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CHAPITRE V

Il y a des intelligibles, c'est-à-dire un monde de réalités absolues, qui sont autant de déterminations 1mmuables de l'être et dont la cause interne est « l’idée du bien ».

Au-dessous des intelligibles, il y a la nature qui en est l'image sensible, où tout nait pour mourir et dont chaque partie se compose elle-même d’ « infini » et de « fini».

Entre ces deux termes, intervient une sorte d'âme cosmique où se manifeste l'idéal éternel des choses, qui s'éprend pour lui d’un amour indéfectible et qui, sous l'influence de cet attrait supérieur, produit le branle harmonieux de l'univers.

Ainsi se résument les deux chapitres précédents; et ils semblent constituer par eux-mêmes toute une « philosophie première » : ils semblent suffire à l'explication rationnelle du monde.

Platon, cependant, ne parait pas s'en tenir là : 1] parle d'un autre principe auquel il donne le nom de « Dieu »: et ce principe occupe dans sa pensée une place prépondérante : 1] aime à le rappeler, ils’y complait. Il en fait tour à tour l’auteur et le père du monde, l’exemplaire vivant de la sainteté, le fondement de l'éducation et comme la clef de voûte de l'édifice social.

C'est là, pour ainsi dire, l'âme de sa philosophie, partout présente et partout active, même lorsqu'il n’en parle pas; et plus son génie se développe avec les années, plus il y met d'importance, plus il en entretient ses lecteurs. Θεός, tel est le mot par lequel commenceni les Lors; et ce mot revient sans cesse au cours de ce long ei poétique dialogue : il en est comme le motif dominant!. Qu'est-ce donc que Dieu, d’après Platon?

S'il fallait prendre le Timée à la lettre, Dieu serait un être extérieur au monde, et peut-être aux intelligibles eux-mêmes : il nous apparaît dans cet ouvrage comme un artiste qui se tourne vers les « idées », les choisit pour modèle et façonne à leur ressemblance et la na-

1. Voici les principaux passages où Platon parle, non de tel dieu particulier, mais de Dieu (θεός ou à θεός) : Apolog., 42° ; — Crit., 849: — Gorg., 507e, 5129. — Banq., 202%, 208"; — Phæd., 62°, 62°, 67°, 95», 106“; — Πέρ., II, 379*-383° (dans ce passage, les expressions θεός et ὃ θεός reviennent à plusieurs reprises et avec le même sens : ce qui éclaire singulièrement la terminologie de Platon en matière de théologie); — διά. VI, 507°; VII, 5805; X, 5972-4 (en cetendroit,les expressions 0e6ç et ὁ 0eoçsont employéesquatre fois οἱ encore dans le même sens, comme plus haut); — Phædr., 2461, 247°, 2485, 274, 278%; — Theæt., 176" οἱ 544; — Soph., 265» (le mot θεός revient ici à trois reprises sans article); — Zbid., 260»; — Politic., 269%-275* (θεός est derechef l'équivalent de ὃ θεός) ; — Phileb., 30% (le mot Διός est évidemment l'équivalent de θεοῦ); — Tim., 29°-30*, 30°, 30°, 32°, 34°, 34°, 38%, 46°, 46°, 47”, 47e, 68%, 719, 722, 73», 74%, 75°, 78», 90", 92"; — Lois, 1,624*; IV, 713%; IV, 715°; IV, 716°; IV, 7162; IV, 7172; VII, 803°; VII, 818»; VIIL, 885"; X, 897»; X, 901"; X, 902e; X, 908"; X, 905°; XI, 919%; XII, 968°; — Crili., 121» : θεὸς δὲ ὁ θεῶν Ζεὺς... — Nousne parlerons pasdes cas où le mot θεός entre dans une locution telle que celle-ci : ἐὰν θεὸς ἐτέλῃ (Phæd., 69°).

