‹ Platon, sa philosophie; précédée dun aperçu de sa vie et de ses écritsChapitre 11 sur 168 · LA TERMINOLOGIE DE PLATON · texte numérisé non relu

LA TERMINOLOGIE DE PLATON

physique, en psychologie, en morale, en pohtique, etc. ; 3° les locutions qui sont des formules, etc. L'exposé de la doctrine entière les fera en partie connaître.

II. — Elle-même, cette terminologie n'a pas échappé au blâme et aux objections. Outre l'inconvénient du mélange de ridée avec l'image et de la substitution de lune à l'autre dans les termes figurés, on a dû relever les équivoques, les incertitudes, l'emploi de mots^, tantôt les mêmes pour signifier des choses différentes, tantôt différents pour exprimer les mêmes idées, le vague et l'obscurité de plusieurs, leur caractère d'abstraction et de trop grande généralité qui les rend impropres souvent à exprimer les choses concrètes ou sensibles. L'écho de ces plaintes se trouve déjà chez les anciens, dans Diogène de Laërce et dans Denys d'Hahcarnase. On a même reproché à l'auteur de vouloir par là rendre ses ouvrages inaccessibles au vulgaire (ce qui est inepte), de voiler à dessein sa pensée, etc. (ce qui ne l'est pas moins).

Il est certain que cette langue, la langue technique de Platon, n'a pas la solidité, ni la précision de celle d'Aristote, lequel restera l'artisan [opifex), le vrai créateur de la langue philosophique; mais il serait injuste de ne pas reconnaître tout ce dont cette langue, comme la langue hureaine en général, est redevable à Platon et à ses écrits. Combien de termes métaphysiques sont devenus la monnaie courante dans le langage de toutes les sciences! D'autres dont le sens primitif n'était pas fixé ont reçu une signification nouvelle et déterminée dans les diverses parties du système. Aristote luimême s'en sert sans cesse; en les modifiant, il se les approprie. Il ne rejette que ce qui est réfractaire à son propre système. Mais même alors n'est-il pas trop sévère quand il reproche à Platon d'employer des mots vides (xevoXoysi) et de faire des métaphores poétiques et cela à propos de la (JLSTéit,; [Mét.^ I)? Sa langue à lui, moins figurée et plus précise, estelle exempte de ces défauts? Est-elle toujours sans obscurité, exempte de confusion et d'équivoque? N'a-t-il jamais abusé de la métaphore? L'slôo; ou la forme opposée à la matière, l'acte et la puissance, etc., n'ont-ils jamais donné lieu à des malentendus? En morale, où les idées sont plus aisées à

déterminer, \e Juste milieu (to {astov), comme déûnition de la vertu, en donne-t-il bien Tidée? Sur la a'Iar.T'.; et la xaBàoT-.;? la guerre des textes n'est pas finie. Sur 1 r.^o; et le Tiàfioç, on dispute encore.

Mais à quoi bon ces représailles? N'est-ce pas un reproche fait à tous les auteurs de systèmes? Les mots font leur entrée dans le monde de la pensée avec les idées qu'ils représentent. Ils valent ce que les idées valent elles-mêmes, qu'ils servent à fixer comme à formuler. Platon lui-même le reconnaît. (V. Cratyle.)

Userait plus à blâmer peut-être d'avoir employé des termes étrangers à Tordre des idées ou des faits qu'ils doivent représenter, comme les cercles de l'âme (Timée), d'avoir eu recours aux triangles pour la composition des corps , abusé des nombres^ etc., d'avoir soumis aux lois mathématiques les révolutions des États [Rép,^ YllI). Cette langue, plus pythagoricienne que platonicienne, dont il a eu tort de se servir, ne lui est pas habituelle. Sa langue ordinaire, même pour les idées abstraites, est plus claire et est celle de sa philosophie. Malgré ses imperfections inhérentes au système, elle n'est pas moins, dans son ensemble, une langue très claire, devenue partie intégrante de la langue universelle des peuples civilisés; c'est celle que parlent tous les esprits d'éUte, aujourd'hui comme dans l'antiquité grecque et latine, païenne et chrétienne, et cela parce que cette philosophie elle-même que nous allons étudier est, par sa base et en principe, sinon adéquate, conforme à la vérité éternelle.

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