Id., Phileb
garnie, lorsqu'en fait il n'y a rien de pareil. On a une opinion fausse; et de cette opinion découle un plaisir qui l'est aussi par voie de conséquence’. supposé même qu’il existe un rendez-vous de chasse, l'imagination peut
grandir de son chef la jouissance que l'on éprouve tout naturellement à se le représenter : elle le peut indéfiniment, vu que le propre de l'émotion est de n'avoir aucune limite. Et de là une autre sorte de plaisir qui dépasse le réel et qui, dans la mesure où il le dépasse, est luimême irréel *.
Nombre de plaisirs purement psychologiques présentent un caractère analogue. Nous nous faisons à nous-mêmes des opinions fausses de la domination, de la gloire, voire même de la vertu; puis, ces illusions de la fantaisie deviennent l’objet de nos complaisances. Et, quand nous sommes assez heureux pour ne pas nous tromper sur la valeur de ces biens, il nous arrive encore de les aimer à l'excès, de les poursuivre avec une intensité passionnelle que la sagesse réprouve et qui répand le désordre de tous côtés, en nous comme autour de nous ὃ.
Ces plaisirs de l'âme, où nous nous pipons de la sorte, sont aussi mêlés de douleur; « l’irréel » et « l'impur » y vont toujours de pair, comme s'ils étaient rivés l’un à l’autre par une chaine de diamant. La colère et Ha vengeance nous sont « plus douces que le miel qui coule du rayon »; et cependant notre âme Y ressent comme une pointe d'amertume. Le drame, cette image de la vie humaine, nous fait jouir et pleurer à la fois. Nous rions, à la comédie, de l'ignorance où sont nos semblables de leurs propres travers; et, sous ce rire, Se déguise un fond de tristesse qui se développe au fur et à mesure que nous