De legibusy I, 8, — Cf. Tusc.y I
mieux pour lui préférer le pire. Mais, malgré tout, on aime à voir la preuve de fait justifier les prévisions de la raison. Quand Platon passe des conseils afifectueux, des douces réprimandes, des pressants appels à l'argumentation scientifique , provoquée par les systèmes et armée pour la lutte, sa pensée revêt la précision que réclament les circonstances*^ Les doctrines impies ont tout simplement renversé Tordre des choses. Ce qu'il y a de vraiment premier, ce qui mérite de s'appeler nature au sens actif du mot, ce n'est ni la terre, ni l'eau, ni l'air, ni le feu. C'est l'âme ; elle est la substance qui possède la faculté de se mouvoir elle-même, le premier principe de la génération et du mouvement dans tous les autres êtres. Existe-t-il une seule âme ou plusieurs? Voilà où la question devient digne de tout intérêt, a Je réponds pour vous, dit l'Athénien à ses interlocuteurs, qu'il en faut admettre au moins deux. Tune bienfaisante, l'autre qui a le pouvoir de faire du mal. » Or, c'est la bonne âme qui gouverne le ciel, la terre, tout cet univers. Elle est une divinité qui appelle toujours à son aide une autre divinité, l'intelUgence, et de concert avec elle gouverne toutes choses, les conduit à l'ordre, qui est aussi le bonheur véritable.
Ces deux âmes ne sont point nouvelles pour nous. Il est aisé de les reconnaître sous les traits que décrit Platon. On les rencontre partout, et dans la dialectique, où elles apportent l'identité et la diJBFérence, et dans la morale, où elles sont le bon et le
mauvais génie, et dans la cosmologie, où elles sont les deux essences contraires dont le démiurge se sert pour composer l'âme du monde. C'est en courbant l'Autre, malgré sa nature sauvage et sa résistance brutale, sous la loi douce et inflexible du Même, en forçant le mouvement désordonné à se mouvoir selon la règle, que Dieu a organisé le cosmos. Mais alors ces deux principes s'unissaient pour former une seule âme. Ici, dans la théologie, ite constituent deux âmes distinctes. Platon pouvait-il mieux faire pour nous laisser entendre, malgré la contrainte qu'il subit, qu'il ne s'en tient pas à cette dualité? Et quand il ajcute que l'âme bienfaisante a recours à une divinité supérieure, ne voyons-nous pas apparaître le démiurge lui-même? Dans le Timéej le rôle bien établi du même, c'est d'être l'intelligence de l'âme cosmique. Donc , lorsque cette intelligence en invoque une autre, ce ne peut être que l'intelligence suprême. Dieu lui-même *.
i. Si, contre notre attente, la conclusion laissait quelque doute dans l'esprit du lecteur, nous le prierions de se reporter aux passages suivants du Sophiste : « Tous les êtres vivants et mortels, les plantes qui poussent sur la terre, qu'elles viennent d'une semence ou d'une racine, les corps inanimés, fusibles ou non, que la terre enferme dans son sein, dirons-nous que c'est un autre ouvrier que Dieu qui les a tirés du non-être pour les appeler à l'existence? Ou bien faut-il s'en rapporter à ce que pense et dit le vulgaire? — Que dit-il donc? — Que c'est la nature qui produit tout cela en vertu d'une force mécanique et privée d'intelligence. N'est-ce pas plutôt une cause pourvue de raison et d'une science divine, dont Dieu même est le principe? » L'interlocuteur avoue qu'il avait pensé jusqu'ici comme la foule, mais qu'il se range à l'avis de l'étranger.
De plus, la théologie nous met ainsi sur \i voie d'une solution que nous avions dû abandonner jusqu'à présent : quel est le rapport du Même à l'Etre? Le rapport qui peut exister entre une intelHgence créée et l'intelligence créatrice. La seule objection que l'on puisse nous opposer, c'est que Platon, dans le Sophiste^ distingue cinq genres, l'être, deux contraires, deux intermédiaires ; «il semble donc bien que le même soit complètement distinct du principe. A cela nous répondrons que Dieu, créateur des idées, crée l'identité aussi bien que le mouvement et le repos. Pourra-t-on inférer de là que Dieu crée aussi l'autre, ce qui fçrait de lui l'auteur du mal? JîoH, car Platon déclare que l'autre ne peut être mis au rang des dieux, à cause de sa nature malfaisante.
