‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 10 sur 168 · Qiiis iiberior in dicendo IMatone? « {Orat · texte numérisé non relu

Qiiis iiberior in dicendo IMatone? « {Orat

5. .< IMalonis nnrtoritalc (lui varius et multiplex et copiosus fuit (Sennones). utrir|iic IMalonis ubertale compléta?. « (Acad.)

6. - Amplitudo potcutiu' aut majeslatis aut aliquarum copiarum magna abundantia. • (de Invcnt., II, :\.)

1. « IMaloni in cuuis parvnlo dormienli apos in labellis consedissent, respousum est ningulari suavilate oralionis fore. - {De Divin., 36.)

de ton observée suivant le caractère et le rôle des personnages.

On signale un très grand soin dans la composition (Quintil., IX, II), mais sans affectation ni recherche comme dans les faux ornements qu'avaient mis à la mode les sophistes et dont les orateurs (Lysias) n'avaient pu se défendre. Tous ces défauts (le rhéteur Longin lui-même le fait observer), Platon les avait évités \ On remarque encore dans ce style, la savante contexture des périodes, une heureuse abondance qui, selon l'idée qu'en donne aussi Longin, ne nuit pas à l'élévation et qui, parce qu'elle n'est pas trop rapide, coule sans bruit ^ On ne doit pas omettre le souffle poétique qui parcourt l'ensemble et, avec tout cela, une certaine faculté ou qualité propre pour laquelle l'expression manque aux modernes et que les Grecs n'ont su définir qu'en l'appelant divine et homérique : divina quadam facultate et homerica. (Ouintil.,X, I, 80.)

Cette dernière qualité du style de Platon, le caractère poétique qui s'ajoute aux mérites oratoires et qui l'élève audessus de la prose, a été célébrée par Quintilien en des termes qui font de Platon un génie inspiré qui parle une langue voisine de celle des oracles et des devins ^

Quant à ce qui a été dit de cette langue et de ce style par les auteurs modernes qui en ont fait l'éloge, la hste serait longue même des plus illustres \ Il y aurait à distinguer des

1. Pour ce qui est de Platon, il surpasse Lysias non seulement par Texcellence, mais par le nombre des beautés; je dis plus, Platon n'est pas tant audessus de Lysias que Lysias est au-dessous de Platon par un grand nombre de défauts (Longin).

2. Platon dont le style ne laisse pas d'être fort élevé, bien qu'il coule sans être rapide et sans faire de bruit. {Ici.)

3. « Quis dubitat Platonem esse praecipuum sive acumine dicendi sive eloquendi facultate divina quadam et homerica? Multum enim supra prosam orationem, et quam pedestrem Graeci vocant, surgit, et mihi non hominis ingenio sed quodam delphico videatur oraculo instinctus. » (Quintil, Itist., X, 1, 81). « Plerumque instinctis divino spiritu vatibus comparandum. » (Ibid., X, III, 3.)

4. Parmi les non philosophes, Thomas {Essai sur tes Éloges) est souvent cité. Malgré le ton déclamatoire qui lui est ordinaire, on ne peut trouver son appréciation mauvaise. « On a souvent attaqué Platon comme philosophe; on l'a toujours admiré comme écrivain. En se servant de la plus belle langue de l'univers, Platon ajoute encore à sa beauté. Il semble qu'il eût contemplé et vu de près cette beauté éternelle dont il parle sans cesse et que, par une

purs érudits, commentateurs ou philologues, les vrais écrivains et parmi eux les philosophes, ceux qui ont traduit Platon ou qui ont été le plus en commerce intime et direct avec ses écrits. On trouverait, du reste, qu'ils n'ont guère fait que reproduire en les développant les traits déjà signalés par les anciens \

II. — Mais ces mérites littéraires reconnus, c'est à un autre point de vue, celui de sa valeur philosophique, que la forme ici doit être jugée. La règle à appliquer est celle de l'appropriation exacte du langage à la pensée, de l'expression adéquate des idées avec les idées elles-mêmes. Et ici le jugement peut être plus sévère.

