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hommes soutiennent le pour et le contre avec une égale ardeur. Cette conséquence qui vient tout droit de son système, Protagoras se refuse à l’admettre : 1] condamne les autres philosophies au nom de « sa vérité », tant il demeure convaincu qu'elle est la seule vraie ! Et là se trouve apparemment le motif pour lequel il fait payer ses leçons si cher!.
Chose plus grave, Protagoras se met en contradiction avec les données les plus indéniables de l'expérience intime. 11 ne suffit pas, pour entendre une langue, de percevoir par l'ouie ou la vue les signes dont elle se compose ?. On ne connaît pas non plus ce que c’est qu'un objet par le fait même que l'on en a la sensation visuelle; autrement, comme il ne tient qu’à nous de fermer un œil en laissant l’autre ouvert, il pourrait nous arriver au même instant de savoir et de ne pas savoir une même chose : ce qui est plus qu'étrange*. Derrière chaque sensation s'éveille une énergie d’un autre ordre, et sans laquelle tout demeure à jamais incompris. La mème énergie apparait encore, et avec plus de relief, dans la perception des rapports qui s'établissent entre les qualités sensibles. Nous les comparons toutes entre elles, quel que soit l'organe dont elles dépendent. Et, grâce à cette mise en présence, nous n’y discernons pas seulement des traits de similitude et de disparité ; mais encore nous nous élevons jusqu'aux concepts du même et de l’autre, du semblable et du dissemblable, de l'être, de l’un et du plusieurs. Θὰ se passent donc de telles opérations? Ne leur faut-il pas un principe commun, un principe qui déborde chaque sensation, et qui par là même les déborde toutes 1? C'est ce
.PLar., Theæt., 170%-171°, 1614, 2. 1d., 1bid., 163b<.
. Id., 165-d,
. 1d., Ibid., 184°-186°.
que l’on voit d'ailleurs sous un autre jour, en passant de l’objet de la connaissance à la connaissance elle-même. Si la science et la sensation ne font qu'un, il faudra dire que « l’on peut savoir d'une manière aiguë et d'une manière obtuse, de près et de loin, fortement et faiblement »; puisque la sensation elle-même admet ces diverses conditions. Et ce sont là autant de pièges dont 1ἰ serait difficile de sortir, si l’on avait affaire à un disputeur habile. Car l’intellection ne comporte pas de degrés, elle est ou n’est pas; les questions d'espace ei d'intensité lui restent étrangères !.
Mais c’est aux conséquences du Protagorisme qu il faut regarder surtout, si l'on en veut sentir le vice radical. Ce système est la négation de la politique et de la morale, pourtant si nécessaires au triomphe de la justice et par là même au bonheur de l’homme; car la sensation se borne au présent, et la politique et la morale enveloppent essentiellement l’avenir?. C’est la négation de la science ellemême, et cela pour deux raisons également foncières. La science vit de fixité; il n’y en a pas d'après le Protagorisme. La science suppose le principe de contradiction ; οἱ le Protagorisme l’ébranle par la racine, comme on l'a déjà vu. C’est la négation de la mémoire et par là même de la responsabilité; vu que le souvenir postule l'identité du sujet qui se souvient et que, suivant la théorie de l'écoulement universel, chacun de nous est toujours en passe de devenir un autre#. Bien plus, Protagoras ne réussit pas même à sauver les deux phénomènes qui constituent la base fragile de sa philosophie : elle est aussi la négation de la sensation et du mouvement, qu’il considère pourtant comme inattaquables. Si tout se meut sans cesse et sous