Est-il besoin d'ajouter que Tâme du monde, ainsi étudiée d'après les textes mêftie du Timée et des Lois, n'a rien de commun avec la troisième hypostase des Alexandrins? Formée, pétrie pour ainsi dire par un Difeu essentiellement actif, elle ne res-
« J'établirai donc, reprend celui-ci, que toutes les choses qui passent pour ^tre le produit de la nature,Isont l'œuvre d*un art divin... Nous-mêmes, tous les autres animaux et les éléments dont ilg sont formés, le feu, l'eau, et les frères de .ceux-là, c'est Dieu qui les a fait naître et façonnés. » Ainsi, ce que l'on nomme nature cache une cause, et cette cause relève de Dieu, qui la fait être et qui l'inspire. Que peut-on demander de plus clair? Remarquez que ces grandes pensées de Platon se rencontrent dans un dialogue où l'exposé et l'application de la méthode occupent la plus grande place. Nous sommes donc autorisés à dire que la dialectique et la théologie de Platon sont inséparables.
semble en rien à cette émanation d'un principe abstrait; il y a entre elles autant de différences qu'elles présentent de caractères. Dans Plotin, l'âme est le rayonnement éternel de l 'intelligence; dans Platon, elle est l'œuvre du démiurge qui l'a constituée à un jour donné. Comme toutes les formes de l'être chez les Alexandi'ins, 4'âme Jiypostatique a deux puissances correspondantes aux deux parties de Tâme humaine; c'est par la partie inférieure qu'elle devient puissance génératrice ou nature. Rien de celte ^ distinction dans Platon, qui la regarde comme la nature elle-même, la nature active, principe d'ordre et
de conservation, providence générale de l'univers. L'âme des Ennéades crée la matière ; dans le Tintée, Dieu produit le corps de l'univers aussi bien que son âme. Il resterait à chercher pourquoi Platon a imaginé cette sorte de suppléante de l'intelligence divine commise à la garde du monde. La raison est toujours la même. Platon n'a nulle idée d'une création proprement dite. Dieu n'a jamais existé seul. De tout temps aussi^ le principe malfaisant, eause de désordre et de mal, a eu sa part d'indépendance. L'inexorable nécessité, contemporaine du démiurge, éternelle comme lui, ne s'est soumise à sa domination que par une obéissance volontaire. Il faiit donc, sous peine de faire de Dieu le perpétuel dompteur de la force brutale, produire un autre agent destiné à contenir le principe destructeur de l'ordre, une âme bienfaisante, sage, réglée, amie de l'intelligence, pour neutraliser l'âme tumultueuse, aveugle
et désordonnée. Mais l'unité platonicienne règne avec le démiurge au-dessus de ce dualisme. Le principe mauvais ne produit rien, parce que^ pour produire, il faut être bon. C'est parce qu'il est bon, que Dieu a formé l'univers, et c'est parce qu'il est excellent que son œuvre est excellente.