On a reproché à cette langue et à ce style d'être trop figurés, d'emprunter aux images sensibles une clarté plus apparente que réelle, de n'être qu'un reflet de cette lumière plus haute et plus pure, la seule vraie suivant Platon luimême, celle qui s'adresse non au sens, mais à l'esprit et dont la clarté ne réside que dans l'expression abstraite. On a trouvé aussi la forme trop oratoire, comme trop poétique. Et alors tous les éloges décernés à l'éloquence platonicienne seraient retournés contre elle. Déjà les anciens avaient usé de cette critique.

méditation profonde, il l'eût transportée dans ses écrits. Elle anime ses imaRcs, elle préside à son harmonie; elle répand la vie et une grâce sublime 8ur les sons qui représentent ses idées. Souvent elle donne à son style ce caractère céleste que les artistes grecs donnaient à leurs divinités. Comme l'Apollon du Vatican, comme le Jupiter Olympien de Phidias, son expression est grande et calme; son élévation paraît tranquille comme celle des deux. On dirait qu'il en a le langage. Son style ne s'élance point, ne s'arrête point; ses idées s'enchaînent aux idées; les mots qui composent les phrases, les phrases (|ui composent le discours, tout s'attire et se déploie ensemble; tout se développe avec rapidité et avec mesure, comme une armée bien ordonnée qui n'est ni tumultueuse ni lente et dont les soldats se meuvent d'un pas égal et harmonieux pour avancer au même but. » (Thomas, Essai sitr les Eloges.)

i. Voir Thomas, Essai sur les Éloges. Ce que disent les traducteurs est particulièrement à remarquer. Voir Grou, Préf. de la République; Victor Cousm, (HÀivrrs, Littérature, IV série, t. I, Avant-propos. « Platon sans doute a des grûces incomparables, la sérénité suprême et comme le demi-sourire de la sagesse divine. .. (///*■/. gén. de la phil., y Leçon.) « Sa prose est constamment pénétrée d'un souffle poétique. Le stylé de Platon est très simple comme tout style «lu temps de Périclès, mais dans cette simplicité atticjue domine la sulilimilé. ». {Ifml.) Schleiermacher (Einleitung). Sur le style de llalon voir van Heusde, Nato et Aristoleles, p. 19; Fr. Hermann, Hist. gén. dr ht Phil. ,lf- maton, p. iOl et 5-2. ' i/

On la trouve dans Denys d'Halicarnasse, lui-même rhéteur pourtant et historien. Diogène le Cynique, on le sait, raillait l'interminable faconde du chef de l'Académie. (Diog. L., YI, 26.) Des modernes (Hermann, Schasler), non moins sévères, ont insisté sur ces défauts dérivant des beautés elles-mêmes de ce style.

La réponse est ce qui a été dit du dialogue [supra).

Sans doute, au point de vue d'une critique abstraite, le reproche n'est pas sans justesse; mais, sans nier les conditions absolues de la science et ses exigences, l'historien qui retrace le développement de la pensée humaine en juge autrement. Pour lui c'est se placer en dehors du temps, ne pas tenir compte du rôle qu'a dû remplir le philosophe à ce moment de la philosophie ancienne.

Le caractère général du style de Platon c'est, ainsi que l'a défini Aristote, de tenir le milieu entre la poésie et la prose : ^exa^y 7tot'/]|jiaToç xal toÇou Xo-^ox}. (Diog. L., III, 37.) Or, en cela, qui ne voit qu'il répond tout à fait à la place que Platon occupe dans la philosophie ancienne? Ce qui est vrai du dialogue ne l'est pas moins du langage et du style. Celui-ci est ce qu'il devait être pour réaliser cet accord signalé de l'art avec la philosophie à ce moment précis où ils ne font qu'un, ou ne se sont pas séparés.

