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ment, devenu pensée pure et par là même amour indéfectible du bien ; les âmes particulières formeraient une série de dégradations du même principe, dégradations produites directement par les résistances de « l'infini », indirectement par l’idée du meilleur qui veut le plus de multiplicité possible dans l'unité. Et, s'il en est ainsi, l’on comprend la possibilité de l'inspiration, à laquelle Platon croit comme presque tous les anciens”; il peut se produire, à travers les profondeurs de l'âme mondiale, certaines communications des âmes individuelles avec Dieu, qui possède la science de l'avenir comme celle du présent ". QUES
Immanent de quelque manière aux âmes individuelles, Dieu l’est-il aussi à la matière cosmique? En d’autres termes, lui est-il continu, ou simplement contigu? Sur ce point, Platon na pas de textes directs et formels. Dans le Philèbe, il se borne à signaler le rapport que soutient « l'âme royale » soit avec l'intelligence soit avec les autres âmes; au dixième livre des Loës, il pose
{. PcaT.. Men., 99°-100°; — Phædr., 244-245"; — Tim., 113-72". — Cf. Bang., 201°, 2085. | ΨΥ |
2. Spinoza avait une manière approchante d’expliquer la divination : à son sens. nous sommes toujours obcurément avertis de notre mort ; et nous pouvons l'être aussi de la mort des autres, dont nous portons pour ainsi dire l'âme dans notre âme (Lettres. 17, VAN VLOTEN, IT, 246, La Haye, 1895 ? P. L. Coucuour, Benoît de Spinoza, p. 42, Alcan, Paris, 1902 (Collection des Grands Philosophes).
3 On trouve dans le Phèdre (2464) le passage suivant : ἀθάνατον δὲ οὐδ᾽ ἐξ ἑνὸς λόγου λελογισμένου, ἀλλὰ πλάττουεν οὔτε ἰδόντες οὔθ᾽ ἱκανῶς νοήσαντες θεόν, ἀθάνατόν τι ζῶον, ἔχον μὲν ψυχήν, ἔχον δὲ σῶμα, τὸν ἀεὶ δὲ χρόνον ταῦτα ξυημπεουχότα. Mais, comme l’observe STALLB. (vol. IV, sect. I, p. 81), le sens de ce texte est loin d’être clair. Le langage de Platon est-il mythique en cel endroit, ou didactique ? On ne le discerne pas avec netteté : le mot πλάττομεν paraît même indiquer que le premier de ces deux sens est le vrai; d'autant que cette expression vient en opposition avec les deux formes de la connaissance rationnelle, à savoir l'intuition (ἰδόντες) et la déduction (οὐδ᾽ ἐξ ἑνὸς λόγου λελογισμένου... νοήσαντες θεόν). De plus, la nature de l'union en vertu de laquelle Dieu est éternellement lié à un corps, ne se trouve pas définie.
la question sans la résoudre; et le Timée, en un tel problème, ne peut guère avoir qu un sens mythique, suivant ce que l'on ἃ dit un peu plus haut!. Le seul moyen d’éclaircir le sujet, c’est de recourir à l’idée que Platon se fait de l’union de l’âme humaine avec son corps : d’après lui, la mort est la séparation de ces deux termes; et la vie elle-même doit consister principalement à préparer ce divorce final. Il serait bien étonnant que cette indépendance à laquelle notre âme peut s'élever, Dieu ne l’eùt pas par essence; c'est hbrement, sans doute, qu'il « circule » * à travers la matière immense pour lui communiquer le mouvement et l'harmonie qu'elle n’a point d'elle-même.
Supérieur à toute espèce d'indigence, Dieu n’a pu faire le monde que par amour. « Il était bon; et celui qui est bon, n’a aucune sorte d'envie : voilà pourquoi 1] a voulu que toutes choses fussent, autant que possible, semblables à lui-même. Quiconque, instruit par des hommes sages, admettra ceci comme la raison principale de l’origine et de la formation de l'univers, sera dans le vrai. »
C’est aussi par amour que Dieu gouverne le monde; et la loi qu'il suit dans la direction de son œuvre, est encore la même, à savoir l’idée du meilleur : sa providence s'étend de l’ensemble jusqu'aux plus infimes détails, mais sans cesser jamais de subordonner la partie à l'intérêt du Tout.
« Toi-même, chétif mortel, si petit que tu sois, tu entres pour quelque chose dans l’ordre général et tu ty rapportes sans relâche. Mais tu ne vois pas que toute
1. A la page 30°, on trouve dans ce dialogue les paroles suivantes, qui se rapportent à l’âme du monde : ... τόνδε νοῦν μὲν ἐν buy, ψυχὴν δὲ ἐν σώματι ξυνιστὰς τὸ πᾶν ξυνετεχταίνετο. Mais ce texte ne précise pas non plus la nature de l'union que soutiennent le mental et le physique au sein du tout.
2. PLAT., Lois, IV, 7165 : .… περιπορευόμεν 3. Id., Tim., 29°-30*.
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génération se fait en vue du tout, afin qu’il vive d'une vie heureuse; que l'univers n'existe pas pour toi, mais que tu existes toi-même pour l'univers. Et si tu murmures, c'est faute de savoir comment ton bien propre se rapporte à toi-même et au tout, suivant les lois du devenir universel!. » Ainsi va le monde sous la main du grand chorège : chacun n'y reçoit pas la place la plus désirable en elle-même: mais chacun y tient celle qui convient le mieux à l'harmonie de l’ensemble; et, par suite, tout s y ramène au niveau de la raison, même la souffrance, vu qu'il est éminemment rationnel de souffrir pour la cause
de l’ordre.
Mais pourquoi la douleur”? Pourquoi les passions fécondes en tristesses ? Pourquoi l'erreur, le vice et la méchanceté? Pourquoi le triomphe de l'injustice? Le monde ne serait-il pas meilleur, ne serait-il pas plus rationnel encore. si tous ces maux ne se mettaient partout en vue et sous toutes les formes? D'où peut venir, sil Υ ἃ un Dieu, que les choses se passent, οἵ principalement dans la vie morale, comme s’il n'y en avait pas? « Ὁ mon fils, tu te jettes dans l'impiété » pour n'avoir encore qu’une idée inadéquate des choses?. « Dieu est bon »; «et du bien ne peut sortir que le bien » : « Dieu n'est la cause d'aucun mal » 3. Le mal, quels que soient sa nature et son degré, n’est qu'un manque d’être : c’est une privation qui tient aux infirmités de la matière. Notre âme provient de l'union d’un principe immortel avec un principe mortel et avec le corps. Lorsque cette union s accomplit, « les cercles de l'âme, comme plongés dans un grand fleuve, ne se laissèrent pas emporter par le cou-
{. PLar.. Lois, X, 8992-904°; — Cf. Gorg., 4790; — Rep. II, 379*-380*. 2. 1d., Ibid., 899%-900°.