Quant à ces dieux olympiens dont il a conservé les noms, Platon ne croit pas même à leurs âmes, iKialgré les mythes charmants qui lui ont servi à , exposer les théories les plus importantes; on peut l'affirmer hardiment, le X® livre des Lois à la main, comme il était facile de le conjecturer déjà par VEuthyphron et par la défense pleine de réserves que présente V Apologie de Socrate. Platon avait commencé sa démonstration en s'emportant jusqu'à l'indignation contre ceux qui l'obligeaient à prouver l'existence de la divinité; il l'achève en déclarant que l'univers est tout plein de dieux, ôeSv TuXijpYi wdtvra. C'est la formule consacrée bien avant Platon pour tous ceux qui voulaient réconcilier la philosophie avec la croyance vulgaire. Mais, franchement, c'est trop de largesse, trop de dieux. Au point où nous en sommes de la théologie platonicienne, deux hypothèses seulement sont possibles en ce qui concerne la nature des dieux : ou bien une âme distincte habite le corps de chacun des astres, et ces âmes diverses ont ceci de commun, qu'elles s'inspirent toutes à la source de Tintelligence suprême, et Platon est parvenu tant bien que mal à concilier le polythéisme et le dogme philosophique de l'unité
divine; ou bien Jupiter et les autres prétendues divinités ne sont que des corps immenses obéissant à une puissance distincte des astres qu'elle meut, et alors les dieux secondaires ne sont plus que des noms empruntés à la langue vulgaire, mais qui ne représentent rien en dehors des formes étincelantes qui éblouissent nos yeux. C'est évidemment cette dernière hypothèse qui est la vraie, quelques précautions que prenne Platon pour lui enlever ce qu'elle pourrait avoir de trop formel, de choquant pour Topinion reçue. Au lieu de ces descriptions du Tintée et du Phèdre^ si poétiques et si sûres d'ellesmêmes, Platon se livre à une sorte d'enquête assez irrévérencieuse. Dans quel rapport est l'âme avec les corps des astres? Comment, par exemple, l'âme royale de Jupiter, l'âme du soleil agit-elle sur lui? Platon propose à cet égard trois conjectures qui méritent d'être pesées avec la plus grande attention, si l'on veut pénétrer jusqu'au fond de sa pensée. L'âme du soleil habite-t-elle au-dedans de ce corps rond qui frappe nos regards, et le transporte-t-elle d'un lieu à un autre, comme l'âme de l'homme transporte son corps? Cette première solution devrait obtenir les préférences d'un philosophe convaincu de la pluralité des dieux. Cependant* Platon passe immédiatement à une seconde hypothèse qui pouvait être conforme aux préjugés vulgaires, mais qui n'a rien de commun ayec une opinion scientifique; comme si, par un procédé qui lui est familier, il voulait neutraliser une proposition spécieuse,
mms peu conforme à la vérité, en la rapprochant d'une autre absolument inadmissible, et nous amener ainsi à recevoir la vraie solution qu'il présente la dernière, après avoir fait place nette de toute autre doctrine. Il suppose en effet, en second lieu, que l'âme se donne à elle-même un corps étranger, nature ignée ou aérienne, et s'en sert pour pousser de force le corps du soleil. Personne ne s'avisera sans doute de prendre au sérieux une telle conjecture, et quand Platon nous propose comme dernière ressource d'admettre que l'âme, dégagée de tout corps, dirige le soleil en vertu d un pouvoir supérieur et vraiment admirable, nous saisissons au bond cette solution tard venue, parce qu'elle nous soulage de l'embarras que nous causaient les autres et aussi parce que, plus sage, plus élevée, plus acceptable que les précédentes, elle nous paraît plus digne de son auteur. Ainsi l'âme qui meut le soleil ne lui appartient pas en propre; elle lui est supérieure, suivant l'expression de Platon. Et il n'y a guère à se méprendre sur la pensée du philosophe ; car il continue de passer en revue les autres astres, la lune et les années et les mois et les saisons, et la cause de tout cela, c'est une ou plusieurs âmes excellentes. Du moment qu'une seule suf&t, plusieurs ne sont pas indispensables ^
