PLATON. — LES DIALOGUES DES LOIS
. Platon (429-348) ‘est considéré d'ordinaire comme phi-
losophe et le côté juridique de ses œuvres ne semble guère voit attiré l'attention des érudits. Dans la République, il avait élaboré un plan de réforme sociale où le jurisconsulte peut trouver à glaner; mais cet ouvrage, rempli de vues hardies sur la justice et l'organisation de la société sur la base du communisme, touche beaucoup plus à la philosophie, à la sociologie et au droit public qu'au droit privé.
Arrivé au soir de sa vie, Platon sentit le besoin de faire œuvre plus pratique. Les Dialogues des Lois sont nés de ce dernier effort du grand penseur; et c’est cet ouvrage, véritable introduction à l'histoire du droit grec, que nous essaierons d'analyser dans les pages suivantes.
La lecture de ce travail, divisé en douze livres, donne l'impression de quelque chose d’inachevé. La mort, sans doute, a empêché Platon d'y mettre la dernière main. Toutes les idées y sont jetées pêle-mêle dans un désordre
déconcertant, malgré le plan posé par l’auteur. Des lon-
TO
gueurs interminables en rendent la lecture pénible. On y frouve tour à tour dés pensées philosophiques, des préceptes de droit, des considérations sur la musique et les mathématiques, des conseils de morale et d'hygiène. Mais que de perles dans ce bavardage, que de pensées profondes, de remarques dignes des plus grands penseurs des temps modernes, et quelle élévation de sentiments ! Mais le but de cette étude nous obligera à laisser de côté, bien à regret, toutes les beautés étrangères à la législation. Nous nous sommes efforcés de cueillir çà et là toutes les règles du droit privé et du droit criminel pour en recopstituer l'ensemble. Cette tâche s'est trouvée compliquée du fait que les traductions de l'ouvrage sont assez imparfaites. ILest prudent parfois de se reporter au texte grec pour -comprendre certaines expressions juridiques sujettes à plusieurs interprétations. De plus les traducteurs, esclaves de la tournure grecque, n'ont pas toujours donné à leur travail l'allure de la phrase française et la lecture en est ainsi rendue moins attrayante (7).
L'œuvre que nous avons entrepris d'étudier se présente sous forme de dialogue entre trois personnages, Clinias de l’île de Crète, Mégille de Sparte et un troisième, l’Athénien, qui se rendent de la ville de Cnosse à l'antre de Jupiter au mont Ida. Clinias expose qu'il est chargé de. présider à la fondation d'une colonie et de lui donner des
lois. C'est l’occasion pour l'Athénien de développer son
(1) Nos citalions seront toujours très libres. Nous nous sommes permis d’alléger la traduction en supprimant beaucoup de longueurs el, de redites
rc Lor-e-
plan de législation ; Platon parle par sa bouche. Les deux autres se bornent à poser à propos les questions nécessaires à l'exposé et à approuver toutes les théories émises avec l'admiration la moins dissimulée.
Voici le plan adopté par l’auteur (1. 268) (1): 11 dédaigne
les classifications abstraites et calque le droit sur la vie ;
on règlera d’abord les mariages, puis la naissance et l'éducation des enfants. On les suivra dans la vie, les approuvant ou les condamnant suivant les règles de la Raison. Ou règlera ensuite l'acquisition et l’usage des richesses, la matière des conventions, lés peines à infliger à ceux qui violent les lois, et l'on terminera par les dispositions relatives aux sépultures.
Ce monument est-il sorti tout entier du cerveau de Platon ou devons-nous y retrouver l’image des ‘législations de la Grèce ? On peut dire que le droit de la Crète, de Sparte et d'Athènes constitue le fond du livre et que l’auteur a cherché seulement à l’unifier et à l'améliorer selon les principes de sa philosophie. Il le dit lui-même: « Pourrions-nous choisir pour objet de nos réflexions de plus belles lois que celles qui ont servi à policer ces trois Etats ? » (HI 305). Et ailleurs : « Nous avons mission de choisir parmi nos lois ceiles qui nous plairont davantage et de recourir même à celles. des étrangers ». (IL 315).
Comment pourrait-il en être autrement ? Sans nous en
(1) Le chiffre romain indique celui des livres « Lois » d’où est tirée la citation, et les chiffres arabes la page du texte grec: Plutonis opera ex recensione C.- E. Shneïderi, MDGCC1:,
volumen secundum,
rendre compte nous sommes imprégnés des mœurs qui nous environnent et si les esprits novateurs réussissent parfois à s'élever à des notions supérieures, c'est toujours en prenant pour bæeé ce qu'ils ont sous les yeux.
Rien de plus intéressant dans ces conditions que de faire dans les Dialogues des Lois la part de la réalité et celle de la création. Et nous ne manquerons pas, en comparant la législation de la cité du rêve avec celles des différentes régions de l’Hellade, de faire cette discrimination dans la faible mesure de nos moyens. ;
Mais Lopev ÿ xat ph péhiope Ëtt (1) comme le répète si souvent jusqu'au milieu de son livre notre intarissable Athénien. | |
(1) Ne différons pas davantage et entrons dans notre sujet.