M. P. Bovet a fait (Loc. cit., p. 49 et 147) un travail analogue, en se plaοδηΐ à un autre point de vue : il constate les différents cas auxquels le mot θεὸς est employé au singulier, au duel et au pluriel dans les dialogues moyens, puis dans ceux de la dernière période. Ensuite, il essaie, par voie éliminative. de discerner les passages où il est question, non des dieux ou de tel dieu, mais de Dieu. Ce travail est à consulter.

à DIEU. 157 156 PLATON.

ξ Ξ Hs. ἣν mer ainsi les autres animaux !. Sur l’ordre du « dieu des ture et son âme!. Mais le Timée esi un dialogue qu'il τ LE RE « dieux », les astres, de leur côté, prennent le principe faut savoir entendre. Si son langage est scientifique lors- : nt

: « immortel de l’animal mortel », empruntent au monde « des parties de feu, de terre, d’eau et d’air », assemblent ces divers éléments avec des chevilles, y disposent les

cercles de l'essence éternelle et construisent de cette

qu’il s'agit des « idées », il devient mythique quand 1] est question du devenir?; et, par suite, il serait illégitime de lui prêter un sens rigoureux dans les passages qui traitent de l'action créatrice du Démiurge, de la

sorte les corps particuliers ?. Évidemment, il n’y a là que des fictions symboliques : ce sont là des mythes dont Platon se sert à la manière des poètes, pour exprimer ce qu'il regarde comme intraduisible en termes réels.

facon dont il compose l’âme et les différentes parties

de l'univers. Platon, d’ailleurs, nous en prévient d’une manière assez formelle; c’est ce qu'il veut faire comprendre lorsqu'il nous dit « qu’il est difficile de trouver

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l’auteur et le Père du Monde * ». Le Père du Monde, consi- Ξ πλάνο, ; ΝΣ On peut même définir assez nettement jusqu'où va le

mythisme du Timée touchant le rapport métaphysique du Démiurge et de la nature. Platon, dans ce dialogue, distingue trois espèces d'’âmes humaines : l’une qui siège

déré comme tel, est une cause efficiente : il agit; il pé-

nètre par là dans la zone du devenir. Et le devenir ne se réduit pas en formules dialectiques; c'est le domaine de

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la vraisemblance. :

dans la tête, « comme dans une acropole »; l'autre qui

réside dans la poitrine ; la troisième qui se situe au-dessous du diaphragme*. Et cependant, on le sait par ailleurs et de la facon la plus expresse : ces trois âmes ne sont pas montées « comme des chevaux de bois »; en réalité,

La justesse d’une telle interprétation s'impose encore

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avec plus de force, lorsqu'on regarde au mode d’exposition du 7imée. Le Démiurge s'empare d’une sorte de

marmite: il y jette les éléments qui doivent servir à la composition de l’âme universelle. C'est là qu'il les

elles vont se souder en un seul principe et ne font qu’un“. Platon, dans ce cas, met des distinctions radicales où la nature n’a fait que des distinctions de modes. Il y a quelque chose d’analogue en la manière dont le 7:mée nous présente les relations du Démiurge avec l'âme du monde, de l’ime du monde avec celle des astres, de celle des astres avec les âmes particulières. Conformément au procédé dominant de cette œuvre, Platon y grossit les di-

mélange et les sépare pour les mélanger à nouveau : sl bien qu’en suivant les phases de cette singulière lturgie, on pense malgré soi aux sorcières de Shakespeare”. Plus loin, le Démiurge, après avoir formé les astres, les réunit autour de sa personne auguste, comme le fait le Jupiter de l’Iliade à l'égard des autres dieux de l’'Olympe. Puis, il leur adresse un discours et leur remet une partie de « l'essence éternelle », en leur recommandant d'y Es SE ἐς mes | τ

verses dégradations de l'être psychologique jusqu ἃ les

joindre une partie de « l'essence périssable » afin de for- noi ἊΣ ᾿ , convertir en autant de substances : il imagine des âmes

προσ) : . PLaT., Tim., 415-42".

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