1 . Ce point établi^ il resterait aux partisans déclarés d*un certain mélange de polythéisme et de monothéisme dans Platon, la faculté de prétendre que si le philosophe écarte avec une évidente ironie les dieux mythologiques, du moins il croit à des divinités astronomiques. C'est une question
Quoi qu'il en soit de ce point plus curieux que nécessaire, la suite de la théodicée platonicienne ne fait plus que mettre en relief le dogme de Tunité divine. La divinité qui veut et qui peut prendre soin de toutes choses, c'est le Dieu très sage. Quand on parvient à convaincre le jeune présomptueux qu'en parlant légèrement des dieux il ne sait ce qu'il dit, c'est encore par un bienfait de Dieu même. Ne fadsons pas l'injure à ce Dieu de le comparer à l'ouvrier paresseux ou fatigué dont l'attention n'est plus éveillée que par les grandes, choses et qui. dédaigne de s'occuper des petites. La providence s'étend aux plus humbles des êtres, aux actions en apparence les plus modestes, aux affections les plus indiJBFérentes. « Tu n'échapperas pas à son regard, quand tu serais assez petit pour pénétrer dans les entrailles de la terre, assez grand pour te perdre dans les cieux. » L'univers n'existe pas pour l'individu, mais l'individu pour l'univers, et tout ce qui intéresse la moindre des parties contribue essentiellement au
que nous abandonnons à de plus savants, en faisant remaT" quer toutefois que l'exemple d'Aristote invoqué à l'appui de cette thèse n'est pas tout à fait concluant. Son Dieu suprême étant absorbé dans la pensée de lui-même, complètement étranger au monde sur lequel il n'agit que comme cause finale, on conçoit qu'Aristote ait recours à des moteurs mobiles^ agissant en qualité de causes efficientes des rotations concentriques. Mais le Dieu de Platon est Providence ; il s'intéresse à ce monde qui est son ouvrage. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, cette recherche n'offre qu'un intérêt secondaire du point de vue où nous sommes placés. Que sont après tout des dieux que l'on n'adore pas, sinon les plus brillantes productions du Dieu qu'il faut adorer?
bien de l'ensemble. La Providence platonicienne, c'est le roi libéral et bienfaisant du monde qui, tout en respectant les libertés individuelles, distribue ses sujets dans les places et les conditions les mieux appropriées à leurs aptitudes natives, et fait conspirer toutes les volontés au triomphe d'un système dans lequel le bien l'emporte sur le mal. L'optimisme de Platon est très loin, comme on le voit, de revêtir ce caractère de hautaine et sentencieuse rigueur que nous avons rencontré dans celui de Plotin. Si Dieu agit par rapport à cette vue de tout, (( il a laissé à la disposition de nos volontés les causes d'où dépendent les qualités de chacun de nous. 0
Comment expliquer, sans l'unité de Dieu, le dogme à la fois si simple et si complet de la Providence exposé par Platon, la suite, l'harmonie qui éclate dans l'ensemble, cet ordre indéfectible auquel concourent à leur insu des êtres libres qui ne le cout naissent pas ou qui sont toujours prêts à l'oublier? Tout, au contraire, jusqu'à la sanction ultérieure qui vient justifier la Providence des attaques auxquelles Fexpose le bonheur apparent et mensonger des méchants, tout nous conduit à une intelligence infinie qui a produit le monde par sa bonté, qui le conserve par son amour, à une sagesse suprême, éminemment persuasive, puisqu'elle a réussi à enchaîner pour toujours l'aveugle et implacable nécessité elle-même, éminemment bonne, clairvoyante, active et puissante, puisqu'elle ne laisse rien en de-
hors de son gouvernement et que le plus faible peut se réclamer d'elle aussi bien que le plus fort. Il ne suffit pas d'écarter l'olympe divisé et tumultueux des poètes. Impossible de le congédier avec plus de convenance et de décision que ne le fait Fauteur du Timée^ quand il abandonne le soin de défendre les dieux et de dresser leur généalogie à ceux qui prétendent avoir les dieux eux-mêmes pour ancêtres. Mais il convient de reconnaître que Platon se montre jaloux de son idée d'unité, qu'il en veut faire de toute manière le complément de sa doctrine. La dialectique et la théologie nous ont conduits au même résultat.