Or, nul écrivain n'a égalé Platon dans cette perfection, si l'on veut, relative, mais réelle et nécessaire. Ni avant ni après lui, aucun philosophe n'offre le modèle d'une telle conformité, celle de l'image ou de la figure avec la pensée; nulle part, n'apparaît au même degré cette justesse d'appropriation des deux termes, cette transparence de la forme à travers laquelle reluit et resplendit l'idée. Elle est merveilleuse à la fois dans les termes et dans les comparaisons. C'est au point que bon nombre de ces métaphores ou figures ont pris rang pour toujours dans le langage humain usuel et aussi le plus élevé : le soleil des esprits [Rep., XI), les ailes de l'âme {Phèdre), Pattelage du bon et du mauvais coursier {ibid.)j la caverne et les captifs {Rep,, YI), le colombier où logent et d'où s'envolent nos opinions et nos erreurs (Théélète), le raisonnement défini un dialogue de l'âme avec

elle-môme {ibid,), et tant d'autres locutions devenues comme proverbiales et des définitions. Tant qu'il sera parlé des choses divines et humaines, de celles de l'âme, de l'amour, de l'idéal, le vocabulaire platonicien sera usité. La science ellemême la plus exacte y puisera et ne pourra s'en passer.

Ce qui est vrai des termes, Test aussi des comparaisons. La plupart ne sont pas moins heureuses. Que Platon n'en ait pas abusé ce serait trop dire; mais, en général, il serait aisé d'en relever la parfaite justesse d'analogie scientifique aussi bien que le mérite poétique. Pour n'en citer que quelquesunes, a-t-on trouvé une meilleure assimilation pour désigner les magistrats que celle de gardiens des lois [Rép., Loisyi Celle des matelots qui, après avoir enivré le patron sourd et aveugle, s'emparent du navire, jettent le pilote à la mer, s*enivrent eux-mêmes et vont faire échouer le malheureux vaisseau sans boussole et sans guide sur les écueils, ne symbolise pas mal les excès de la démagogie. Dans l'ordre purement moral, les passions assimilées aux maladies du corps, leur remède principal celui d*être purgées ou tempérées, la médecine des âmes, la fausse éloquence des Rhéteurs qui flatte le goût des auditeurs assimilée à la cuisine (Gorgias), le monstre à plusieurs têtes que chaque homme porte en luimême (Rép., IX), les formes de la société civile et du gouvernement des Etats répondant au gouvernement intérieur des âmes, etc. {iôid.^Wll), une foule d'autres comparaisons qu'on rencontre à chaque instant au milieu des discussions les plus savantes, fournissent la preuve surabondante de la proposition émise. Quiconque a lu Platon n'en a nul besoin.

Platon, d'ailleurs, n'est pas seulement métaphysicien. Disciple de Socrate il est aussi moraliste, le plus grand, à notre avis, des moralistes anciens. Si son langage même à cet égard, n'eût été qu'oratoire, on aurait pu l'en blâmer. Mais chez lui le moraliste éloquent ne cesse pas pour cela d'être le théoricien, le dialecticien méthodique et profond, qui raisonne et discute, analyse et démontre, n'ayant souci que de la vérité (lu'il cherche ou veut fciire admettre. Il en est ainsi des savantes et sévères discussions si admirablement conduites, d'une fermeté et d'une élévation incomparables, où

sont examinées et réfutées les doctrines contraires. Cette sévérité de langage redouble encore quand lui-même établit ses principes, l'idée du bien et les autres principes de la moralité humaine {Rép., YI, Gorgias). Sa langue alors est claire, précise au point que le reproche de sécheresse ne lui a pas été épargné. A cette rigueur de dialectique a-t-il eu tort d'ajouter l'éclat du style et même, si l'on veut, le mouvement oratoire chez lui toujours tempéré par la sérénité? Ce qui en tout cas serait vrai de la science théorique ou métaphysique ne l'est plus de la morale ou de la vérité pratique. Celle-ci s'adresse à la volonté et au sentiment comme à la raison et à la conscience. Sous ce rapport, les défauts reprochés à Platon pourraient bien être de grandes et nécessaires qualités : l'éclat, le mouvement, la vie, la grâce persuasive, unis à la fermeté, à l'élévation, la majesté, quelquefois la sublimité, toujours la beauté plastique, toutes ces qualités qu'on nomme oratoires, loin de nuire à la pensée philosophique, la servent admirablement, ne fût-ce que pour rendre la vérité plus aimable, plus frappante et plus touchante. Elles la font pénétrer plus facilement et plus avant dans les âmes.

