Id., Ibid
s'appelle amour du bien ou goût du plaisir, 1] se meut nécessairement vers une fin!. Mais cette fin n'est pas toujours explicitement connue. Il ya des appétitions qui s'exercent d’abord en l'absence de toute image; on éprouve le besoin de boire avant de savoir ce que l'on boira. on aime avant d’avoir découvert l'objet de son amour. Et ces appétitions sourdes sont primordiales elles constituent le fond de la vie*.
Quand nos désirs s’accompagnent d’une image, ils n'y trouvent pas leur fin proprement dite; vu que l'on ne désire plus ce que l’on possède déjà. Par suite, ce n'est jamais sur une sensation actuellement donnée que portent nos convoitises: mais sur les états faibles qu'elle éveille en nous et dont la réalisation nous paraît avantageuse ou nuisible *. Le désir estune « opinion » qui regarde l'avenir : c’est « une attente ». Si cette attente se rapporte à quelque bien, il s'appelle l'espoir; si elle se rapporte à quelque mal, il prend le nom de crainte ‘. De ces deux phénomènes, qui ont eux-mêmes leur racine dans le désir, résulte à son tour l’ensemble complexe, mobile et multiforme des passions qui agitent l'âme hu-
maine.
On sent partout, dans ce que l’on ἃ vu jusqu'ici, comme
l'approche du plaisir; et sa présence s’accuse de plus en
plus, à mesure que l’on va de la « raison » au « CŒUF » et du « cœur » aux appétits sensibles. ILest donc temps
1. PLar., Bang., 2019-205* (il s'agit de l'analyse de l’épws) ; — Phileb., 35° : 6 γ᾽ ἐπιθυμῶν τινὸς ἐπιθυμεῖ.
2. Id., Βαπῳᾳ., discours d’Aristophane (l'homme y apparaît comme aimant dans {a femme, et sans le savoir, la moitié de lui-même, violemment séparée de son tout par la hache de Jupiter); — Rep., IV, 437°-43%; — Phædr., 249% et sqq. — Cette vue sur les désirs sourds est très profonde.