V. plus haut, p. 264, note ὃ
rentes reprises. Il la met tour à tour sur les lèvres de Calliclès', de Thrasymaque ?, de Glaucon ὃ, d’Adimante : il y revient dans les Lois. Grande esi d’ailleurs la puissance avec laquelle il sait la dépeindre : il lui donne un relief et un éclat saisissants. Mais s’il met tant de soin à la faire connaître, c’est afin d’avoir l’occasion d’en fournir une critique plus radicale.
Il n’y ἃ pas d’autre droit que celui du plus fort, disent les sophistes. Ainsi le veut la nature ; et son instinct est irrésistible : d’une façon plus ou moins franche, tout le monde s'y conforme. « Donnons au juste lui-même un pouvoir illimité d'action »; « et suivons-le ensuite. Bientôt nous le surprendrons s’engageant dans la même route que le méchant, emporté comme lui par le désir d’avoir toujours davantage ». Le juste aussi finit à la longue par faire de sa force la mesure de son droité. Et si telle est la conduite habituelle des hommes, la justice ne devient-elle pas la plus funeste des « niaïiseries » ? À quoi peut-elle servir? si ce n'est à multiplier les esclaves et les victimes ? Imaginez un juste qui n’ait que la justice pour toute défense : « 1l sera fouetté, mis sur la roue, chargé de fers ; on lui brülera les yeux; à la fin, après avoir souffert tous les maux, il sera cloué sur un gibet ». Au contraire, l’homme injuste qui connait son art, celui dont l'esprit fertile en projets ne se laisse pas arrêter par de vains scrupules, « l'emporte sur ses rivaux et attire tout à lui ». Il devient riche et puissant, 1] vit dans la magnificence, entouré d’admiration autant que de crainte : on le proclame heureux; « d’où l'on peut con-
Gorg., 482°-488°, 491°-492°.
Rep., 1, 336-339? ; 343°-345° ; 948-949», Ibid., II, 357r-362°.
. Ibid., II, 362°-367°.
. PLAT., Rep., II, 35%.
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clure, ce semble, qu'il est aussi plus aimé des immortels »!.
Il n'y a de réel et d’utile, 1] n'y ἃ de juste que la force. C’est ce que les faibles eux-mêmes ont compris. Ils se sont groupés pour l'emporter dans la lutte; et, une fois parvenus à leur fin, ils ont voté des lois qu’on a décorées du beau nom de justice, mais qui ne sont en définitive que la puissance du nombre, c’est-à-dire une autre forme de la force.
Platon ne se laisse pas séduire à cette argumentation, si fortement qu’elle représente le trait dominant de la vie : au droit de la nature il oppose celui de la raison, qui est faite pour gouverner la nature.
Le bonheur est le premier des biens et celui dont tous les autres empruntent leur valeur ὅ. Il faut donc qu’il soit respecté; autrement, la vie n'aurait plus aucun sens’, elle ne serait même pas possible. Mais dire que le bonheur commande le respect, c’est affirmer implicitement que l'individu ne peut être inquiété ni dans sa vie, ni dans son honneur, ni dans la possession de ses biens ou tout au moins 88 participation aux biens publics; car ce sont là autant de conditions en dehors desquelles nul ne saurait être heureux À
De l'idée du bonheur découle toute une série d’inviolabilités personnelles : il y ἃ un droit civil.
Mais ce droit ne peut être efficace par lui-même; considérés à l’état indépendant, les hommes n'ont ni assez d'intelligence ni assez de bonté pour en tenir compte. Il ne devient effectif que par le concours d'une contrainte
supérieure qui s'impose à tous les individus : la société