ OR LOUE LL Rs Arte GE VE Le CES té A DNA CNE D EN ES

Voilà, nous semble-t-il, ce qui résulte du Timée. La musique est la reine du ciel, et parce qu’elle est d’abord la reine de l’hyperciel. Tout se conforme à ses 1015 : l'âme du monde, les distances des sphères, la proportion des quatre corpsetles figures géométriques qui les informent; la nature est une lyre vivante qui joue un hymne éternel à la splendeur de l’Étre. Et cette doctrine n’apparait pas ici pour la première fois; elle hantait l'esprit de Platon bien avant la composition du Tmée : on en trouve déjà l’idée fondamentale dans la République. Au troisième livre de ce long ouvrage, l’auteur parle du rythme et de l’harmonie. Il observe qu'ils constituent le caractère dominant des beaux-arts; puis il ajoute : « La nature des corps et celle des plantes en sont pleines aussi !. » Platon ἃ toujours compris le monde en musicien; sa pensée à cet égard n’a fait que se préciser avec le temps.

Les notions d’infini et de fini une fois données, on voit mieux les rapports que soutiennent entre eux ces principes essentiels de tout être en devenir.

Puisque les idées ont une existence transcendante, ce ne sont pas elles qui se mêlent aux choses sensibles pour en être la forme ; et l’on peut dire, dans ce sens, que le fini est « séparé » de l'infini. Mais, si les idées ne se mêlent pas aux choses sensibles, elles s’y reflètent de quelque manière : la nature en est une image périssable. Et l’on peut dire, sous cet autre rapport, que le fini est immanent à l'infini.

C'est cette seconde acception qui frappe Aristote et il s’en contente. À quoi servent les idées? dit-il. Qu'il y ait un Socrate éternel ou qu'il n’y en ait pas, Socrate ne

1. 401* : ἔστι dé γέ που πλήρης μὲν γραφικὴ αὐτῶν [ῥυθμοῦ καὶ ἁρμονίας] χαὶ πᾶσα ἡ τοιαύτη δημιουργία, ... ἔτι δὲ ἣ τῶν σωμάτων φύσις χαὶ À τῶν ἄλλων φυτῶν. -ἸὟὙΥ. aussi plus haut, p. 80-82.

demeure pas moins possible; et il ne naïîtra pas moins, si par ailleurs 1l doit naïtre; car il n'a point pour cause efficiente un acte pur, mais bien une substance qui est, comme lui, sujette à la loi de contrariété : « l’homme engendre l'homme ». C'est assez, pour expliquer les choses, du « fini » qui va de la puissance à l'acte ou de l'acte à la puissance, et que la matière conserve toujours de quelque manière dans ses éternelles virtualités. Le « fini » d'imitation suffit; le modèle est inutilef.

De plus, le fini, au second sens du mot, n'est pas seulement inhérent à l'infini, d'après la pensée de Platon; mais encore 1l en procède, comme d’une source éternelle, sous l'influence du désir qu'inspire à l'âme du monde le spectacle de l’intelligible. Le Démiurge plaça dans cette âme « de la substance indivisible et toujours la même »: il l'admit à la contemplation des essences éternelles et parfaites. Puis il l’épandit partout, du milieu jusqu'aux extrémités de l'univers, afin que, sollicitée et réglée par son divin modèle, elle introduisit partout la mesure, l’ordre et la proportion. C'est du dedans que l'infini se détermine et se façonne; cest du dedans qu'il s'élève à l'excellence du fini.

En troisième lieu, le fini n’exerce pas sur l'infini un empire intégral; 1] n'obtient à son endroit qu'une moitié de victoire. Son rôle n’est pas d'arrêter le flux des choses sensibles; il ne fait que le régler. La nature est vie et ne peut cesser un seul instant de se mouvoir. Mais, par le fait que le fini intervient, 1] apporte dans ce cours perpétuel la mesure et la proportion. Il en est à peu près comme d'une fontaine qu'alimente un torrent impétueux et dont les divers orifices bien harmonisés ne donnent pourtant au public que la quantité d’eau convenable.

1. Anisr., Mel., A,9, 991%, 3-4; M, 5, 1080", 2-3 ; 1079", 27-30: Z, 8, 1033», 24-28, 32.

Le fini et l'infini : tels sont 165 principes constitutifs de l'être qui devient. Il faut expliquer maintenant par quelle série de combinaisons le monde en est sorti.

Le monde est fait à l’image des intelligibles : 1] imite le plus possible leur suprême harmonie. Le divers s'y ramène donc au même, comme en eux : il est unique, comme son divin modèle. Le Démiurge « n'en a fait ni plusieurs ni une quantité infinie; 1] n'a fait que celui-là, et il n’y en aura pas d’autres »!. Par suite, c'est rêver à la manière d’un enfant? que d'imaginer, au delà du système cosmique dont nous faisons partie, d’autres étoiles et d'autres planètes, des mondes qui naissent et des mondes qui meurent; cet univers comprend tout ce qui’est et tout ce qui peut être. Au delà, il n'existe ni terre, ni eau, ni air, ni feu, ni aucun autre principe d'énergie, ni aucune autre parcelle de matière, si infime qu'elle soit. Au delà, 1] ἢν a rien : c’est la solitude infinie qui commence.

En second lieu, le monde est sphérique. Il convenait qu'il eût la forme la plus belle, celle « qui est la plus semblable à elle-mème », qui s'éloigne le plus du divers et reproduit avec le moins d’imperfection possible l’in-

tégrale unité des essences. Ainsi le voulait également *

le rôle du monde à l'égard de ses parties : « la forme la mieux appropriée au vivant qui devait contenir tous les autres vivants, ne pouvait être que celle qui enclôt en elle-même toutes les autres formes“ ». Pourquoi d’ailleurs

1 PraAT:; Tim 2031, 3%, 55% 2. Id., Ibid., 55°.

Page 1