Ce que Platon a dit du philosophe, qu'il doit philosopher avec toute son âme, a-jv o\r^ Tri 'i>uyf. {Rép., Vil, 518), s'applique très bien à lui-même et à son style. Sa parole s'adresse à l'âme tout entière, à ses diverses puissances ou facultés : raison, imagination, sentiment. La doctrine ainsi se grave dans les esprits. La vérité se fait aimer quand la beauté s'y ajoute et en est inséparable.

Les écrits de Platon auraient-ils exercé une telle influence sur un si grand nombre d'esprits parmi lesquels on en compte de tous les genres et à toutes les époques, moralistes, théologiens, poètes et orateurs, savants, hommes d'Etat, etc., sans le charme particuher qui les distingue et qui vient de la richesse même de ces qualités diverses*? Qui voudrait leur

1. Les sceptiques eux-mêmes n'ont pu s'y soustraire, témoin Montaigne : « J'ai relu Platon avant d'exposer sa philosophie et c'est de lui surtout qu'on peut dire : les lieux et les livres me rient toujours d'une fraîche nouveauté. » {Essais, I, 2; cf. Goethe, Maximes.)

en ôter une seule môme au prix des avantages d'une froide diction, ou d'un exposé purement abstrait, scientifique et didactique?

La Terminologie de Platon.

I. — Tout penseur original se crée un langage technique approprié à ses idées et, s'il est philosophe, à un nouveau système. En donnant à la pensée spéculative un plus haut essor et une direction nouvelle, Platon ne pouvait manquer de faire accomplir à la langue philosophique, si étroitement liée à la pensée, un progrès analogue. On ne saurait, sous ce rapport, méconnaître la valeur et la portée de cette langue qui est la sienne. Elle a été adoptée par toutes les écoles idéahstes qui aujourd'hui encore la parlent et n'en ont pas d'autre. Les termes qui la composent sont de deux sortes, ceux qu'il a faits ou inventés en petit nombre, empruntés aux radicaux de la langue grecque, et ceux qu'il a fixés en leur donnant une signification nouvelle ou plus précise, beaucoup plus nombreux, et qu'il trouvait en partie chez ses prédécesseurs ou dans la langue commune. A ceux-ci il a donné une acception particulière propre à exprimer ses idées, en a fixé le sens qu'ils ont depuis, en grand nombre, conservé. Les rechercher et les constater est le sujet d'une étude intéressante qui ne peut trouver ici sa place *.

11 y aurait à distinguer dans chaque partie de la philosophie les termes qui y correspondent, ceux qui sont nouveaux, qui ont été changés, modifiés ou étendus, ou spécifiés*. Ainsi : 1" avant tout s'offrent les termes métaphysiques qui sont la langue du système. Exemples : £wo;, '.oia, o-jo-îa, to ov, to UY, ov, TO ovTÙ)^ ov, TauTOv, BaTspov, TO aTzs'.pov, la aîTsÇ».;, etc.; 2° après eux, les mots les plus significatifs ou techniques en

1. On y distingue (Eucken) : l" des termes isolés, détachés, alj8r,Ttx6;, àvaXo^ia, axaTtxôî, (tuX).oyi(T|xô;, etc.; 2" des termes qui marquent une opposition, atTOTiTÔ;, voTjTÔ;; xb ov, to [j.r| ov, etc.; 3" une foule de termes qu'il élève au rang de termes techuiques et qui sont restés tels, plusieurs modifiés et fixés par Aristote, altia, Sûva|j.t;. i6éa, et6oç, oùo-ta, etc.

2. Voir Ast. Lexicon pitilosuphicum; D"" Peipers, « Ontologia plalonica ad notionum termiiioruniqne historiani syiubola » (Leipsiœ, 1883); Rudolph Euckeu, Gescli. lier jihilos. Terminologie (Lcipsig, 1870).

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