‹ Platon [microform]Chapitre 5 sur 287 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Dans quel ordre chronologique Platon a-t-il écrit ses dialogues? Cette question n’a pas l'importance capitale qu y mettent certains auteurs. De quelque manière qu’on la résolve, le système platonicien ne se brise pas, comme on l’a dit, en deux parties opposées; il continue à former un tout organique. J'essaierai du moins de le faire voir au cours de cette étude.

IL est cependant très utile de savoir, dans la mesure du possible, ce qu'il faut penser de ce problème préalable. Car c’est à cette condition seulement que l’on peut déterminer les phases par lesquelles a passé le. génie de Platon durant sa longue carrière ?; et cette évolution est de nature à donner de sa doctrine elle-même une idée beaucoup plus précise.

1, W. LurosLawskt, The origin and growth of Plato's logic, p. 363 et sqq., Longmans, London, 1897.

2. Quant à la publication même des œuvres de Platon, c’est un problème que nous ne traiterons pas ; il n’est qu'accessoire et l’on n’a pas assez de documents pour l'éclaircir. Voir cependant les remarques intéressantes qu'a faites M. Ch. Huit sur ce point (La vie et l'œuvre de Platon, I, pp. 354-404) ;

mais l'auteur de cet ouvrage nous semble restreindre plus que de mesure la

part de la publicité chez les Anciens en général, et aussi dans les œuvres de Platon.

] itails et sur le- J'aborderai donc ce sujet lourd de détails

€ ῤ , - san ὃ 8, ( 1 la I J

traiter entièrement. Laissant de côté 168 pi Rs l’on ést convenu d'appeler socratiques, Je ferai Fe fa enquête sur ceux où Platon découvre et Re εἰ 1: car c’est là surtout ce qui 1mpOrîe ὃ ps ὑπ | à πῇ question n'est pas facile; les nn me sont rares. ΠῚ semble cependant que l'on ere 8 Fe Lun )récisi et de certitude que par le passé, το ρῖθα ceux de Lewis Campbell! et de vu les travaux récents, ceu ?

W. Lutoslawski? surtout. A ΩΣ Il va. dans les dialogues platoniciens, trois ou ᾿ s allusions à certains événements historiques ce Mr τὶ tent d'établir quelques points de repère; pue ἐν. «se suvposent les uns les autres en vertu des avertisques 50 se: Anis | 4 τ ες MD sements ou des insinuations de l'auteur; Ρξ ve cite lui-même d’une manière plus ou SR EE) ᾿ | Α ces indices s'ajoutent des notes plus internes. ertains dialogues laissent à l'état indécis des » au ἮΝ d’autres viennent résoudre : ce qui permet de Res que les premiers sont antérieurs aux seconds. En ps endroit, Platon montre plus d'ampleur et de profonc se ou se sert de principes nouveaux, bien que ces ΕΝ trouvent ailleurs l’occasion toute naturelle de se Den ter : ce qui suppose un degré supérieur ὃν PRES κε tellectuelle et par là même un âge plus avancé. On observe aussi que le rôle de Socrate tend à perdre de “5 ΕΝ tance; que Platon affecte de plus en plus les formes poé-

1. The Theætetus, with a revised text and english notes, mere ν nouveau 1883 ; The Sophistes and Politicus of Plato, with ἃ bts pr and english notes, Oxford, 1867, à nouveau 1883; On ai ES nee Sophistes, Politicus and Philebus (Transactions of the Re pa P ai ΜῈ m7 Society, 1888-1889, pp. 25-42, June 14); Ed. of the Republik by Jowerr anc CAMPBELL, 3 vols, Oxford, 1894.

EN; be. ot.

tiques; qu'il grandit avec les années en austérité morale : qu'il le prend sur un ton de maîtrise et de certitude croissant, surtout lorsqu'il s’agit de ses thèses favorites, c'està-dire de la priorité de l’âme, de la croyance en une providence divine, de l'identité du bonheur et de la justice, et même, quoi qu'on ait dit, de la théorie des idées.

On peut également recourir avec avantage aux mar-

ques stylométriques, pourvu toutefois que l’on sache les

choisir, au lieu de les entasser. Il faut écarter celles qui

sont trop rares pour fonder une probabilité quelconque, et celles aussi qui sont trop intimement liées au sujet ou à la forme de tel ou tel dialogue. L'art est de les prendre nombreuses et le plus indépendantes possible soit de la pensée qu'elles servent à traduire, soit du mode d'exposition que suit l’auteur. On arrive, en tenant compte de ces conditions, à dresser entre le Ménon et:les Lois une échelle de particularités stylistiques qui est très significative?.

Les hiatus, par exemple, vont en diminuant d’un extrème à l’autre 38, Platon fait aussi des phr

ases de plus en plus longues, et par là même les anacoluthes tendent à s’accroitre.

Les ὥσπερ l’emportent d’abord sur les χαθάπερ : il y en

a 21/1 dans le Ménon, 77/2 dans le Cratyle, 53/1 dans le

Banquet, 80/0 dans le Phédon, 20/0 dans le premier livre de

la République, 9/0 dans le second, 17/0 dans le cinquième, 28/0 dans le sixième, 14/2 dans le neuvième, 24

./2 dans le dixième, 24/4 dans le Phèdre, k

7/2 dans le Théétète.

1. Voir sur ce point les remarques de M. G. Lyon, Platon et la Stylométrie ( Ρ. 14 et sqq.).

dans son article intitulé Revue de synthèse historique, février 1902,

2. Il va sans dire qu'ici nous ne prenons port à la question de l’ordre chronolo devient plus complexe, quand on!

leur authenticité.

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