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noter : « le ridicule, dit-il, nous 8146 à distinguer le bien ; en chaque chose, il faut connaître son contraire, si l’on veut se former le jugement »!. |
Mais ces diverses concessions ne signifient point que Platon renonce au passé. 1] maintient en principe tout ce qu’il a dit dans la République. S'il incline 10] vers l'indulgence, c’est à cause du but pratique qu'il poursuit, c'est que les Louis sont faites pour des hommes, non plus pour des dieux ou des enfants de dieux.
Aristote est plus et moins sévère tout à la fois : 1l combat le mode phrygien comme amollissant et voit dans la tragédie un principe de purification?. Mais le maître et le disciple sont d'accord pour affirmer que l’art n’a pas le droit d’être immoral ; et ils ont raison. Le devoir est universel et ne fait pas d’acception de personne: il englobe les créations esthétiques au même titre que les autres actions. Et par conséquent l'artiste n'a pas le droit de s’ériger en franc-tireur dans le royaume des esprits. La chose, il est vrai, produit moins de gène qu'on ne serait tenté de le croire ; car le beau, dans sa plénitude, est toujours bon.
Quels rapports y a-t-1l entre la morale et la religion? C'est un sujet complexe à l'égard duquel Platon ἃ varié son attitude, suivant le point de vue auquel 1] s’est placé.
Conformément à l'esprit des vieux physiciens, particulièrement de Xénophane, il critique sévèrement la religion traditionnelle. Ce n'est pas qu'à ses yeux, elle ne contienne des idées profondes et bienfaisantes. Mais ces idées ont
2. ARisT., Polit., ©, 1342*, 32-1342?, 1-17. — V. notre Aris{., p. 285.
disparu sous une couche épaisse de légendes immorales et de superstitions. Il n'est pas permis d'enseigner que les dieux mentent, qu'ils se font la guerre ei se dressent des pièges, qu'ils commettent, comme nous, le meurtre, l’'adultère et l'inceste; car, outre que ces réclis ἢ ont rien de vrai, ils sont autant de profanations de la divinité et d'encouragements au mal!. Il est également illégitime de se figurer les immortels comme des indigents qui ont besoin, pour leur bonheur, de nos louanges et de‘nos sacrifices : cette conception de la piété est encore un blasphème. Les dieux sont parfaits; et du même coup ils sont parfaitement heureux : tout le reste leur est inutile”. À plus forte raison ne faut-il pas s’imaginer que l'on peut les corrompre avec des prières, des présenis ou des incantations. Car alors ils seraient comme « des pilotes qui se laissent gagner par des libations et la graisse des victimes, jusqu'à submerger le vaisseau et Les nautoniers » : ou bien encore comme « des chiens qui livrent aux loups le troupeau dontilsont la garde, pour en avoir leur part τῷ Et qui pourrait supporter la pensée de semblables assimilations “ἢ
Mais si Platon critique la religion traditionnelle, ce n’est point en vue de supprimer la religion. Il la juge individuellement et socialement nécessaire. D'après le fond même de sa pensée, croire en la justice, c'est croire aux sanctions futures ; et ces sanctions supposent les dieux. La morale et la religion sont inséparables : celle-ci accomplit celle-là, et, en l'accomplissant, la rend pretiquement efficace #. Aussi se montre-t-il d’une singulière