PLarT., Phileb
2. M. BrocHaRp écrit dans le Journal des savants (mars 1904, p. 16ὃ-
dans ces conditions moyennes; et, 5115 le pensent, 1l faut qu'il en soit ainsi. D’aucuns se figurent qu'ils jouissent physiquement, alors qu'il n'y a plus en eux aucune cause de jouissance physique; il n’est même rien qui leur semble plus doux : ils y mettent leur bonheur. Qu est-ce à dire? Sinon que leurs plaisirs sont absolument faux, irréels de tous points !.
Les plaisirs qui tiennent à la fois du corps et de l'âme sont « mélangés », comme ceux qui ne proviennent que du corps. Généralement, ils ont pour point de départ un certain vide organique, tel que celui que suppose la faim ou la soif ; et ce vide produit le besoin, qui est une forme de la douleur. A son tour, la douleur ressentie provoque le désir de la supprimer par la satisfaction; de là une anticipation du plaisir à goûter qui est elle-même un plaisir. Mais le désir ne trouve pas toujours la voie libre; il rencontre parfois des obstacles à sa réalisation. Et alors le phénomène se complique à nouveau : l'âme éprouve une sorte d'inquiétude qui est de la tristesse. Rien de «pur » dans la plupart des plaisirs purement organiques; rien de pur non plus dans les plaisirs communs. « De la fontaine de miel » coulent à la fois « le doux et l’amer », étrangement fondus l’un dans l’autre *?.
Les plaisirs communs sont également susceptibles de devenir irréels, comme ceux du corps, bien qu'à un degré moindre. Après avoir pris faim et soif en chassant au sanglier, on peut s'attendre à trouver une table bien
164) : « .… Platon s'accorde encore avec Aristippe pour nier qu'entre le plaisir et la douleur il y ait place pour un troisième état, qui serait celui de l'indifférence ou le repos, ἡσυχία... ». L'éminent historien se trompe assurément. On n’a, pour s'en rendre compte, qu'à lire attentivement ce que nous disons ici du plaisir et de la douleur, particulièrement dans cette page et aux pages 225, 226, 233; on s’en convaincra plus encore, si l’on a soin de come parer les textes où se fonde notre interprétation.