Jetons un dernier regard sur l'ensemble de la doctrine platonicienne. Au-dessus du ciel, Dieu et le monde idéal, où chaque être a sa nature propre, invariable, étemelle; au-dessous du ciel, l'univers animé, doué d'une intelligence qui demeure en communication avec l'intelligence divine; dans son sein, les multitudes variables, relatives, passagères, qui empruntent des idées, parfois même des contraires, le peu d'être qu'elles sont susceptibles de reproduire. Pourquoi Platon n'a-t-il pas fait rentrer les intelligibles en Dieu, l'archétype dans le démiurge, ou plutôt pourquoi l'en a-t-il fait sortir? Il pouvait, à ce qu'il semble, s'épargner des intermédiaires qui compliquent le système et y produisent l'encombrement : d'une part, les idées qui demeurent absolument indépendantes, isolées; de l'autre,
deux essences dont l'une, éternelle et nécessaire comme les idées, ne peut, à cause de sa nature mauvaise, être l'œuvre du démiurge, dont l'autre paraît être comme les idées et plus qu'elles une création de Dieu même, et cependant diffère du reste des intelligibles en ce qu'elle apporte Tintelligence dans l'âme du monde, tandis qu'ils demeurent immobiles dans le séjour divin. N'importe ; le principe supérieur de la dialectique, c'est que Dieu communique l'être et crée l'essence; les idées sont donc deux fois distinctes de lui. Pourquoi? Il faut répondre d'abord : C'est que les idées platoniciennes ne sont pas de simples pensées, mais des êtres et les seuls êtres véritables. Mais c'est là une explication, et l'on demande une raison. Il convient donc d'aller plus loin et de reconnaître que Platon, malgré tout son génie, n'a pu échapper au dualisme qui pèse d'un poids si lourd sur toute la philosophie païenne. C'est le côté papr où il relève fatalement de son temps. Le mauvais principe n'est pas moins éternel que Dieu même. L'Autre n'a pas plus commencé d'être que le Démiurge. Demandez plutôt au Sophiste : il pénètre au-dessus du ciel, jusque dans là région intelligible elle-même. Mais là, sous l'œil du maître, il réprime ce qu'il a de plus mauvais et se contente d'être une cause de limitation. Il distingue l'Etre des êtres et ceux-ci les uns des autres. Audessous du ciel au contraire, dans cet empire de la nécessité où des éléments informes et sans nom sont agités sans cesse et secoués comme le grain
dans la corbeille du vanneur, l'Autre règne d'abord en souverain absolu; il entretient, il attise avec joie ce mouvement insensé. Mais un jour l'intelligence descend, le saisit, le contraint, et à l'agitation tumultueuse succède le mouvement réglé, et dans ce cercle immense tracé par l'intelligence elle-même tout s'agence avec ordre. Les rayons du monde idéal viennent éclairer cette région ténébreuse et y produire des images passagères des êtres immuables qui récréent éternellement la pensée divine. Tel est le fond obscur sur lequel Platon a jeté les mythes gracieux et les savantes théories que nous connaissons, la réminiscence, l'amour, le beau, la providence et tant d'autres. L'artiste est-il moins admirable parce qu'il a traduit sa pensée sur une toile de commune valeur? Avons-nous enlevé à Platon quelque chose de son prestige, parce que nous l'avons montré tel qu'il est, tel qu'il devait être ? Si c'était là le résultat de nos efforts, il aurait trompé notre intention et nos espérances. Sans doute, le plus humble enfant de village que vous interrogerez sur le seuil du temple vous répondra au sujet de Dieu des vérités que Platon n'a pas connues. Mais l'enfant a eu un maître, et ce maître en avait eu d'autres, et, en remontant de maître en maître, on trouve une révélation. Ce que Platon a fait, avec la raison toute seule, pour arriver à satisfaire cette soif de vérité qui est d'autant plus ardente dans une âme que cette âme sent en elle plus de force et de pénétration, justifie pleinement l'hommage enthousiaste de la
postérité. C'est bien le divin Platon; et le sujet de méditation le plus réconfortant que puisse se donner l'homme qui pense et qui croit est sans doute le suivant : Si Platon païen a été un homme à ce point extraordinaire, que serait-ce donc aujourd'hui qu'un Platon chrétien?